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    La Nouvelle Arcadie : A comme Aphrodite

    Prométhée Foiemangé marche guilleret vers Chagrin-sur-Mer. Guilleret de surface, car il est tracassé par ce qui l’amène dans ce village, à savoir le vent du progrès et un énorme établissement hôtelier qui apporterait des sous et du travail aux personnes qui y vivent. Il y est envoyé par son patron pour soudoyer la population et acheter les terres. Guilleret, donc, car c’est un jeune homme dont l’avenir s’ouvre à lui. Tracassé aussi, car c’est un moineau pour le chat, un cadre tout frais tout neuf de Titan Universal Entreprises qui répète inlassablement son discours de vente pour que les gens y croient (et pour y croire lui-même).

    Convaincre les habitants du village, fatigués par le soleil, affalés au bar, jouant aux cartes, se révèlera assez facile. Prométhée fera miroiter les cartes du luxe et du travail « de l’autre côté de la rue ». Un problème s’affiche toutefois. Le terrain appartenant à la famille Nomdedieu, décrite comme « particulière », ne se vendra jamais, lui dit-on. Prométhée se rend donc sur place, dans ce chalet en hauteur, pour rencontrer ces fameux personnages, qui se révéleront être (petit spoiler) des dieux/déesses de l’antiquité gréco-romaine. Le nom du personnage principal, le temple grec sur la couverture de l’album et l’ambiance générale font de ce spoiler un secret à peine éventé.

    Juanjo Rodriguez J. a donc l’objectif de mêler lutte sociale (dans les années 1960) et mythologie. Il fait cela à partir de la famille Nomdedieu, dont presque tous les membres sont représentés sur la couverture de La Nouvelle Arcadie. Une bonne dizaine, donc, avec leurs personnalités, leurs fonctions sociales et les clichés liés aux dieux ou déesses en question. Or, on sait qu’à force de multiplier les personnages, comme on a pu encore le voir dans la dernière saison de Stranger Things, l’émotion a du mal à passer. D’autant plus que chaque membre respecte scrupuleusement le rôle qui lui est dû.

    La famille Nomdedieu est imposante et occupe beaucoup d’espace, de planches, sans faire avancer le récit. D’ailleurs, et sans grande surprise, la narration, rectiligne, se dirige tout droit vers ce à quoi on s’attendait. Prométhée n’est qu’un jouet des dieux, une marionnette humaine, et le combat final entre les habitants du village et les ouvriers est complètement hors-sol. À partir du moment où la famille fait son apparition, Juanjo Rodriguez délaisse la lutte sociale pour ne s’occuper que de mythologie. Il se fait plaisir, on le sent, mais tout cela ronronne un peu et ressemble, par de lointains aspects, à la série Netflix Kaos.

    Dans le fond, arrivé à la fin de l’histoire, on se demande si la vraie raison de dessiner La Nouvelle Arcadie n’était pas d’exposer son amour pour la mythologie. D’ailleurs, une sorte de glossaire final revient avec moult détails sur les personnages et sur les dieux qu’ils représentent. Dommage que le personnage de Prométhée, peut-être le plus intéressant sur le papier, le plus humain, soit délaissé en cours de récit, simple spectateur dont l’intimité nous est inconnue.

    Il faut toutefois reconnaître le talent de l’auteur pour créer un monde : la Méditerranée respire, vibre de chaleur sous les cris des grillons. Les cases rectangulaires découpent l’histoire comme un western tourné dans un village paumé où quelques habitants jouent encore et toujours aux cartes. C’est la manière de représenter ce petit monde-là, ses occupations quotidiennes et sa torpeur, 60 ans après, qui fait vraiment la force de La Nouvelle Arcadie.

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    La Nouvelle ArcadieScénario et dessin : Juanjo Rodriguez JÉditeur : BambooDate de parution : 28 janvier 2026Genre : Bande dessinée, Humour, Mythologie Prométhée Foiemangé marche guilleret vers Chagrin-sur-Mer. Guilleret de surface, car il est tracassé par ce qui l’amène dans ce village, à savoir...La Nouvelle Arcadie : A comme Aphrodite