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    Histoires parallèles, quand la vie imite l’art

    La fiction a-t-elle encore du poids face au réel ? L’Iranien Asghar Farhadi, qui présente au Festival de Cannes son deuxième long métrage en langue française, semble avoir une réponse toute trouvée. Drame parisien et voyeuriste aux accents hitchcockiens, Histoires parallèles déploie une mécanique chorale où les points de vue se croisent tandis que la fiction infuse progressivement la vie des personnages. Une œuvre tendue et maîtrisée dont la rigueur finit pourtant par fragiliser un troisième acte plus démonstratif et convenu.

    Peut-être trop heureux de retourner en France après Le Passé (2013) et interdit de filmer en Iran, le réalisateur ne se gêne pas pour employer toutes les têtes couronnées du cinéma français dans des registres qui leur sont familiers. De quoi apporter de l’eau au moulin de Telerama suite à leur une de février dernier sur l’entre-soi du cinéma hexagonal.…Ce serait pourtant négliger la partition plus nuancée du comédien Adam Bessa. Il y interprète avec une certaine ambiguïté un jeune homme sans domicile fixe errant dans Paris avant de trouver refuge et un travail auprès de Sylvie, autrice recluse en manque d’inspiration (Isabelle Huppert). Sylvie trouve matière pour son nouveau roman en épiant ses voisins d’en face  (Virginie Efira, Vincent Cassel et Pierre Niney), tous et toutes bruiteurs pour le cinéma. C’est seulement quand Adam commence lui aussi à s’intéresser au trio que la fiction provoque le réel, à moins que ce ne soit l’inverse.

    Dans une première partie intrigante et fantasmée par la plume de Sylvie, Asghar Farhadi met en scène un Paris pluvieux et morne où la musique souligne l’aspect romanesque et inventé du récit. Le personnage incarné par Virginie Efira devient alors une héroïne de thriller, troquant sa chevelure blonde pour une autre, tandis que Sylvie affirme qu’elle ressemble trait pour trait à sa mère. Une ressemblance qui nourrit peu à peu son écriture et brouille les frontières entre fiction et souvenir. Lors d’un rendez-vous chez son éditrice, incarnée par Catherine Deneuve, Sylvie apprend que ses histoires sont jugées trop vieillottes et que le public cherche désormais des récits « réels ». Un détail intéressant qui semble révéler la volonté de Farhadi de questionner la place de la fiction et de l’imaginaire aujourd’hui. Sylvie abandonne alors son manuscrit, bientôt récupéré par Adam.

    Le film bascule alors dans une seconde partie censée raconter le réel, à la manière d’un Mulholland Drive (David Lynch, 2001) où les contours de la fiction se dissipent progressivement. La nature des liens entre les voisins d’en face est enfin révélée, mais cet équilibre se fragilise lorsque Adam rencontre la bruiteuse dans un restaurant. Ironiquement, cette partie pourtant pensée comme plus réaliste — débarrassée de musique et des artifices du film de genre — devient aussi plus répétitive et moins engageante. Asghar Farhadi semble ainsi contredire les dires de l’éditrice, mais en abandonnant progressivement la fiction et le fantasme, Histoires parallèles perd aussi une partie de sa force. Les apparitions d’Adam Bessa dans le troisième acte se raréfient alors au profit du trio formé par Efira, Cassel et Niney. La mécanique du film devient dès lors plus prévisible, notamment dans son jeu de miroirs entre fiction et réalité. Pourtant, Farhadi semble vouloir récompenser le spectateur attentif en bouclant la boucle. Le réalisateur cède alors à une résolution plus démonstrative où le thriller reprend pleinement ses droits et où la fiction l’emporte en révélant la nature profonde des personnages. Reste désormais à voir si ce récit en clair-obscur saura convaincre le jury du festival de Cannes de lui offrir la Palme d’Or. Verdict le 23 mai prochain.

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    Histoires parallèlesRéalisateur : Asghar FarhadiGenre : DrameActeurs et actrices : Isabelle Huppert, Virginie Efira, Pierre NineyNationalités : France, USA, Italie, BelgiqueDate de sortie : 15 mai 2026 La fiction a-t-elle encore du poids face au réel ? L’Iranien Asghar Farhadi, qui présente au Festival de...Histoires parallèles, quand la vie imite l’art