Écriture et mise en scène Galia De Backer / lapsus·machine
Avec Antoine Cogniaux, Ninon Perez et Simon Thomas
Du 14 octobre au 24 octobre 2025
Au Rideau de Bruxelles
Hier, Claude a vécu une expérience désagréable : une crise de phobie, suite à la rencontre avec une dame enthousiaste des flux. Claude à la phobie de tous les transports qui existent à ce jour, et probablement de tous ceux qui existeront. Impressionné par l’ampleur de sa crise, et préoccupé par la question de savoir si c’est ellui qui tourne pas rond ou bien le monde, iel décide de rejouer la scène. Cette exploration l’amène à imaginer les transports en 2048, et envisager la téléportation comme solution à son problème. Peine perdue, le futur est dystopique. Déprimé, Claude sieste, et dans son songe reçoit la visite de trois personnages qui l’interpellent et le secouent un peu.
Claude passe pas mal de temps à réfléchir à sa phobie, à en explorer les contours, les limites, les possibilités. Ça tombe bien, car Claude est interprété par un trio. Quoi de mieux qu’un trio pour donner corps aux tergiversations intérieures ? Mais surtout, Claude, c’est un prétexte. Un prétexte pour parler de choses sérieuses. Non, parce qu’il s’agit d’être drôle et sérieux à la fois, c’est l’ambition de lapsus·machine qui a écrit et monté J’ai oh explosé. Donc, les choses sérieuses c’est, par exemple, la géographie explosée de nos quotidiens de soi-disant sapiens sédentaires. Pourquoi c’est devenu normal de trimer ici, de vivre là-bas et d’avoir la famille crécher encore ailleurs ? Pourquoi doit-on toujours aller plus loin plus vite ? Et le chez-soi, qu’est-ce qu’il devient ? Que de questions sous-jacentes à un texte choral admirablement interprété par les trois comédien.ne.s Antoine Cogniaux, Ninon Perez et Simon Thomas.
Parlons-en, de ce trio. Le trio ça permet toutes sortes de possibilités, de rythmes, et de blagues. Ça permet d’avoir en un instant l’idée, l’écho de l’idée et la réaction à l’idée. On jubile, on rit, mais c’est un rire qui pense. Claude rit de ellui-même et de ses envolées sociologiques, iel se moque de son vocabulaire : « frivolité géographique », « néo-nomadisme », et les idées fusent, s’expliquent et prennent l’espace. Le trio donne corps aux idées : la distinction entre sensuel et intellectuel est obsolète, il n’y a plus le corps d’un côté et la tête de l’autre. J’ai oh explosé est une expérience philosophico-émotionnelo-sensorielle qui ose le rire, qui ose les idées, et qui ose la durée.
Une soudaine absence d’électricité vient nous plonger dans un noir total, qui dure un certain temps. Privé de la vue, on se retrouve tout seul en groupe, avec nos autres sens réveillés, et alors le trio chante. Écouter chanter dans le noir, une expérience sensorielle peu quotidienne.
Claude est hilarant.e, doux.ce, crétin.e, intelligent.e et très attachant.e. Attachant.e parce qu’à fréquenter ses pensées intérieures, on s’y retrouve : élaborer pendant des heures des histoires impliquant les choses dont nous sommes phobiques dans une posture de semi-fascination/sublimation, se laisser distraire par un air de musique, jouer, s’extasier devant des choses triviales et boire un café. Et puis surtout, Claude n’a pas de solution. Iel, et Galia de Backer, ont des idées et des questions, et c’est déjà énorme.
