Ecriture, mise en scène, lumière Marie Molliens
Avec Robin Auneau, Eve Bigel, Camille Judic, Niels Mertens, Marie Molliens, Achille et Orphée Molliens, Tiemen Praats, Joséphine Terme, Seppe Van Looveren, Claire Mevel, Benoit Segui
Du 20 au 22 mars 2026
Au Latitude 50
Du 27 au 29 mars 2026
Au UP Festival
Du 16 au 19 avril 2026
Au Mad Festival (Antwerpen)
Latitude 50 a accueilli la compagnie Rasposo qui est très attachée au cirque traditionnel, à ses agrès, à sa poésie. Elle les utilise ici, dans un chapiteau endormi que réveille un enfant turbulent, pour interroger la désobéissance comme source d’apprentissage et d’émancipation. Un véritable spectacle de troupe circassienne accessible aux enfants dès l’âge de 7 ans.
Le spectacle commence dans le sas d’entrée, histoire de rassembler la majorité des spectateurs afin qu’ils pénètrent tous en même temps dans le chapiteau. Un intermède surprenant où un ventriloque manipule une marionnette de Guignol qui lui donne des conseils pour réaliser son numéro qui se révèle être joué en play-back.
Sur une musique jouée en direct live sur une petite scène en retrait, on découvre trois corps suspendus, inertes. On tire des rideaux translucides de part et d’autre de la piste, laissant les anciens pantins, dans l’ombre. Un enfant turbulent – Achille, c’est en tout cas le prénom crié par un clown blanc pour tenter de le calmer – vient les sortir de leur torpeur par ses espiègleries.
Des corps descendent, se détachent, sous l’œil attentif d’agents de sécurité. Le clown et d’autres intervenants au sol s’affairent pour les empêcher de tomber et s’écraser dans le sable. Une chaise sur une chaise pour prendre de la hauteur, une portée sur les épaules voire la montée du voltigeur sur une escabelle tenue à bout de bras par le porteur. Chaque geste, chaque mouvement, est propice à une performance acrobatique.
Les pantins revenus à la vie sont portés et manipulés les uns après les autres, des collègues artistes bienveillants les aident à se débarrasser de leur harnais. Du moins, on le suppose parce qu’il est impossible de les identifier formellement. Tous trois vêtus à l’identique, on découvrira plus tard que les traits de leurs visages sont estompés par un bas transparent qu’ils vont déchirer dans un signe d’affranchissement.
L’une (ce sont trois femmes) s’essaie à la marche de façon chaotique, une autre poupée désarticulée apprend à danser, joue avec le feu et avec ses pieds, une autre – sans certitude, la troupe jouant en permanence sur la confusion – se voit changer les fers, comme un canasson, avant de se mettre aux claquettes. A chaque fois que le chaos est imminent le clown blanc, incarnation par excellence de l’autorité et du sérieux, rappelle les trublions imprudents à l’ordre. Pendant ce temps, un Guignol malaisant asticote les enfants pour les inciter à désobéir ou à faire des bêtises, ce dont ils ne se privent pas.
Le terme « Hourvari » désigne dans le contexte de la chasse à courre, une bruyante sonnerie pour rappeler les chiens égarés mais aussi la ruse d’un animal traqué qui revient sur ses pas pour brouiller sa piste. Pour Marie Molliens, directrice artistique de la compagnie Rasposo et metteuse en scène du spectacle, qui s’inspire de l’univers des contes, en particulier celui de Pinocchio, part de la désobéissance comme source d’apprentissage et de liberté. Les numéros se succèdent, acrobaties, jeux de sangles, cerceaux, funambule et bascule, les transgressions deviennent des vecteurs d’émancipation.
La compagnie familiale Rasposo fondée en 1987 par Fanny (également en scène) et Joseph Molliens, parents de Marie Molliens, est originaire du théâtre de rue. La compagnie crée des spectacles sous chapiteau, qui comme le théâtre de rue, permet un rapport direct au spectateur, lui proposant une expérience de vécu, vivant, près des yeux. Il est également un outil adapté à un art à part entière, le cirque qui a une identité propre. Avec Hourvari, elle rend hommage au cirque traditionnel et au codes circassiens originels. Histoire de se rappeler d’où l’on vient mais surtout où l’on va. Engager l’outil de travail de l’artiste, le corps, et la véritable prise de risque sont en effet l’essence même du cirque.
Hourvari est un véritable spectacle de troupe, soudée, solidaire. Les interprètes sont attentifs et prévenants, la prise de risque est soigneusement encadrée. Aucun artiste ne joue les faire-valoir, chacun a sa place. Les agents de sécurité qui jouent leur rôle d’agents de sécurité sont aussi acrobate ou musicien, voire les deux. À la fin du spectacle, ces derniers finissent même par envoyer Guignol valser dans les airs dans un numéro de bascule impressionnant. Les enfants sont également des interprètes à part entière, Achille assurant, par ailleurs, la batterie parmi les musiciens. Marie Molliens présente ainsi une très belle démonstration de fil de fer où elle semble aussi à l’aise dans sa progression et ses figures que si elle se produisait sur la terre ferme. Un autre fil, moins en hauteur, installé, Achille suit son évolution et copie ses figures. Puis, son autre fils vient la rejoindre donnant lieu à une scène très touchante où les trois Molliens sont perchés sur les fils tandis que le clown blanc, dans une attitude très paternelle, se tient prêt à réceptionner le plus jeune au cas où il viendrait à tomber.
