More

    La Brafa, paradis des collectionneurs et amateurs d’arts

    La Brafa, l’une des foires d’art les plus prestigieuses d’Europe, vient d’ouvrir ses portes à Brussels Expo et s’annonce d’ores et déjà très prometteuse. Cette 71ᵉ édition voit encore plus grand passant de 128 à 147 exposants, sans faire de concession sur les deux composantes de son succès : l’éclectisme et la qualité.

    Visiter la Brafa c’est comme déambuler dans un musée dont les œuvres présentées traverseraient toutes les époques, de l’Antiquité au XXIe siècle, et les styles, art ancien, moderne ou contemporain, art tribal, art asiatique, arts décoratifs, porcelaine et céramique, joaillerie, argenterie, gravure, livres anciens, photographie bande dessinée ou design. De 12.000 à 15.000 œuvres sont exposées par 147 galeries internationales (25 nouvelles, 7 de retour) venant de 19 pays différents sur 25.000 m2 de surface. Et quasi toutes sont à vendre…

    La première Foire des Antiquaires de Belgique s’est tenue en 1956 à la Salle Arlequin dans les Galeries Louise à Bruxelles. Au fil du temps, elle s’est agrandie, internationalisée, a changé de lieu plusieurs fois. Vu le nombre croissant de participants, les organisateurs déplacent, en 1968, l’événement au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. En 1995, le salon jusque-là, réservé aux antiquaires belges, membres de la Chambre Royale des Antiquaires de Belgique, s’ouvre aux antiquaires étrangers. En 2004, la Foire des Antiquaires de Belgique déménage à Tour & Taxis ce qui permet à la foire de s’étendre, devenant de salon national regroupant 50 participants au départ, une foire internationale incluant environ 130 exposants.

    Dans les années 1990, la foire s’est également ouverte à de nouvelles spécialités comme l’art tribal, l’art contemporain et la bande dessinée. Le nom « Foire des Antiquaires de Belgique » ne correspondant plus à ces perspectives d’internationalisation et de diversité de domaines proposés, la foire choisit, en 2008, de s’appeler Brafa (Brussels Art Fair). En 2022, suite au développement de nouveaux projets sur le site de Tour & Taxis, la Brafa change pour la quatrième fois d’écrin et accroche ses cimaises à Brussels Expo sur le plateau du Heysel.

    Cette année, en plus des palais 3 et 4, la foire occupe également le palais 8 où ont été rassemblées les différentes offres culinaires. Ceci, comme la limitation de la surface de chaque stand, donne plus d’espace à la circulation des visiteurs et a permis d’accueillir 147 exposants contre 128 lors de la dernière foire. Toujours sans céder sur la qualité puisque la Brafa impose un vetting, un examen scrupuleux et intransigeant de chacune des pièces exposées. Une centaine d’experts internationaux garantissent ainsi l’authenticité, l’exactitude de la description des objets et la provenance des œuvres mais aussi un niveau de qualité qui soit à la hauteur de la réputation de l’événement. Un signe ne trompe pas sur l’efficacité de la mesure: il y a aujourd’hui de moins en moins d’œuvres qui sont refusées.

    Et le succès de la Brafa ne se dément pas. La dernière édition a attiré quelques 72.000 visiteurs contre 68.000 l’année précédente. L’édition 2026 pourrait bien dépasser ce score puisque durant les trois premiers jours de la foire pas moins de 25.000 personnes ont déambulé dans les allées des palais du Heysel.

    La Fondation Roi Baudouin invitée d’honneur

    La fondation a été créée en 1976, à l’occasion du 25e anniversaire du début du règne du roi Baudouin à qui le gouvernement souhaitait faire un cadeau. Le souverain a préféré que le présent soit réorienté vers la société afin de « la rendre meilleure ». Depuis, le projet a pris de l’ampleur et gère 1.500 fonds actifs et plusieurs autres, en attente, pour lesquels la fondation a été identifiée comme légataire. Au total, l’organisme a soutenu, en 2024, 5.000 projets pour un montant de plus de 150 millions d’euros.

    La FRB, désormais cinquantenaire et présente à la foire depuis 20 ans, bénéficie cette année d’un stand élargi présentant des acquisitions récentes et des chefs d’œuvre confiés aux musées et collections publiques belges. Il est ainsi possible d’admirer un « Portrait de Jan Vekemans » réalisé par Cornelis de Vos en 1624, « La buveuse d’absinthe » (1907) de Léon Spilliaert ou un magnifique bijou en or, « Bracelet Boules des deux côtés d’un carré » créé en 1968 par Pol Bury.

