Plus

    La Mélodie du bonheur : le destin de la famille von Trapp vu par Hollywood

    La playlist :
    (Il est conseillé de l’écouter en lisant l’article)

    Il y a 60 ans, lors de la troisième semaine de février 1966, sort La Mélodie du bonheur réalisé par Robert Wise. ♬ “Do le do, il a bon dos, Ré rayon de soleil d’or, Mi c’est la moitié d’un tout…” ♬

    Mais avant de devenir un film, c’est tout d’abord une histoire réelle d’une gouvernante qui s’installe dans une famille et les fait chanter jusqu’à les amener à se produire en public. Mais avant de devenir le 6ème plus grand succès de tous les temps au cinéma, il s’est passé pas mal de choses. Tout d’abord, tout est basé sur le livre The Story of the Trapp Family Singers, écrit par Maria von Trapp suite à l’insistance d’une de ses amies qui lui disait qu’une telle histoire ne pouvait tomber dans l’oubli. A force de persévérance, elle réussit à faire en sorte que Marie écrive les premières pages et ce n’est étonnamment pas si mal pour quelqu’un qui n’est pas écrivaine. Mais c’était aussi un bon moyen de promouvoir leur groupe de chant après la mort du patriarche, le capitaine Georg Von Trapp en 1947. Le livre est finalement publié en 1949 aux USA et en 1952 pour l’édition allemande.

    La vraie famille von Trapp

    Quatre ans plus tard, le livre devient un film réalisé par Wolfgang Liebeneiner. Hollywood avait pourtant repéré le succès du livre mais n’a au départ proposé d’acheter que les droits pour le titre. Maria veut que toute l’histoire soit racontée et accepte alors de vendre les droits au réalisateur allemand. Le film, ainsi que sa suite qui s’attarde plus sur la vie de la famille aux USA, est un énorme succès sur le marché ouest-allemand et ensuite dans toute l’Europe et en Amérique du Sud.

    La Famille Trapp de Wolfgang Liebeneiner

    Entre temps, Hollywood est revenu à la charge et la Paramount Pictures acquiert les droits d’adaptation pour le marché américain et annonce l’intention de produire une version avec Audrey Hepburn dans le rôle principal. Si le studio renonce finalement au projet, un des réalisateurs pressentis, Vincent Donehue verrait bien cette histoire adaptée à Broadway et glisse à l’idée aux producteurs Richard Halliday et Leland Hayward qui acceptent de se lancer dans l’aventure. La musique est confiée à Richard Rodgers et les paroles à Oscar Hammerstein II. Le scénario est dévolu à Howard Lindsay et Russel Crouse (lauréat d’un prix Pulitzer pour une précédente pièce).

    Mais cette adaptation va s’éloigner de la réalité afin de correspondre au mieux aux enjeux dramatiques d’une telle production. La durée de l’action est raccourcie pour commencer quelques mois avec l’entrée des nazis en Autriche jusqu’à leur fuite. Le principal changement, c’est tout ce qui concerne la relation de Maria avec Georg von Trapp. Maria est d’abord envoyée par le monastère pour ne s’occuper que de Maria, une des filles de Georg. Ce n’est qu’après qu’elle finît par s’occuper des 6 autres enfants. Mais tout cela ne s’est pas passé en 1938 mais en 1926 et elle épousa Georg l’année suivante. Pas vraiment par amour, Maria dit dans son livre qu’elle est surtout tombée amoureuse des enfants et que le mariage était plutôt un arrangement entre eux deux car von Trapp avait besoin d’une mère pour ses enfants et que Maria avait besoin d’une situation après avoir quitté le couvent. Le couple a eu ensuite trois enfants supplémentaires. La comédie musicale a alors changé tous les prénoms et les âges des enfants pour éviter la méprise entre Maria, la gouvernante et Maria, une des filles de la famille et faire un mix de tous les enfants qui composaient la famille à l’époque de l’adaptation. Ils n’ont pas non plus participé à un concert pour gagner du temps pour s’enfuir à pied à travers les montages. En fait, Georg von Trapp a perdu énormément d’argent à un moment et ils ont été obligés de se produire sur scène. Ils avaient déjà du succès avant de quitter l’Autriche. Pour fuir l’Autriche, ils ont profité que Georg von Trapp était né sur un territoire appartenant maintenant à l’Italie pour réclamer une citoyenneté italienne et partir en train rejoindre ce pays. Ils sont ensuite passés par la Suisse, la France, l’Angleterre avant d’atterrir aux USA. Et enfin, le caractère des adultes ne correspond pas vraiment à ce que l’on voit dans le film. Georg n’était pas ce personnage froid et austère mais un père aimant et attentionné envers ses enfants. Il était même considéré comme profondément ennuyeux par un de ces neveux. En ce qui concerne Maria, on est loin du personnage angélique. Une des filles du premier mariage de Georg la décrit plutôt commune lunatique et sujette à des accès de colère.

