
La Main sur le berceau
Réalisatrice : Michelle Garza Cervera
Genre : Thriller
Acteurs et actrices : Mary Elizabeth Winstead, Maika Monroe, Raul Castillo
Nationalité : USA
Date de sortie : 19 novembre 2025
Le cinéma adore le trope du « ver dans le fruit ». De la sociologie cruelle de Parasite (Bong Joon-ho) à l’ambiguïté de Harry, un ami qui vous veut du bien (Dominik Moll), en passant par la tension chirurgicale de Mise à mort du cerf sacré (Yorgos Lánthimos), rien n’est plus effrayant qu’un inconnu qui s’invite pour dissoudre la cellule familiale de l’intérieur. C’est dans cette lignée de la paranoïa domestique que tente de s’inscrire The Hand That Rocks the Cradle (2025), remake du thriller de Curtis Hanson.
Sur le papier, le pitch est imparable. Mary Elizabeth Winstead incarne Claire, une mère surmenée qui laisse entrer Polly, une babysitteuse providentielle, dans son foyer. Cependant, derrière ses sourires angéliques, Polly cache un passé trouble et des intentions bien plus sombres.
Mais si la mécanique du suspense fonctionne par à-coups, le film trébuche lourdement sur son écriture. Là où l’on espérait une montée en puissance insidieuse, le récit nous sert une antagoniste dont l’évolution est trop expéditive, nous privant de ce doute délicieux qui fait le sel du genre. Pire, l’absence d’alchimie entre les acteurs fige l’émotion, nous laissant spectateurs d’une famille de clichés ambulants : le couple qui ne communique pas, l’ado rebelle criant « Je vous déteste ! », la méchante aux expressions forcées et la bourgeoisie de Los Angeles, progressiste en surface mais pétrie d’hypocrisie.
Le film échoue surtout à cerner son véritable sujet. Au lieu d’une torture psychologique digne du genre du home invasion, on assiste au cauchemar conservateur d’une « Karen », où l’héroïne semble plus terrifiée par les écarts alimentaires de ses filles ou l’influence morale jugées trop woke de la nounou que par un réel danger physique.
Reste la partition musicale d’Ariel Marx, véritable réussite qui sublime l’angoisse par une originalité bienvenue, et une mise en scène soignée qui rend l’ensemble suffisamment satisfaisant, mais frustrant.
En résumé, le film se prend un poil trop au sérieux en effleurant des sujets intéressants sans pour autant les exploiter. Le tout manque de punch et se termine avec un dernier acte où le peu de tension accumulée retombe malheureusement à plat. Pour le grand frisson de l’intrusion, on préférera revoir l’original de 1992.
