Titre : La fin du voyage
Auteur.ice : Arnaldur Indridason
Édition : Métailié
Date de parution : 06 Février 2026
Genre : Roman noir
À Copenhague, en 1845, Jonas Hallgrímson glisse dans les escaliers de la pension où il vit. La blessure est grave. Alité en attendant une éventuelle opération, il reçoit la visite de plusieurs personnages : des amis, des collègues, des noyés et des disparus.
Connu pour être l’une des têtes de gondole du polar nordique, Indridason s’essaye à nouveau au roman historique en s’attaquant cette fois-ci aux derniers jours du poète naturaliste islandais Jonas Hallgrímson. Celui-ci est l’un des pères de la poésie romantique en Islande. Amoureux de son pays et de sa culture, ses textes se concentrent sur les paysages et l’âme islandaise. Son succès arrive pile au moment où le pays essaie de se dégager de l’influence coloniale du gouvernement danois.
En partant du poème « La fin du voyage », Indridason nous raconte les derniers jours de ce héros national, aimé et apprécié autant du public que de ses pairs. Jonas est, en réalité, hanté par ce poème. Il est sensé paraitre bientôt, mais des doutes envahissent le poète. As-t-il bien fait de se révéler autant dans cette œuvre. Est-ce qu’il ne risque pas d’avoir des soucis, avec la femme qui le lui as inspiré ? Ce poème le ramène aussi vers un fragment de vie qu’il n’a jamais vraiment réussi à oublier. La première femme qu’il a aimée lui a été refusée et, à la même période, un jeune berger de son village, du nom de Keli, avec qui il s’était lié d’amitié, disparaît dans d’étranges circonstances, projetant le village dans une période de violence sourde et de commérages meurtriers.
Indridason nous offre ici, vulnérabilité d’un homme. Comme dit plus haut, Hallgrímson était fortement apprécié, sinon carrément aimé de tous. Tout au long de son séjour, les gens qui viennent le voir prennent soin de lui, le rassurent et l’encouragent. Au fil des pages, on voit Jonas se laisser aller à accepter cette affection, révélant ainsi sa propre douceur et son cœur sincère, mais aussi la source de sa vulnérabilité. On pourrait l’attribuer au fait qu’il est artiste — ce serait simple. Un poète qui, en plus, se voit obligé d’aller étudier loin de sa famille avec laquelle il s’entend bien : cela pourrait expliquer la sensibilité de cet homme. Sauf que l’on comprend que Jonas traîne en lui de lourds fantômes. Il y a bien sûr la blessure de son premier amour, mais surtout Keli, dont la disparition a laissé une marque indélébile sur le poète.
Si la première partie du livre prend son temps pour nous installer dans l’histoire, une fois dedans, les paysages défilent devant nos yeux. On retiendra qu’il s’agit bien d’un roman noir et non d’une enquête. Le meurtre de Keli, bien que catalyseur, n’est pas le point central du livre. Ici, on est dans l’émotionnel, dans l’humain. Ce qui nous intéresse, c’est la réaction des villageois face à cette tragédie et le vide que cela laisse en notre héros pour le restant de ses jours.
Avec une écriture douce et intime, l’auteur nous dévoile une histoire profondément humaine. Entre la colère, les ragots, la tristesse et la fierté mal placée, Indridason dresse un état des lieux de l’humain et de son deuil. Ce que l’on retiendra principalement, c’est une douce mélancolie qui se répand dans les pages et se glisse dans vos doigts pour vous atteindre au cœur.
En somme, le temps passé aux côtés de ce poète nous procure, étrangement, un calme singulier. On sait ce qui arrive et tout ce que l’on peut faire, c’est l’accompagner dans ses dernières heures et l’écouter nous raconter ses souvenirs, ses regrets et ses espoirs. Le roman fait honneur au poème du même nom.
