Bienvenue dans Back to the 20th Century ! Retrouvez toutes les semaines, l’histoire d’un film sorti au 20ème siècle, il y a 30 ans, 40 ans, 50 ans, etc.

Il y a 40 ans, lors de la troisième semaine de mars 1986, sort Highlander de Russell Mulcahy. Mais comment ce petit film qui n’a pas eu beaucoup de succès à sa sortie, hormis en France, est devenu un monument de la culture populaire ?
Tout a commencé dans la tête d’un certain Gregory Widen, un étudiant à l’UCLA, l’Université de Californie de Los Angeles. Pour payer ses cours, il est pompier et il est un jour témoin d’un décès causé par un retour de flamme explosif. Cet événement lui inspirera le scénario de son deuxième film, Backdraft, un autre film culte, réalisé par Ron Howard et avec en vedette Kurt Russel, William Baldwin, Scott Glenn, Donald Sutherland et Robert De Niro.

Mais avant d’en arriver là, il a dû se faire connaître auprès du monde du cinéma et pour y arriver, sa porte d’entrée sera un scénario qu’il écrit comme devoir pour ses cours. Ce scénario s’intitule Shadow Clan et s’inspire énormément du film de Ridley Scott Les Duellistes, qui relate la rivalité brutale et de longue date entre deux épéistes. Le jeune Widen s’inspire aussi d’un sentiment qu’il a éprouvé lors d’un voyage en Grande-Bretagne. Il a été marqué par l’Ecosse et lors de la visite d’une exposition d’armures à la Tour de Londres, il s’est demandé, en voyant un homme en armure, ce qu’il se passerait s’il vivait toujours aujourd’hui.

Après, on le suppose, une très bonne note à son devoir, son professeur lui conseille de se trouver un agent et de tenter de vendre le scénario. Et contre toute attente, ça marche : William N. Panzer et Peter S. Davis pour 200 000 dollars. Une affaire qui s’avèrera fructueuse car ils se chargeront ensuite de toute l’exploitation de la franchise. Mais dans ce cas-là, on paye surtout pour l’idée avant de remanier tout le scénario. Ce sont Peter Bellwood (qui fera à peu près que ça) et Larry Ferguson qui sont choisis (qui signera ensuite quelques beaux projets comme Le Flic de Beverly Hills 2, A la poursuite d’Octobre rouge ou Alien 3). Si le concept des immortels dont il ne peut en rester qu’un seul est maintenu, plusieurs changements apparaissent. Le nouveau scénario est d’abord moins sombre et violent qu’initialement afin de pouvoir l’exploiter auprès d’un plus large public. Mais d’autres modifications sont plus étonnantes : l’année de naissance est différente ; l’épée du héros change, son nom aussi ; Ramirez n’est pas un vieil Egyptien de 2000 ans mais un Espagnol né en 1100 ; et au départ, les immortels peuvent avoir des enfants (Connor en avait d’ailleurs 37 et le film s’ouvrait sur les funérailles de l’un d’eux). Mais certaines nouveautés de ce scénario ont aussi permis de forger la mythologie de cette histoire : la figure du méchant passe d’un tueur de sang-froid, le Chevalier, à un sauvage complètement timbré appelé le Kurgan et le Quickening (l’énergie libérée après la mort d’un immortel) n’existe pas encore.

Pour réaliser le film, les producteurs engagent un jeune réalisateur de clips, Russell Mulcahy. Il a travaillé pour entre autres Duran Duran, AC DC, Elton John ou réalisé le clip emblématique de Video Killed Radio Star des Buggles. En 1984, il a enfin pu réaliser son premier film dans son Australie natale : Razorback qui, étonnamment, est devenu aussi un film culte après sa sortie, plutôt confidentielle. Mais revenons à notre Higlander, comme souvent à Hollywood pour ce type de films, le casting a vu défiler un peu tout le monde pour les différents rôles principaux.

