
Islands
Réalisateur : Jan-Ole Gerster
Genre : Drame, Thriller
Acteurs et actrices : Sam Riley, Stacy Martin, Jack Farthing
Nationalité : Allemagne
Date de sortie : 3 septembre 2025
Définir des genres artistiques, c’est toujours fastidieux, souvent un éternel débat et, rarement, ça change quoi que ce soit au film. Quoique, se dire que Star Wars c’est autant, voire plus, du Merveilleux que de la science-fiction, ça peut nous faire repenser nos imaginaires. Non, le Merveilleux ce n’est pas que des princesses dans des châteaux. Non, mettre des vaisseaux spatiaux ne suffit pas à faire de la SF. C’est aussi pour cela qu’on a des sous-genres et des croisements. Car si de manière pragmatique, donner un nom au cinéma que l’on fait aide à toucher un public et des investisseurs, il permet de cataloguer les œuvres, de pouvoir se nourrir d’un corpus cohérent et surtout d’ouvrir la porte d’à côté, celle qui mène à un genre inconnu, à de nouvelles inspirations.
Toute cette longue introduction pour parler de quoi ? Pour parler du film Islands, un film néo-Noir par excellence. Néo-Noir, ça fait néologisme, ça fait pédant parce qu’y a « néo », ça fait « et c’est quoi déjà le film noir ? ». Alors on va repartir du début. Au départ, on a le cinéma policier. Celui des délits, de crimes, d’enquêtes. De ce genre vu et revu, on a tiré le Crime, ou film criminel, francisation peu usitée. Grossièrement, c’est la même histoire que le film policier mais pris du point de vue des criminels. On a retourné l’empathie et l’intérêt n’est plus de savoir qui a fait quoi mais comment faire pour ne pas se faire attraper. Le Crime, lui, a débouché sur le film Noir au milieu du siècle dernier qui se caractérise par une esthétique marquée, des thématiques lourdes, pessimistes et une délimitation très floue entre le bien et le mal. Le néo-Noir c’est donc ce qui va découler de tout ça, une adaptation d’une mode désuète qui sent le chapeau mou, la brume et les femmes fatales.
Et Islands est l’exemple parfait. Le protagoniste, Tom, prof de tennis dans un hôtel haut de gamme, est l’archétype du genre : un nihiliste sans passé ni futur vivant d’excès dans une éternelle fuite en avant. L’intrigue se rapproche clairement du thriller voire du policier pur : un matin, le mari d’Anne, femme avec qui Tom flirtait, a disparu. Le cadre lui est résolument moderne : au diable les rues sombres et embrumées des capitales anglophones, nous voici en plein été, dans les iles Canaris. Ainsi, le film est d’emblée réussi dans le sens où la multiplicité de ses inspirations permet de renouveler le genre et débouche sur un ton assez unique.
Mais le plus grand motif de satisfaction se trouve justement dans son aspect film noir. Comme dit plus haut, c’est un genre qui donne de l’espace à l’intériorité des personnages. L’enquête, quel que soit le point de vue duquel on la prend, remue des choses dans leurs manières de voir et d’appréhender le monde, voire dans leurs passés. On assiste donc à une double narration. D’un côté, l’avancée de l’enquête, de l’autre, celles des protagonistes entre eux. Les objectifs de chacune de ces deux lignes sont tout à fait différent, mais elles partagent les éléments qui les font progresser.
Ainsi, si savoir ce qu’il s’est passé autour de la disparition du mari d’Anne est prenant, comprendre ce qu’il se trame entre cette dernière et Tom l’est encore plus. Saupoudré d’une bonne dose de mystères tant présents que passés, Islands décortique notre rapport à ce qu’on nomme, au choix, paresse ou confort tout en rappelant que ne pas savoir ce que l’on veut et ne rien faire pour le découvrir sont deux choses bien différentes.