    La Mélodie du bonheur à Broadway en 1959

    Mais revenons à nos moutons. La comédie musicale est enfin à l’affiche dès novembre 1959 et c’est à nouveau un carton ! Le spectacle fait salle comble et reçoit 6 Tony Awards dont celui de la meilleure comédie musicale. Cette fois, Hollywood ne peut pas passer à côté et le président de 20th Century Fox, Richard D. Zanuck, achète les droits. Il missionne alors Enerst Lehman pour adapter l’histoire pour le cinéma. Pendant ce temps Zanuck se met à la recherche d’un réalisateur mais plusieurs refusent dont , Vincent Donehue (qui est à la base de la comédie musicale) mais aussi Stanley Donen ou Gene Kelly, les deux créateurs de Chantons sous la pluie ou encore George Roy Hill qui sera célèbre par la suite pour des films avec Paul Newman : Butch Cassidy et le Kid et L’Arnaque. Il réussit finalement à convaincre William Wyler, un réalisateur habitué à être nommé à l’Oscar du meilleur réalisateur et dont le Ben Hur de 1959 détient le record du plus grand nombre d’Oscars obtenus (record qui ne sera égalisé que par Titanic et Le Retour du Roi, bien longtemps après).

    Mais après avoir commencé des repérages et des modifications au scénario, il demande à Zanuck de reporter le film car il veut absolument réaliser L’obsédé, un film bien plus noir. Mais le président ne veut pas attendre et lui souhaite bonne chance avant de lui trouver un remplaçant. Son choix revient alors sur Robert Wise, le réalisateur de West Side Story qui avait été un temps approché mais qui avait décliné car il était sur un autre projet : La Canonnière du Yang-Tsé qui a été reporté. Il est maintenant libre et prêt à se lancer dans l’aventure !

    Robert Wise, Christopher Plummer, Julie Andrews

    Il faut maintenant trouver la perle qui va interpréter l’héroïne de l’histoire ! Si Robert Wise dresse une liste avec les actrices du moment comme Grace Kelly ou Shirley Jones, Ernest Lehman a une idée en tête : Julie Andrews. Ils se rendent alors sur le tournage de Mary Poppins pour la voir à l’œuvre et tombent littéralement sous le charme. Robert Wise aurait même dit : « Faisons signer cette fille avant que quelqu’un ne voie ce film et ne la recrute !”. La recherche pour l’acteur devant jouer le Capitaine von Trapp a été par contre plus compliquée. Après avoir un temps envisagé Bing Cosby, Yul Brynne, Sean Connery ou Richard Burton, Robert Wise proposa Christopher Plummer qu’il avait vu plusieurs fois sur scène à Broadway. Mais l’acteur fait la fine bouche car il trouve le rôle un peu vide. Il finit par accepter quand il reçoit l’assurance de pouvoir travailler avec le scénariste pour enrichir le personnage et lui donner plus de nuances. Il continuera tout de même à trouver le film fort mièvre jusqu’à le renommer “The Sound of Mucus”. Il a fallu ensuite trouver les enfants et d’immenses auditions ont été organisées à travers les Etats-Unis et l’Angleterre. On peut citer quelques exemples de futures célébrités qui ont été refusées comme Mia Farrow, Geraldine Chaplin, Patty Duke, Lesley Ann Warren ou encore Kurt Russel. Par contre, Charmian Carr, qui joue l’ainée, Liesl, est arrivée par hasard. A l’époque, elle était surtout mannequin pour payer l’université et c’est une de ses amies modèles qui a envoyé sa photo à Robert Wise, en expliquant qu’elle était capable de chanter et de danser. Elle a été prise par surprise, est allée passer l’essai et a été prise par le réalisateur.