Pour le personnage principal, Connor MacLeod, on retrouve parmi les acteurs envisagés des profils divers comme Mel Gibson, William Hurt, Kevin Costner, Sam Shepard, Ed Harris, Mickey Rourke ou encore Michael Douglas. Mais deux pistes ont failli être très sérieuses. Tout d’abord, Sting est envisagé dans le rôle-titre en plus de composer la bande originale et ensuite, ça sera au tour de Kurt Russel (qui était déjà passé à côté du casting de La Mélodie du bonheur qu’on a vu le mois passé) d’être approché et choisi. Mais sa femme, l’actrice Goldie Hawn lui a demandé de ne pas le faire (s’écouter dans un couple semble plutôt une bonne chose vu que 40 ans plus tard, ils sont toujours ensemble !). Il jouera malgré tout dans le film suivant du scénariste Gregory Widen, Backdraft. Christophe Lambert est finalement choisi par Russel Mulcahy après qu’il ait découvert le visage du comédien dans un magazine. Il le trouvait parfait pour le rôle et tant pis s’il est totalement myope et ne parle pas correctement anglais (il n’avait tourné hors de France que Greystoke, la légende de Tarzan où le fait de ne pas bien parler la langue était plutôt un avantage).

Pour incarner l’antagoniste, au départ, ce sont Scott Glenn ou Roy Scheider qui sont envisagés quand c’était encore le personnage du Chevalier qui était envisagé. Mais quand les scénaristes introduisent le personnage de Kurgan, Rutger Hauer et Nick Nolte sont à un moment envisagés. On le propose alors à Arnold Schwarzenegger mais l’Autrichien préfère refuser car ça ressemble trop à ses interprétations de Conan et Terminator et part faire Commando (qu’on a déjà évoqué le mois dernier) où il remplace aussi Nick Nolte, qui était, là aussi, pressenti à un moment. C’est finalement Clancy Brown qui hérite du rôle : il a pu passer une audition grâce à la recommandation de Sting qui avait été à un moment attaché au projet. Ils se connaissaient car ils ont partagé l’affiche du film La Promise en 1985.

Du côté du rôle féminin, c’est aussi le jeu des chaises musicales. Pour le rôle d’Heather, la première femme dont Connor tombe amoureux, Virginia Madsen rate son casting (mais sera à l’affiche du second volet) et le rôle est donné à Catherine Mary Stewart avant d’être remplacé sans aucune explication par Beatie Edney. Pour le rôle de Brenda, l’héroïne de notre époque, tout une flopée d’actrices sont envisagées : Brooke Adams, Diane Lane, Demi Moore, Linda Hamilton ou Sigourney Weaver mais c’est au final l’inconnue Roxanne Hart qui est choisie. Comme Beatie Edney, les deux actrices ne seront plus ou moins connues que pour ce film.

Un des derniers rôles à distribuer, c’est le personnage de Ramirez, le mentor de Connor MacLeod. Pour ce protagoniste, le réalisateur, Russell Mulcahy, veut un acteur emblématique et envisage tout d’abord divers profils comme Peter O’Toole, Gene Hackman ou Michael Caine. Mais finalement, il arrive à convaincre Sean Connery de rejoindre l’aventure malgré un emploi du temps chargé (il tourne juste après Le Nom de la rose de Jean-Jacques Annaud). Pour cela, il doit s’arranger pour que l’acteur culte n’ait qu’une semaine de tournage pour faire toutes ses scènes.
Le tournage peut alors commencer et ça n’a pas été de tout repos ! Le budget n’est pas faramineux et il faut tout de même aller assez vite. Malgré tout, Russell Mulcahy vient du clip et a l’habitude d’aller rapidement sur un tournage et de compenser les manques de moyens par divers trucs et astuces. Il est devenu un pro pour, d’un côté, camoufler ses décors en cartons-pâtes mais aussi, de l’autre, de mettre à profit les plans magnifiques tournés en Ecosse ou encore de s’adapter pour la scène finale, au départ prévu pour être tournée au sommet de la Statue de la Liberté, puis dans un parc d’attractions avant de finir sur le toit des studios Silvercup. Mais il faut encore gérer les comédiens !

Du côté de Christophe Lambert, il n’y a pas de soucis. Tant qu’on n’oublie pas de lui demander d’enlever ses lunettes de vue sur le plateau, il est plutôt sérieux et s’entraîne comme un fou au maniement de l’épée pour éviter les accidents (et réussir les chorégraphies millimétrées dans le flou dû à son absence de lunettes) et à travailler son anglais avec son coach. Mais à ses côtés Sean Connery semble en avoir déjà marre avant même de commencer. S’il noue une belle amitié avec Christophe Lambert (c’est à cause de ça qu’il acceptera, malheureusement, de revenir pour le deuxième film), une semaine de tournage lui semble beaucoup trop longue et il passe plutôt son temps à dégommer des bouteilles de whisky avec qui le veut (Lambert déclarera plus tard : “Je ne dis pas que les Ecossais boivent tout le temps, mais s’ils boivent, ils boivent. