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    Je suis la mer, le lent effacement d’une culture

    Durant très longtemps, les peuples autochtones ont été victimes d’un racisme institutionnel généralisé, peu importe le degré de progressisme et de démocratie de la société dans laquelle il vivait. Ainsi, paradoxalement, au nom de la civilisation et du progrès, ces peuples ont été en grande partie éradiqués, entassés dans des réserves, leur culture ignorée, leurs enfants enlevés de leur famille pour les civiliser, les exemples ne manquant malheureusement pas à travers le monde et les époques. Si le cas des peuples des territoires du Grand Nord Canadien avait fait l’actualité récemment via le scandale des sévices subis dans les pensionnats dans lesquels on rééduquait et civilisait les enfants, celui des peuples Samis du nord de la Scandinavie est encore largement inconnu du grand public, raison pour laquelle il est indispensable de lire l’ouvrage d’Elin Anna Labba, Je suis la mer, évoquant le sort des populations samies de Suède, victimes du progrès.

    Au nom du progrès?

    Une œuvre dans laquelle l’autrice évoque le sort d’Ingá et Rávdná, nomades samies vivant dans le nord de la Suède, dont le village est englouti à deux reprises par la montée des eaux à la suite de l’installation d’un barrage. Une œuvre qui, et il ne faut pas se tromper, n’est pas un récit opposant la tradition au progrès, l’inévitable destruction créatrice de Joseph Schumpeter face à des populations qui refuseraient d’évoluer, mais bien un récit sur la dignité d’un peuple et le non-respect de ses opinions car considérés comme immatures.

    Recentrer le débat

     Et au vu du débat actuel toujours en cours à ce sujet – cette fois-ci par rapport à la construction de parc éoliens sur ces mêmes territoires, tout aussi bénéfique en termes de réduction de l’utilisation des énergies fossiles que la construction des barrages au 20ème siècle – il est en effet important de ne pas se tromper de débat, de ne pas se servir de l’argument des intérêts supérieurs de l’État pour balayer d’un revers de la main les doléances des populations autochtones. Car comme nous le montre si bien l’autrice à travers son livre, le sort des populations n’a jamais été pris en compte lors de la construction des barrages parce qu’ils étaient considérés comme des citoyens de seconde zone, un constat qui s’applique malheureusement à de nombreux conflits à l’heure actuelle.

    A travers l’histoire du lent effacement des cultures et traditions samies au nom de la modernité, Elin Anna Labba nous propose un schéma de lecture qui peut s’appliquer à de nombreuses situations d’injustice à travers le monde. A méditer alors que le sort d’une grande majorité de la population n’est toujours pas pris en compte.

    Vincent Penninckx
    Vincent Penninckx
    Responsable BD

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    Je suis la merAuteur : Elin Anna LabbaÉditeur : RivagesDate de parution : 07 janvier 2026Genre : Roman Durant très longtemps, les peuples autochtones ont été victimes d’un racisme institutionnel généralisé, peu importe le degré de progressisme et de démocratie de la société dans laquelle...Je suis la mer, le lent effacement d'une culture