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    La fêlure et autres récits, et si j’écrivais pour (re)devenir riche ?

    Titre : La fêlure et autres récits
    Auteur.ice : Francis Scott Fitzgerald
    Edition : Folio bilingue
    Date de parution : 22 mai 2025
    Genre du livre : Nouvelles

    Francis Scott Fitzgerald nous parvient aujourd’hui dans cette édition bilingue anglais-français de sept récits écrits tout le long de sa vie, lui qui mourut en 1940 dans sa quarantaine : Comment vivre avec 36 000 dollars par an, Comment vivre avec trois fois rien par an, La fêlure, Recoller les morceaux, Manier avec précaution, L’après-midi d’un écrivain, La mère de l’écrivain. Ces histoires font part de l’état d’esprit de l’auteur de Gastby le magnifique au moment de leurs publications.

    Comment vivre avec 36 000 dollars par an et Comment vivre avec trois fois rien sont des histoires de jeunesse, datées de 1924, alors que Gatsby, le grand œuvre de l’écrivain, paraîtrait un an plus tard. À l’époque, Fitzgerald a déjà publié un grand succès en 1920, L’envers du paradis, alors qu’il n’a que 24 ans. Il devient célèbre très vite et peut se permettre de vivre comme un « nouveau riche », comme ceux dont il étudie les comportements dans ces livres.

    Ces deux premiers récits composent la moitié de ce recueil et sont les plus réussis car les plus amusants. Il décrit les aventures de sa femme (qui ne porte pas de nom) et lui qui tentent de « s’en sortir » dans leur comptabilité commune pour vivre leur vie de la manière qui leur convient (c’est-à-dire avec des moyens bien supérieurs que la population américaine moyenne, entendons-nous). Fitzgerald a le talent de ne jamais s’auto-apitoyer, malgré le fait que l’argent file bien trop vite à leur goût, lui et sa femme. Il est la première victime de son humour et n’en loupe pas une pour se moquer de lui-même et de ce qu’il représente. Leur virée en Côte d’Azur pour tenter de mettre de l’argent de côté et parce que la vie n’est supposément pas chère là-bas est aussi mordante qu’hilarante.

    Fitzgerald raconte ses dettes new-yorkaises dans un humour qui n’est pas sans rappelé celui de Woody Allen, ridiculisant l’homme qu’il est qui échafaude des plans à la petite chandelle pour ne pas s’endetter plus qu’ils ne doivent. C’est à la fois frais et enlevé. Comment vivre avec trois fois rien fait intervenir également leur bébé, qui regarde ces deux êtres humains comme de braves animaux de compagnie un peu foufous. L’écrivain termine ses histoires en concluant, d’après une idée de sa femme, que la seule possibilité de se refaire financièrement est d’écrire une nouvelle du nom de… Comment vivre avec 36 000 dollars par an !

    Les autres histoires, incluant La fêlure qui donne le nom de ce livre, sont plus inégales. Écrites et publiées après la Grande Dépression, alors que Fitzgerald n’est plus l’écrivain célébré qu’il était, plongé dans la déprime justement, il y décrit la difficulté de vivre, en dévoilant des parts de vie où il était au plus bas. Ces révélations ne furent pas bien accueillies à l’époque (on dira de lui qu’il est complaisant dans son autodérision) et n’aidèrent pas ses affaires, comme Philippe Jaworski l’explique dans sa préface très intéressante pour comprendre le contexte de publication.

    Davantage encore que le côté apitoiement sur soi-même, c’est plutôt le style d’écriture qui parle moins en 2025 que ses deux premiers récits, même si Fitzgerald reste remarquable. Là où sa recherche d’argent était factuelle et très précise, ses états d’âme de ses nouvelles ultérieures touchent moins car ils sont trop abstraits, terriblement cyniques et désabusés. La dernière histoire, racontant les ultimes heures de sa mère, avant le malaise dont elle ne se relèvera pas, retrouve un peu de la candeur d’avant.

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