De Ayelen Parolin
Avec Ido Batash, Sebastian Biong, Jim Buskens, Jeanne Colin, Thibaut Eiferman, Mila Endeweld, Naomi Gibson, Daan Jaartsveld, Lukah Katangila, Kit King, Annabel Reid, Elisa Rouchon
Du 14 avril au 18 avril 2026
Au Théâtre National
Les 11 et 12 décembre 2026 à Charleroi Danse
Le 16 décembre 2026 à Mars-Mons arts de la scène
Les 18 et 19 décembre 2026 au Théâtre de Namur
Du 2 au 5 février 2027 au Vilar
Les 19 et 20 février 2027 au Théâtre de Liège
Puisant dans ses racines argentines et l’univers carnavalesque, Ayelen Parolin plonge douze interprètes dans un tourbillon gestuel et sonore exubérant qui tient à la fois de la fête, du défilé et de la révolte douce. Les corps s’enchevêtrent, débordent du cadre, se laissent emporter dans d’énergiques danses improbables. Le délire est joyeux et jubilatoire.
Le grand plateau du National est nu et blanc, tant par la couleur du sol que celle des lumières. Danseuses et danseurs (douze au total) apparaissent, les uns après les autres, dans des costumes chamarrés, en se tenant par la main. Cette farandole avance doucement, d’un pas parfois hésitant, tandis qu’une douce mélopée s’élève dans le silence. Difficile de dire si le fredonnement provient des interprètes eux-mêmes ou d’une source extérieure.
Au milieu du plateau, ils se dandinent mollement. Les mains se lâchent, le mouvement les gagne, ils se rassemblent et adoptent gestes et mimiques cabotines (et cela amuse le public). Ils s’égaillent en petits groupes, les mouvements prennent de l’ampleur mais chacun reste dans son truc, sans harmonie. Des percussions disparates commencent à se faire entendre, le chaos persiste, chacun n’en fait qu’à sa tête. Jusqu’au moment où le rythme se fait plus distinct et continu. Les danseuses et danseurs reviennent au groupe compact. Des voix s’ajoutent aux percussions de la bande son, la lumière blanche est moins crue. Le rythme et l’énergie montent en puissance puis le blanc revient tandis que le son s’estompe.
L’inspiration est clairement carnavalesque avec l’exubérance et la joie partagées par les participants au corso, défilé festif typique de l’Amérique Latine. Ayelen Parolin, chorégraphe argentine, basée à Bruxelles depuis 2000, explique d’ailleurs que c’est sa rencontre, enfant, avec le carnaval de Buenos Aires qui l’amenée à s’inscrire dans une école de ballet. Ici, point de plumes et de paillettes, mais l’apprentissage des codes de la danse, ce qui ne lui a pas fait oublier le plaisir des danses festives .
Pour Irresistible Revolution, la chorégraphe a rassemblé douze interprètes dans un foisonnement débridé de danses différentes, désordonnées, dissonantes, voire cacophoniques. Et pourtant, elles cohabitent, se rencontrent, se partagent ou s’opposent parfois, mais toujours dans une joie collective où les corps se rejoignent pour faire groupe sans effacer les personnalités de chacun. L’extase jubilatoire partagée avec d’autres devient expression de cohésion sociale.

Ce magma gestuel a des allures d’une toile de Jackson Pollock (1912-1956), peintre américain, père de l’expressionnisme abstrait dont l’art a été baptisé « peinture gestuelle » (action painting). Un chaos de couleurs, des rouges, des jaunes, des bleus, des lignes, des mouvements qui se croisent, qui se rencontrent sans plan, sans cohérence apparente. Mais si l’on s’attache à un élément au hasard, qu’on le suit, on découvre son cheminement, les interactions qu’il entretient avec les autres éléments, et que l’ensemble compose un processus de mouvement que l’on peut appréhender.
Le décor sonore réalisé par Benoist Bouvot, diffusé dans une quadriphonie immersive (quatre baffles puissants disposés aux quatre coins du plateau), est indissociable du mouvement. La chorégraphie et la musique ont été élaborées simultanément. leurs chemins se croisent, se superposent et se séparent, créant des dramaturgies autonomes qui se renforcent mutuellement. Des éléments musicaux ou sonore ont été enregistrés en amont et le compositeur peut les introduire dans une bande pré-enregistré en réponse au comportement de l’un ou l’autre interprète. Le son semble ainsi émerger de la chorégraphie et non être un élément ajouté.
Si, en dehors de quelques tableaux d’ensemble parfaitement maîtrisés, la chorégraphie peut sembler spontanée (anarchique?), tout est écrit, les partitions individuelles sont très claires tout en laissant aux danseurs une liberté dans l’interprétation des mouvements. Les douze interprètes, dans des costumes pensés par Marie-Hélène Balau au plus près de la dynamique du spectacle, créent le groupe avec une énergie et une précision qui forcent l’admiration. Ils se donnent à un tel point que l’on partage leur fatigue à la fin du spectacle.
