Texte Fabrice Adde, Valentine Gérard, Olivier Lopez
Création lumière et mise en scène Olivier Lopez
Avec Fabrice Adde, Valentine Gérard
Du 2 avril au 26 avril 2026
Au Théâtre des Martyrs
Fabrice Adde et Valentine Gerard proposent un spectacle intimiste, clownesque et détonant, dans lequel un couple de comédiens tente d’élaborer une pièce sur l’amour. Sur scène, l’amour se fabrique à vue : il hésite, se contredit, cherche sa forme. Lui apprécie les trucs « poussiéreux » (Claudel), elle veut du Brel. Lui est français, elle est belge — les désaccords ne manquent pas. Également couple dans la vie, les comédiens s’entendent et se disputent à merveille, portés par les rires du public. Les échanges doivent beaucoup à l’inspiration clownesque, particulièrement chez Valentine, qui virevolte sur des patins à roulettes. La scène devient alors un véritable terrain de jeu, instable et joyeusement désaccordé, à l’image du spectacle lui-même.
En 2017, Fabrice Adde jouait 14 juillet, seul en scène d’un acteur en crise, déjà traversé par une dynamique clownesque. C’est pendant le Covid que ce deuxième spectacle a vu le jour, période suspendue durant laquelle les comédiens ont pu se consacrer à la création. Je t’aime plus loin que toi, emprunté à Marguerite Duras, fait écho au « Je t’aime » final de 14 juillet, comme un prolongement, une tentative de dire autrement.
Sur scène, pour tout décor, un paravent. Un paravent paradoxal, puisqu’il est… transparent. Il ne cache rien et pourtant devient refuge, notamment pour Valentine, qui s’y abrite par instants avant de revenir au jeu.
Les débuts sont difficiles : les acteurs peinent à trouver un terrain d’entente. « Comment pourrais-je faire un spectacle sur l’amour, moi qui suis une kamikaze du théâtre ? », lance Valentine. Fabrice, lui, a des idées bien arrêtées. Elle lui avait pourtant dit qu’elle ne voulait pas de Claudel. Elle : « Tu ne m’entends pas quand je parle. » Lui : « C’est ma faute, ça, si on ne t’entend pas quand tu parles ? C’est un problème ça, pour une comédienne ! » S’ensuivent une réconciliation et une… perte de pantalon.
La pièce progresse ainsi, dans une forme volontairement anarchique, faite de dialogues faussement spontanés, de mouvements clownesques et de saillies d’humour. Les comédiens s’amusent, et leur bonne humeur est communicative. Du côté du public, les réactions sont plus contrastées : certains rient à gorge déployée, d’autres restent à distance. Il faut dire que l’humour des deux compères n’est pas toujours très innovant (rivalité Belgique-France…) et peut se révéler parfois assez trivial.
Reste une forme de sincérité dans ce désordre assumé, une manière de chercher sans prétendre trouver, de faire théâtre avec les failles du couple comme celles du langage. Il faut aussi saluer la prestation de Valentine Gérard qui, sans nul doute, illumine la scène. Et si tout ne convainc pas entièrement, la tentative, elle, mérite que l’on s’y attarde.
