Titre : La proie
Auteur.ice : Yrsa Sigurdardottir
Édition : Actes Sud
Date de parution : Février 2026
Genre : Roman noir
On le sait, l’Islande est réputée pour ses paysages immaculés qui font de parfaits décors pour des polars glaçants. Et ça, Yrsa Sigurdardottir en est pleinement consciente, elle qui compte dans l’écriture de son dernier roman sur la nature hostile pour créer l’angoisse.
La proie, ce n’est pas le cerf retrouvé mort, enseveli sous la neige, dans la région de Lónsöræfi. Lui a probablement succombé à la faim, n’ayant pas, comme les autres animaux, réussit à fuir la région avant qu’elle ne devienne inhospitalière. Non, la proie – ou plutôt les proies – c’est ce groupe d’amis aventureux qui s’est engagé dans une randonnée en plein hiver et dont on retrouve les cadavres dénudés. Il faut déjà être fou pour ce lancer dans pareille aventure alors que la chute des températures est vertigineuse et que la nature s’est dépouillée de toute âme qui vit. Mais il faut être carrément inconscient pour s’y laisser piéger sans ses vêtements.
Étant la première à avoir découvert un corps et étant mariée au policier chargé de l’enquête, la secouriste bénévole Johanna développe une douce obsession pour l’affaire. En parallèle, Drofn, l’une des membres de l’équipe de baroudeurs, commence à émettre des doutes quant au déroulement de l’activité. Suivre un inconnu dans sa recherche d’une station radar en plein hiver représente peut-être une prise de risque que le groupe n’avait pas assez anticipé. Tout ça pour s’échapper un instant d’un quotidien bourgeois et léthargique. Pendant ce temps, la fameuse station radar est elle-même le décor d’étranges évènements qui prennent la forme d’hallucinations macabres subies par le technicien de garde. Le passé croise le présent dans ce thriller à voix multiples.
Comme c’est souvent le cas lorsque les points de vue se chevauchent, La proie jouit d’un certain dynamisme. Le procédé permet à l’autrice de sélectionner des fragments de l’histoire de chacun pour ne garder que les moments qui mettent le récit en tension. Il va s’en dire que c’est efficace. L’autre atout que cache Yrsa Sigurdardottir, c’est évidemment son décor. Des paysages d’une blancheur innocente, constellée de cadavres dans le plus simple appareil, donnent lieu à des scènes très graphiques. La neige se fond avec le ciel, dans une pâleur qui semble sans limite. Si seulement il n’y avait pas eu les restes d’un anorak ou encore une tache de sang pour venir contraster avec la monochromie du décor. Et puis, il y a les nuits sans fins des hivers islandais. Celles qui font vivre un cauchemar à tous ces proies qui gravitent autour de la station radar. Malgré une fin qu’on regrette un peu alambiquée, La proie se joue du lecteur pour ne lui laisser qu’un sentiment de terreur froide.
