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    LABIOMISTA : un musée du vivant, une parenthèse hors du temps

    Sur l’ancien site du jardin zoologique de Zwartberg à Genk, un musée pas comme les autres prend toute sa place. Derrière son entrée intrigante, aux allures de proue de navire, LABIOMISTA nous emmène dans une exploration artistique et scientifique où la curiosité n’a plus de limites. Réouverture annuelle le 4 avril 2026 avec le thème « Never alone ».

    En 1997, le Zoo de Zwartberg, sous la pression des associations de défense des animaux, ferme définitivement ses portes, laissant les familles se tourner vers d’autres activités. La zone reste alors à l’abandon, libérée de ses grilles, comme rendue à la nature. Mais plus d’une vingtaine d’années plus tard, l’artiste Koen Vanmechelen voit dans ces 24 hectares une opportunité de création, de partage et de réflexion, au plus proche des habitants.

    En collaboration avec la ville de Genk, il crée un projet à la jonction entre art, science et nature : LABIOMISTA. Un laboratoire-musée qui se présente comme un véritable lieu de vie où les animaux ont retrouvé une place particulière, avec de nombreux espaces naturels sauvages.

    Deux premières étapes pour deux symboles forts

    Dès l’entrée, munis d’un précieux audio guide pour scanner les différentes étapes du parcours, les visiteurs font face à deux édifices imposants, se répondant par leur histoire et leur symbolique.

    Villa OpUnDi

    D’abord, direction la maison restaurée de l’ancien directeur de la mine et du zoo de Zwartberg, vestige de l’activité passée du lieu. Rebaptisée la Villa OpUnDi, la maison constitue l’un des premiers arrêts de la visite et illustre la volonté de placer le patrimoine au centre.

    Villa OpUnDi LABIOMISTA
    Villa, Southwestern view, LABIOMISTA, Genk (BE) © Koen Vanmechelen 2019 Photo by Jeroen Verrecht

    C’est là que l’artiste Koen Vanmechelen dévoile son travail, où la création artistique ne se suffit pas à elle-même et amène à regarder différemment le monde et même à l’impacter de façon concrète et vertueuse. C’est le cas avec son Cosmopolitan Chicken Project (CCP), présenté dans la bibliothèque documentaire. Fasciné par cet animal et surtout par sa résilience, Vanmechelen entreprend ce projet pour donner vie à une « poule cosmopolite », en croisant des races de poules du monde entier. « Les poulets sont originaires de l’Himalaya, à la frontière entre la jungle et la civilisation. C’est de là qu’ils ont commencé leur voyage à travers le monde. Mais leur « migration » a été déterminée par les humains et leurs interventions culturelles », précise l’artiste sur mo.be (propos traduits de l’anglais).

    20 ans après son lancement, le CCP a fait naître une poule particulièrement riche génétiquement. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. En Éthiopie, Koen Vanmechelen a confronté la poule locale, résistante mais peu productive, à la poule industrielle occidentale. Il explique au micro de Rens Cools : « la poule industrielle pond 300 œufs, mais à la toute première maladie qui passe, elle est morte. Ce que nous avons fait, c’est croiser ma « Cosmopolitan Chicken » avec la poule locale. On obtient alors un animal avec une haute immunité, capable de vivre dans cet environnement, tout en produisant assez d’œufs pour qu’une famille puisse en vivre. » La diversité biologique et culturelle devient facteur de longévité et de robustesse, au bénéfice de tout un écosystème.

    La diversité biologique et culturelle devient facteur de longévité et de robustesse, au bénéfice de tout un écosystème. D’ailleurs, dans la suite du parcours muséal, l’animal est omniprésent et surtout célébré. L’œuf est présenté comme une source puissante de créativité, de vie et même de guérison.

    The Battery

    La suite du parcours mène à un deuxième édifice, The Battery, un bâtiment moderne de près de 5000m2 en briques noir charbon, qui rappelle aussi l’histoire industrielle du lieu. Designé par Mario Botta, dans un contraste saisissant avec la Villa OpUnDi, The Battery intrigue d’abord par ses deux immenses volières : la première The Looking Glass abrite des oiseaux granivores et frugivores de tous les continents et la seconde, au sommet du bâtiment, héberge deux aigles.

    L’inaccessibilité du bâtiment cultive aussi un certain mystère. À l’étage, derrière les grandes baies vitrées se devinent de nombreuses sculptures, mais l’escalier qui y mène reste fermé. Koen Vanmechelen y a en effet installé les bureaux de ses équipes ainsi que son atelier.

