Qui dit fin de l’été, dit rentrée littéraire. Et avec elle, la promesse de nombreuses découvertes. Alors les éditions Dargaud se lancent dans un pari inédit : faire exister une collection d’albums brochés pour un prix accessible.
L’intermezzo est un interlude musical ou une courte pièce glissée entre les actes d’une œuvre plus conséquente. Et aujourd’hui, c’est aussi le nom d’une collection de bande dessinée qui se présente comme un intermède narratif. À l’heure où les romans graphiques se surpassent en termes de quantité de pages, Intermezzo propose de revenir à la sobriété. Un terme peu souvent lié à la rentrée littéraire qui rivalise d’abondance. Les éditions Dargaud signent donc un retour aux récits courts. Encore plus courts que les traditionnels albums tant appréciés par la bande dessinée franco-belge, puisque Intermezzo se limite à trente-deux pages, soit seize feuillets. Ceux qui sont familiers aux procédés d’impression remarqueront que ce nombre de pages n’est pas anodin. Il permet de publier des fascicules agrafés, pour un coût moins élevé. Inspirés du format fanzine qui a la côte dans le monde de la micro-édition, Intermezzo réduit donc les dépenses liées à la production, sans pour autant réduire la qualité des récits. Une bonne alternative pour les amateurs de bande dessinée qui souhaite s’évader un court instant sans se ruiner. Et pour ouvrir cette nouvelle aventure, Intermezzo a pu compter sur le soutien de quelques auteurs et autrices aguerris qui se sont prêter au jeu, parmi lesquels Pierre-Henry Gomont ou encore Marzena Sowa.

Jane dans les nuages
Scénario : Jordi Lafebre
Dessin : Jordi Lafebre
Éditeur : Dargaud
Date de parution : 28 aout 2026
Genre : Album broché
Etoiles : 4,5
Rêve ta vie en couleur, c’est le secret du bonheur ! Voilà la devise qui semble régir la vie de Jane Ground, surtout lorsque cette jeune aventurière décide de se lancer dans un voyage en montgolfière. Le problème de Jane, c’est qu’elle est aussi intrépide que narcoleptique. Mais le danger fait déjà partie de la vie de Jane qui, à chaque instant, court le risque qu’un sommeil imprévu ait des conséquences fatales. Timothy, son meilleur ami, est plus timoré. Ou plus avisé, ça dépend des points de vue.
En tout cas, ces deux compagnons, que tout oppose, s’engage dans une aventure haut-en-couleur signée Jordi Lafebre. Pour ce faire, l’auteur catalan met à profit son talent de narrateur et surtout son habileté dans ce qui pourrait s’apparenter à de la direction d’acteur. Avec sa grande bouche et ses gestes étirés, Jane est tout en attitude. Timothy est coincé, mais pas autant que les parents de Jane que tout semble offusquer. Jordi Lafebre fait vivre ses personnages comme rares sont capable de le faire. Et c’est grâce à cette force qu’il parvient à nous faire entrer dans son univers, le temps d’un court voyage.

Figures imposées
Scénario : Marzena Sowa
Dessin : Cristina Bueno
Éditeur : Dargaud
Date de parution : 28 aout 2026
Genre : Album broché
Etoiles : 4
Marilou en a marre de garder des enfants : laver leur derrière et regarder en boucle Le roi lion. Alors elle décide de s’occuper des riches. En théorie, eux au moins, connaissent les bonnes manières. Mais en s’engageant en tant qu’hôtesse pour des événements de luxe, Marilou est frappée par l’injustice avec laquelle s’organisent les rapports de genre. Les étudiantes sont réduites à l’état de soubrette, employées pour la fraîcheur qu’incarne leur jeune âge. Marilou aurait pu comprendre plus tôt que les hommes et les femmes ne sont pas égaux, d’autant que son petit ami n’est pas un modèle de vertu à ce niveau. Mais pour ça, il lui fallait peut-être un électrochoc.
Marzena Sowa, à qui l’on doit le célèbre personnage de Marzi, avait déjà prouvé sa capacité à scénariser des récits forts, particulièrement ancré dans le réel. Aujourd’hui, elle s’associe à la dessinatrice Cristina Bueno dont le dessin reflète une certaine forme de tendresse. Même si l’histoire n’est pas la plus inattendue parmi les expériences narratives très fortes que propose Intermezzo pour son lancement, le duo hispano-polonais s’approprie un sujet d’intérêt public. Figures imposées se déroule peu avant Metoo, alors que l’objectivation des femmes n’est pas encore assez un vrai sujet. Mais dix ans plus tard, le constat reste le même. Il est toujours aussi nécessaire d’en parler.

Pensionnaires
Scénario : Pierre-Henry Gomont
Dessin : Pierre-Henry Gomont
Éditeur : Dargaud
Date de parution : 28 aout 2026
Genre : Album broché
Etoiles : 4
Il est nouveau et en tant que tel, il est de son devoir de suivre ses camarades dans leurs escapades nocturnes. Même s’il ne fume pas et que, dans le fond, il n’a pas l’air d’être plus emballé que ça d’aller à la rencontre des filles de Sainte-Catherine. Non pas que le risque l’intimide. Après tout qui aurait peur de Gaillard, un pion rondouillard, pas même capable de tenir sur ses crampons quand il organise un match de foot ? Mais bon, la bêtise et la bouteille ne font pas bon ménage. Et Gaillard semble avoir une forte disposition pour les deux.
Pierre-Henry Gomont qui avait connu un fort succès avec sa série Slava, revient sur le devant de la scène avec deux publications conjointes chez Dargaud. Pensionnaires précède en effet de deux semaines la sortie de Montefiore qui, lui aussi, s’intéresse à la complicité et à la fougue de la jeunesse. Les pensionnaires de Pierre Henry Gomont se sentent invincibles avec leurs longs doigts qui tiennent prétentieusement une cigarette interdite. Ils se meuvent comme si leurs corps étaient élastiques. Et dans la nuit, ils rayonnent. Pierre Henry Gomont opte pour une palette de mauve, de rose et de bleu qui met en valeur leur entrain. L’auteur français signe un récit initiatique aux couleurs séduisantes qui, pendant un court instant, semble arrêter le temps.

Les oranges amères
Scénario : Javi Rey
Dessin : Javi Rey
Éditeur : Dargaud
Date de parution : 28 aout 2026
Genre : Album broché
Etoiles : 4
Pendant que son professeur de philosophie présente une drôle de théorie platonicienne selon laquelle les humains auraient été divisés, condamnés à chercher leur moitié ou leur âme-sœur durant toute leur existence, Elena se rend compte qu’elle est en train de vivre un moment charnière. Elle-même est en train de couper le cordon avec ses parents. Les traditions familiales rythmaient jusqu’alors sa vie, dont la plus importante était celle du film du vendredi. Cette tradition, elle la partageait avec son petit ami. Mais l’université est propice aux changements et il serait peut-être temps de les imposer.
Javi Rey, à qui l’on doit Bebeto et Barrio Negro, s’essaye avec Les oranges amères au format court. Et force est de constater que ça lui réussit. Parmi les quatre récits qui ouvrent la collection, c’est probablement le plus surprenant. Avec peu de mots, l’auteur belge installé à Barcelone parvient à instaurer un climat d’angoisse. Il joue avec le dessin et les dialogues pour amener en douceur un dénouement auquel on ne s’attend pas. Les oranges amères est particulièrement bien rythmé. Ni trop, ni trop peu. Il vise simplement juste. Et efficacement.