    Salzbourg

    Robert Wise passe aussi beaucoup de temps à sélectionner avec soin les rôles secondaires. Le casting complet, le tournage peut commencer, tout d’abord dans les studios à Los Angeles avant de partir vers l’Europe et l’Autriche. Tout semble s’être déroulé plutôt bien hormis peut-être la pluie un peu trop présente dans cette partie du globe pour le réalisateur qui n’en veut pas à l’image. Mais aussi quand les autorités de Salzbourg lui refusent l’autorisation de placer des bannières à croix gammée mais après les avoir menacé d’utiliser plutôt des images d’archives des mêmes lieux, ils ont fini par céder. Toute l’équipe est ensuite retournée en studio pour tourner les scènes d’intérieur mais aussi de redoubler en postproduction les dialogues inaudibles mais aussi, dans le cas de Christopher Plummer, doubler ses parties chantées par un vieux vétéran de Disney, Bill Lee qui faisait entre autres les chansons du père dans Les 101 Dalmatiens. Et cinq ans après l’achat des droits, le film est prêt à sortir ! Récemment, suite à la remasterisation du film, on peut enfin entendre les parties originales de Plummer et on a plaisir à découvrir sa véritable voix. S’il n’est effectivement pas un très bon chanteur, il interprète les chansons selon son personnage et cela rend le tout plus authentique.

    Autant en emporte le vent

    Et bien que les critiques trouvent le film vraiment trop mièvre, le succès public est au rendez-vous ! La bande originale sort aussi en album au même moment et devient un succès planétaire aussi. Le Billboard, en 2025, l’a même placé comme deuxième meilleur album de tous les temps. De son côté, le film est traduit dans des dizaines de langues et remporte 5 Oscars sur dix nominations, dont le meilleur réalisateur pour Robert Wise face à … William Wyler et le film pour lequel il avait quitté le projet (L’Obsédé). En salles, c’est la folie : le film dépasse le montant des recettes d’Autant en emporte le vent ! Pour la première fois, un film joue sur le fait qu’il est le plus rentable de tous les temps sans prendre en compte l’inflation. Un procédé marketing utilisé plein de fois par la suite, à chaque fois qu’un gros succès dépasse la somme du film précédent parce que les places sont plus chères. Il y a quelques années, a été établi un classement respectant l’inflation et Avatar, Titanic ou Avengers: Endgame, celui qui a la plus grosse somme à son palmarès à l’heure actuelle, reste derrière Autant en emporte le vent. Pour sa part, La Mélodie du bonheur est tout de même à la 6ème place !

    Le seul endroit où le film n’a pas tout raflé sur son passage, a été son pays d’origine : l’Autriche où il est passé inaperçu à sa sortie, les Autrichiens trouvant le film peu authentique. Mais ils se feront tout de même rattraper par le succès car très vite, des promoteurs organisèrent des voyages sur le thème du film, voyages qui ont toujours du succès à l’heure actuelle !

    ♬ “Do le do, il a bon dos, Ré rayon de soleil d’or, Mi c’est la moitié d’un tout…” ♬

    Mais La Mélodie du bonheur, c’est aussi un film qui, à l’heure actuelle, a une telle réputation, qu’on le connaît sans même l’avoir vu. Ne fut-ce que pour les chansons ! Qui n’a jamais entendu Edelweiss, la chanson d’Au revoir (So Long, farewell) ou le Yodel (qui a influencé un superbe remix des Zware Jongens, devenu ensuite l’hymne du PSV Eindhoven !). Et sans parler évidemment du plus gros hit : Do-Ré-Mi ! Qui a marqué les esprits en Belgique en étant utilisée pour un flash mob dans la Gare d’Anvers qui a fait le tour du monde (on vous laisse chercher sur YouTube !). Mais c’est aussi un film à découvrir si tant vous n’ayez pas peur d’affronter sa durée de 2h52 !

    Loïc Smars
    Loïc Smarshttp://www.lesuricate.org
    Fondateur, rédacteur en chef et responsable scènes du Suricate Magazine

    Derniers Articles