La malédiction du pétrole

Extrait d'une planche de la BD "La malédiction du pétrole" (Delcourt, 2020)

Image de couverture de la BD "La malédiction du pétrole" (Delcourt, 2020)

Scénario : Jean-Pierre Pécau
Dessin : Fred Blanchard
Éditeur : Delcourt
Sortie : 4 mars 2020
Genre : Histoire, Géopolitique

La malédiction du pétrole est un essai illustré sur l’histoire du pétrole, son rôle dans l’économie mondiale et sa dimension géopolitique. Un ouvrage original et documenté à l’ambiance sombre et onirique.

Une histoire mouvementée

D’abord utilisé comme source d’éclairage et comme lubrifiant, le pétrole devient à la fin du XIXe siècle un moyen de se chauffer et surtout de faire tourner des machines comme l’automobile. Cette ressource naturelle devient donc rapidement indispensable à l’économie mondiale. Pour le meilleur… et surtout pour le pire.

Dans La malédiction du pétrole, Jean-Pierre Pécau s’inspire du blog de Matthieu Auzanneau dans le journal Le Monde pour évoquer les paradoxes et les dangers de l’or noir. Moteur de la croissance à partir de la Révolution industrielle, le pétrole est d’abord vu comme un facteur d’émancipation, notamment parce qu’il accompagne l’essor de la voiture individuelle. Mais la bénédiction se transforme vite en malédiction pour de nombreux pays dans lesquels sont découverts des gisements.

Un rôle économique et géopolitique clé au XXe siècle

Invention des pipelines, des steam-tankers… La malédiction du pétrole retrace de manière assez complète les principales évolutions historiques de l’économie du pétrole. On découvre notamment le rôle des grandes familles capitalistes à l’origine de l’industrie pétrolière moderne telles que les frères Nobel, les Rothschild et les Rockefeller. La narration, à la fois concise et très informative, aurait toutefois pu bénéficier d’une approche un peu plus didactique. C’est notamment le cas en ce qui concerne le pétrole en tant que phénomène naturel. Pour en savoir plus sur sa composition et son origine, il faudra se tourner vers d’autres sources.

L’accent est plutôt mis dans l’ouvrage sur la dimension économique et géopolitique du pétrole, et notamment son rôle dans de nombreux conflits armés. Pour l’auteur, “toute la seconde guerre mondiale peut être expliquée par le pétrole” (p.67). L’Allemagne nazie et le Japon auraient ainsi perdu la guerre faute d’avoir accès à des ressources suffisantes en pétrole. Guerre du Kippour, révolution iranienne, guerre du Golfe… le pétrole constitue tout au long du XXe siècle un enjeu essentiel pour les grandes puissances.

Un récit documentaire empreint de symbolisme

Au-delà de l’aspect documentaire, l’originalité de La malédiction du pétrole est d’allier un récit factuel de type journalistique à des visuels oniriques empreints de symbolisme. Les illustrations en noir et blanc de Fred Blanchard, riches en jeux d’ombres, créent une ambiance maléfique et intrigante, presque hypnotisante avec la répétition à intervalle régulier de certaines figues identiques. Parmi les représentations symboliques, têtes de mort, sirènes à la queue de serpent de mer et sphinx peuplent un univers cauchemardesque qui se superpose à des représentations plus réalistes de l’histoire. Les portraits des principaux personnes historiques sont ainsi remarquables de précision et de ressemblance, évoquant le passé de dessinateur de presse de Blanchard.

Au final, La malédiction du pétrole est un ouvrage très intéressant tant du point de vue de la forme que du contenu. Un texte engagé sans prosélytisme excessif, qui suscite une réflexion très intéressante sur l’avenir de l’économie dans l’ère de l’ “après-pétrole”.

Soraya Belghazi
A propos Soraya Belghazi 165 Articles
Journaliste - Responsable Arts/Expos/Musées du Suricate Magazine