De Léonore Confino
Mise en scène Isabelle Paternotte
Avec Ana Rodriguez, Stéphanie Van Vyve, Alexandre Trocki et Fabio Zenoni
Du 15 janvier au 28 février 2026
Au Théâtre Le Public
Pièce de théâtre populaire de Léonore Confino présentée au Théâtre Le Public, cette comédie grinçante explore la manière dont un conte enfantin révèle les non-dits et les secrets d’une famille à travers des métaphores marines, provoquant des révélations surprenantes et drôles.
Sur fond de bruit de vagues, une voix enfantine s’élève : « Il était une fois un petit bigorneau orphelin qui avait perdu sa coque ». Le gastéropode marin part à la recherche de son habitation et croise en chemin un vieil oursin en couple avec une seiche stérile, une sirène, une crevette, un homard, un poulpe…
Lumière. Un couple entre dans le hall. La femme, Irène (Stéphanie Van Vyve), se plaint qu’il n’a rien écrit depuis cinq ans et que tout le monde la harcèle. Le mari, Théophile (Fabio Zenoni), a connu le succès avec la publication de son roman La chambre des amants. Depuis, il n’a plus rien publié et cela fait trois ans qu’il traîne en pyjama toute la journée.
Selon Iréne, les gens sont déçus et s’impatientent. Il lui rétorque : « mon honneur à moi, c’est d’être décevant pour ces gens ». Oui, mais se lamente la contrôleuse de gestion, il y a les factures à payer et la chaudière qu’il faudra changer avant l’hiver. Financièrement, c’est elle qui assume tout. Cependant, Théo lui annonce qu’il écrit un conte poétique pour enfants, entre autres, un conte minimaliste et aquatique, L’éveil du plancton. Il s’extasie : « pour la première fois, j’écris sans calcul commercial ». Ce à quoi elle répond : « putain, ça va jamais se vendre ».
A ce moment, elle perçoit, effrayée, son reflet dans un miroir, persuadée que celui-ci la juge. Son mari a chiné l’objet datant du XVIIe siècle qui a appartenu à une sorcière centenaire et qu’il a payé 1.200 euros, à crédit. Ce qui désespère encore un peu plus Irène. Mais lui y tient d’autant plus que depuis qu’il l’a acquis, il a retrouvé son inspiration.
On retrouve Théo en compagnie de son frère William, dit Willy (Alexandre Trocki). Le discours est semblable, tout le monde attend une suite à La chambre des amants et de lui proposer plusieurs formules plus alambiquées les unes que les autres pour renouer avec le succès. Mais Théo n’en démord pas, depuis qu’il a commencé à rédiger ce conte, il a retrouvé son instinct d’enfant. Il fait des rêves aquatiques et lorsqu’il se réveille, il n’a plus qu’à les coucher sur le papier.

Après un autre extrait du conte, Irène et Théo rangent le salon afin de dissimuler les jouets de leurs deux filles, des jumelles. En effet, selon Willy, son épouse, Jeanne (Ana Rodriguez) n’arrive pas à être enceinte. Elle déprime et serait au bord du suicide. Le couple arrive et Jeanne se montre sereine et même enjouée, maniant ce qu’Irène prend pour de l’humour, mais qui s’apparente plus à de la provocation, avec malice et délectation.
Laissant les femmes au salon, Willy prend Théo à partie dans la cuisine et commence à l’engueuler vertement. Il lui reproche d’avoir réussi à enfanter et voit dans le couple de la seiche stérile et du vieil oursin de la condescendance à l’égard de son couple. Théo a beau jurer aux grands dieux que ce ne sont que des personnages sortis de son imagination, sans transposition aucune, rien n’y fait.
Le père des deux hommes appelle au téléphone et semble contrit. Il grommelle des mots incompréhensibles avant de raccrocher. Le concierge du père appelé à rescousse donne des nouvelles : l’homme est allongé sur le sol au milieu de feuilles de papier. Apparemment, il venait de lire le conte aquatique et a compris qu’en fait le bigorneau est à la recherche de ses vrais parents.
Là-dessus, Irène qui s’était éclipsée un temps rentre dans la pièce, furibarde, et agonit son mari d’injures, disons, très élaborées. Elle se sent pointée du doigt par le personnage de la crevette qui se tape tout ce qui bouge. Au final, la seule personne de l’entourage de Théo qui a apprécié le conte en devenir, c’est Jeanne qui y a perçu un conte philosophique et métaphorique, se projetant elle-même dans le personnage de la crevette.
Outre l’effet miroir qui fait que chacun perçoit dans le texte le reflet de ses propres problèmes, ce conte enfantin va agir comme une véritable révélateur, au sens propre du terme. Chaque membre de la famille vide son sac et se livre sans retenue et, dans l’emportement, laisse échapper l’un ou l’autre secret enfoui, parfois, depuis des décennies.
L’effet miroir a déjà fait ses preuves avec succès sur les scènes françaises, notamment au Théâtre de l’Œuvre à Paris d’octobre 2023 à janvier 2024. Ici, le décor très astucieux rassemble cinq pièces d’un appartement sur le plateau, chacune existe par la magie de la lumière lorsqu’une action s’y déroule. Très bien écrit, le texte accumule les ressorts comiques, dont nombre de quiproquos savoureux, à partir de situations et de rapports entre les différents personnages réalistes.
Les quatre comédiennes et comédiens campent leur personnage avec une efficacité redoutable, mettant leur maîtrise du jeu et toute leur fougue au service d’un excellent moment de théâtre. Ici, les scènes de colère, et il y en a, sont de véritables scènes de colère.