    Cornelis De Vos, BRAFA
    Cornelis De Vos, Portrait de Jan Vekemans, 1624
    Huile sur panneau, H 122 cm x L 79 cm
    Collection Fondation Roi Baudouin. Acquisition de la Fondation Roi Baudouin en 2006, en dépôt au Musée Mayer van den Bergh, Anvers © Steven Neyrinck
    Pol Bury
    Pol Bury, « Bracelet Boules des deux côtes d’un carré », 1968
    Or, H 6 x L 6.2 cm
    Collection Fondation Roi Baudouin. Acquisition du Fonds Christian Bauwens en 2025, en dépôt au DIVA – Musée des bijoux, de l’orfèvrerie et du diamant, Anvers © Dominique Provost

    Parmi les autres trésors exposés, figure la maquette du Palais chinois de Laeken dont les travaux de restauration devraient se terminer fin 2028. Présentée par l’ASBL Palais chinois et des Pays des Routes de la soie, cette maquette a été réalisée en bois sculpté selon des techniques architecturales chinoises dans l’orphelinat Tushanwan (Shanghai) et présentée à Léopold II avant d’être reléguée dans les réserves du Musée d’Art et d’Histoire. Mesurant 320 cm de long pour 180 cm de haut, elle a fait l’objet d’une restauration avec le soutien de la FRB et retournera au musée après la Brafa avant de trouver sa place définitive dans l’annexe du Palais chinois.

    La collection de la fondation compte 29.000 pièces et continue à se développer grâce à des acquisitions et des donations. Mais elle n’a pas vocation à gérer un musée aussi elle entend faciliter l’accès à ce patrimoine en organisant des partenariats avec des musées chargés de sa gestion au quotidien. Outre le Patrimoine et la Culture, la FRB est également active dans les domaines de la Santé, de la Justice sociale, la Pauvreté, l’Éducation et, depuis peu, l’Environnement et la Biodiversité.

    Un autre invité de poids

    Quoique organisée de manière moins formelle, la présence massive d’œuvres, immédiatement reconnaissables, de la main de Bram Bogart titillera certainement la curiosité du visiteur. L’artiste (12 juillet 1921 Delft NL- 2 mai 2012 Saint-Trond), néerlandais de naissance mais devenu citoyen belge en 1969, doit ce regain d’intérêt, entièrement justifié, à l’initiative de Samuel Vanhoegaerden qui lui a consacré l’entièreté de son stand (n°126) sous le titre « Le geste mène la danse ». Le galeriste de Knokke a pris la bonne habitude de réaliser un focus chaque année sur un artiste particulier. L’an dernier, il a mis James Ensor en lumière, après Pierre Alechinsky et le peintre américain Tom Wesselmann. Samuel Vanhoegaerden a pris soin de prévenir ses collègues, qui l’apprécient beaucoup, de cette exposition qui rassemble des œuvres datées entre 1950 et 2000, et ils ont suivi le mouvement. La galerie propose, en outre, un catalogue, richement illustré et documenté, des œuvres exposées.

    Bram Bogaert
    Bram Bogaert, « Topgroen », 1963, technique mixte, 161 x 201 cm (photo DB)

    Formé dans une école technique au métier de décorateur et peintre en bâtiment, tout en suivant des cours de dessin par correspondance, Bram Bogart développe, dans les années 1940, un style dans lequel une riche utilisation de la peinture lui permet de soutenir ses formes et compositions quelque peu robustes. Dans les années 1950, il commence à travailler avec des empâtements. En utilisant d’épaisses couches de peinture colorée, il développe un style expressionniste qui devient de plus en plus abstrait avec le temps.

    L’artiste déménage souvent, notamment à Paris , avant de s’installer en Belgique de façon permanente. Il commence alors des travaux en trois dimensions, avec un mélange de mortier, de siccatif, de poudre de craie, de vernis, et des pigments, appliqué sur de grandes et lourdes structures en bois. Dans les années 1970 et 1980, il se dota d’une palette de couleurs plus vives, inspirée par les jouets de ses jeunes enfants à l’époque. Bien que solitaire dans le monde de l’art, il a gardé un cadre de référence précis quant à sa peinture. Il disait qu’il était toujours entouré de ses œuvres antérieures, ce qui lui permettait de garder une vue d’ensemble et de faire évoluer son style de manière intuitive.

