Titre : José de San Martin. L’autre Libertador
Auteur.ice : Gonzague Espinosa-Dassonneville
Edition : Editions Passés Composés
Date de parution : 26 mars 2026
Genre : Histoire
Aux côtés de Simon Bolivar (1783-1830), José de San Martin (1778-1850) s’impose comme l’un des grands artisans de l’indépendance sud-américaine du 19esiècle. Organisateur hors pair, général respecté pour son courage et sa discipline, il se montre en revanche plus contesté sur le terrain politique. Pourtant au sommet de sa gloire, c’est notamment son exil volontaire qui étonnera et nourrira interrogations et critiques. Les éditions Passés Composés proposent ici une biographie remarquable, qui retrace avec rigueur et vivacité le parcours, la pensée et la personnalité d’un personnage que l’on compare parfois à Hannibal ou George Washington.
Le chemin vers l’indépendance
Né dans une mission jésuite située aux confins de l’Argentine actuelle, San Martin grandit entre deux continents. Son père, colonel espagnol originaire de Castille-et-Léon, est contraint de rentrer en Espagne alors que José n’a que six ans. C’est donc en Europe, au cœur des grands bouleversements de la période napoléonienne, qu’il fait très tôt le choix d’une carrière militaire et mûrit progressivement son engagement pour l’indépendance des colonies sud-américaines.
L’ouvrage retrace ses campagnes décisives (notamment l’exploit de la traversée des Andes), la libération du Chili et son rôle central en tant que Protecteur du Pérou. Il aborde ensuite son retrait brutal et inattendu de la vie politique et militaire lors de la mystérieuse entrevue de Guayaquil en 1822. Dans un geste rare et déroutant, San Martin, ce général victorieux, choisit de s’effacer et de laisser son homologue Bolivar le soin d’achever l’indépendance du continent. Ce retrait, suivi d’un exil discret en Europe, contribue à forger cette aura singulière et à alimenter les critiques de ses détracteurs.
Un travail équilibré
L’auteur trouve aussi un équilibre entre accessibilité et exigence historique. D’un côté, l’ouvrage se lit avec une réelle fluidité. Le style clair et vivant permet de suivre un parcours très riche. D’un autre, cette rigueur se retrouve notamment dans un appareil critique solide et varié. Les sources sont de premier choix, la bibliographie est complète (constituée toutefois de nombreux ouvrages hispanophones), et les deux cartes détaillées permettent de saisir l’audace de cette entreprise. De manière générale, l’auteur gagne sa crédibilité en évitant d’idéaliser son sujet. Il met en effet autant en lumière les réussites que les hésitations et les limites du Libertador du Sud.
Une reconnaissance finale
Libéral réformateur, San Martin fut déjà vivement critiqué de son vivant. Sa vision monarchiste et son départ au moment où le continent semblait encore avoir besoin de lui restent les deux principaux reproches qui lui sont encore adressés. Grâce à un travail mémoriel harassant, son blason aura été redoré au cours du 19e siècle jusqu’à en faire une figure légendaire. En Argentine, le jour de son décès est un jour férié (17 août). A Buenos Aires, son mausolée attire aussi de nombreux visiteurs, tandis que statues et places à travers le continent perpétuent la mémoire de son engagement. Quant au lecteur, il se prendra certainement l’envie d’ouvrir d’autres ouvrages pour en savoir encore sur ce processus d’indépendance si extraordinaire.
