De Tiago Rodrigues
Avec Adama Diop et Alison Dechamps
Jusqu’au 26 juillet 2025
Au Festival d’Avignon
Les 10 et 11 octobre 2025
Au De Singel à Antwerpen
Dans La distance, un homme nous fait face. En silence, il nous regarde, se lève, boit un coup, s’assied. Puis, il commence: “Début du message”. Il énumère ensuite les mots qu’il envoie à sa fille, partie vivre dans l’espace. À des milliers d’étoiles de distance, celle-ci va lui répondre, et un dialogue va se nouer, dont nous serons les témoins.
Pour commencer Avignon 2025, la pièce de Tiago Rodrigues tape fort, dès l’entame. L’homme nous parle d’une époque future, incertaine, où les restes d’humanité se composent surtout d’un tourne disque et d’une pauvre tasse. Les troncs d’arbres morts effondrés au sol laissent entrevoir une catastrophe passée. Nous sommes les oreilles d’une humanité détruite, obligée de fuir la Terre pour coloniser d’autres ailleurs.
Sauf que tout ce récit n’est qu’un prétexte pour parler d’un sujet on ne peut plus important : l’intime. À savoir ici la relation entre un père et une fille. Si les effondrements et inondations sont évoqués en passant, ce techno-monde futuriste n’est pas représenté. On verra quand on y sera, semble nous dire Rodrigues. En attendant, occupons-nous de ce qui importe.
Le père fait alors place à la fille. Foulant un sol sablonneux, la martienne nous parle de sa langue chantante. Si Adama Diop n’est que douleur contenue, amour impétueux et colère à peine refrénée, Alison Dechamps nous arrose de ce ton sans conséquence, de sa juvénilité crédule et de son espoir sans faille.
Entre lui et elle, un monde, des univers. Le plateau tournera, de plus en plus vite, de plus en plus fort, les fera se rencontrer, en rêve, pour mieux accepter à nouveau la distance, la disparition, l’oubli. Et les larmes couleront dans la salle devant ce spectacle d’un père qui n’a d’autres choix que de voir sa fille suivre une voie qui lui est propre, sans l’avoir prévenu. Cette proche qui décide de suivre l’option de l’effacement du monde pour la survie de l’humanité, du moins d’après la propagande organisée de l’entreprise privée qui finance la mission. Et nous d’assister à la rupture des idéaux, au rapprochement des âmes qui ne peuvent (et ne pourront) plus se voir, à l’acceptation de la mort et au changement des relations qui nous tissent, parent-enfant et enfant-parent, au travers de messages incarnés, libres à l’interprétation de tout un chacun et portés au public par Alison Dechamps et Adama Diop, exceptionnels.