    Coups de cœur

    Il est toujours difficile de faire des choix (subjectifs par définition) tant l’offre est riche et de qualité. Épinglons toutefois Laurent Haesaerts et Alexis le Grelle, restaurateurs et antiquaires qui ont dédié la quasi totalité de leur stand (n°78) à Gustave Serrurier-Bovy. Figure emblématique de l’art nouveau, architecte et décorateur belge né à Liège où il étudie l’architecture à l’Académie des Beaux-Arts, il se tourne, en 1888, vers le commerce des meubles. Dès 1893, il se lance dans ses propres créations de meubles et connaît le succès, l’année suivante, lorsqu’il présente un cabinet de travail à l’Exposition de la Libre Esthétique à Bruxelles. A voir ici, notamment, une horloge datant de 1906, un lustre témoin de sa maîtrise du travail du métal et un porte-manteau sculptural.

    Galerie Haesaert-Le Grelle
    BRAFA 2026 – Galerie Haesaert-Le Grelle © Luk Vander Plaetse

    Artiste majeur de la scène artistique indépendante chinoise, Ai Weiwei est connu internationalement pour son art et ses performances artistiques politiques au point de devenir une figure de l’opposition au régime chinois et un symbole de la liberté d’expression. La Patrick Derom Gallery (stand 43) qui lui consacrera une exposition d’envergure en septembre prochain, présente ici un tableau surprenant. Cette reproduction du « Marat assassiné » de Jacques-Louis David qui fait partie des collections des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, a été réalisée entièrement en briques Lego, jouant sur un effet de pixellisation.

    Ai Weiwei, BRAFA
    Ai WEIWEI (1957), The Death of Marat – 2025, Plastic toy bricks, 200 x 240 cm (photo FS)

    Pour sa première participation à la foire BRAFA, Almine Rech (stand 94) présente « Crow », une sculpture cinétique représentant un corbeau en vol, grandeur nature, de Hans Op de Beeck, artiste belge reconnu pour ses installations oniriques et immersives. Animé par un système mécanique, le vol du corbeau crée l’illusion du mouvement vers l’avant, bien qu’il reste immobile. « Crow » évoque l’univers des fables et des films d’animation classiques. L’œuvre fait également allusion à la tradition ancestrale des figures animées mécaniquement, dont les mouvements répétitifs et monotones inspirent souvent une douce mélancolie. Parallèlement, il est frappant de constater à quel point ces mouvements, pourtant simplifiés mécaniquement, peuvent parfois paraître réalistes et fluides.

    Hans Op de Beeck, BRAFA
    Hans Op de Beeck (Turnhout, 1969)
    Crow, 2025
    MDF, metal, polyamide, coating and bronze
    H 160 x W 80 x D 56 cm – Weight 39 kg

    La Galerie la Patinoire Royale Bach (stand 53) présente une des installations lumineuses emblématiques de l’artiste chilien Alfredo Jaar, « Life Magazine, 19 avril 1968 » (1995). L’artiste s’approprie une image issue des archives publiques par une technique pointilliste pour mettre en lumière les inégalités sociales et la dimension politique de la création d’images.

    Alfredo Jaar
    Alfredo Jaar (Chili, Santiago 1956)
    Life Magazine, 19 April 1968
    1995
    Three lightboxes, analog C-print on Duratrans
    183 x 360 cm (entire dimension)
    183 x 120 cm (one lightbox)
    Unique piece

    L’image source est une photographie documentaire des funérailles de Martin Luther King, publiée en 1968 dans le magazine Life. On y voit un cercueil tiré par des chevaux, entouré de sympathisants, et derrière, une foule immense qui emplit le boulevard. La photographie source est présentée en grand format sur le tiers gauche de la boîte lumineuse. Au centre, l’image est recouverte de blanc, et les visages de la foule sont remplacés par des points noirs qui envahissent et submergent la rue. Dans la partie la plus à droite du triptyque, l’image source est également effacée en blanc, mais cette fois, seuls quelques points rouges apparaissent, éparpillés parmi la foule. L’artiste a placé des points noirs sur les visages des Afro-Américains. Les points rouges, quant à eux, mettent en évidence les participants blancs.

    Derniers Articles