    Pour y accéder, des événements Open Studio sont ponctuellement organisés et permettent au public de découvrir des œuvres inédites, au plus près de l’espace de création de l’artiste. Le prochain Open Studio aura d’ailleurs lieu le 4 avril 2026, à l’occasion de la réouverture annuelle du musée.

    Enfin, dans la longue galerie d’exposition semi-ouverte sous le bâtiment, on retrouve l’œuf, l’origine de la création et de l’émancipation ; représenté par des ballons lumineux pris dans des filets ou encore dans une photographie de l’artiste soufflant dans un globe en verre pour créer l’illusion d’une matière organique. Deux petites cages à oiseaux ouvertes évoquent quant à elles la liberté redonnée à deux spécimens, errant à loisir dans le parc du musée.

    Un parcours extérieur déroutant, entre art et nature sauvage

    Une fois ces deux espaces visités, la suite du parcours se fait à l’extérieur. Un chemin balisé mène en pleine nature, dans le Cosmopolitan Culture Park. Une ambiance sonore accompagne les visiteurs et rend l’exploration presque onirique. Tout comme l’œuf, la figure de l’enfant ponctue le parcours comme symbole d’espoir, d’adaptabilité et sans doute de fragilité, et fusionne avec la nature environnante, comme avec l’oeuvre monumentale CosmoGolem, sculpture de dix mètres de haut en marbre, symbole des Droits des Enfants dans le monde.

    Dans le parc, trois enclos de plus de 9000m2 sont aménagés. En plus des poules de l’œuvre vivante Cosmopolitan Chicken Project, les visiteurs côtoient des lamas, des dromadaires ou encore des autruches. Autant d’espèces différentes qu’on ne s’attend pas à voir réunies dans un milieu naturel et qui pourtant s’adaptent et se développent. LABIOMISTA ne recrée par un zoo mais « un nouvel écosystème avec les espèces animales et végétales du site ». Les animaux évoluent ici librement dans leur espace, avec le moins de barrières possibles, loin des cages étroites qui peuplaient le site à la fin du 20ème siècle. Le musée précise également que leur présence s’inscrit dans des programmes d’élevage et de placement pour la protection des espèces, comme pour tous les animaux présents sur le site.

    L’engagement, au coeur de Labiomista

    Déambuler entre ces animaux et les installations de l’artiste questionnent sans cesse notre rapport au vivant mais aussi à l’art. Plusieurs projets indiquent aussi l’engagement de LABIOMISTA pour l’écologie, avec notamment Future Garden et son laboratoire de recherche, où évolue un couple de tapirs ; une espèce à l’apparence singulière dont on apprend le rôle particulièrement fécond pour le développement des écosystèmes et qui est dans le même temps si menacée.

    Mais c’est plus loin, au bout d’un chemin, que l’un des moments les plus forts de la visite a lieu. Derrière un rideau de chaînes et un nom Protected Paradise se dévoile une vaste zone naturelle de 12 hectares, à parcourir librement. Un panneau à l’entrée indique les dizaines et dizaines d’espèces sauvages qui peuplent les lieux, dont une famille de cigognes noires, dans le cadre d’un programme de retour à la vie sauvage. Les visiteurs sont invités à se déplacer avec précaution et dans le strict respect de ces résidents, passant dans une toute autre dimension.

    À quelques pas de la fin du parcours, le Labovo invite quant à lui à prendre une dernière grande inspiration. Ce large pavillon gris clair, avec sa terrasse panoramique et sa vue imprenable sur l’habitat des dromadaires, surprend à la fois par son minimalisme et sa proéminence, en parfaite osmose avec l’environnement. Il invite à savourer le calme et la sérénité des lieux, à prendre le temps de regarder à la fois ce qui se joue autour de nous et en nous.

    Nouvelle saison : « Never alone »

    En 2026, une nouvelle saison s’ouvre sur le thème « Never alone ». En tête d’affiche, une oeuvre faite de trois corps hybrides est présentée, rappelant par leur posture les Trois Grâces de l’Antiquité. Avec leurs têtes d’animaux, leurs corps d’humains et leurs bras qui s’allient, elles rappellent la force de l’union et de la mixité, et que « tout existe par la connexion ».

    À LABIOMISTA, laboratoire artistique géant et verdoyant, la diversité s’expérimente et se meut dans de multiples formes, au plus près de la nature mais aussi pour sa préservation. La visite offre un sentiment de liberté et donne l’impression de parcourir des mondes nouveaux. L’art s’y niche dans tous les recoins et participe à transformer le monde, à bousculer les idées reçues et à provoquer la rencontre des différences, dans un mouvement perpétuel.

    À (re)découvrir sans plus tarder dès ce printemps.

    Mélanie Lecoeuvre
    Mélanie Lecoeuvre
    Responsable arts

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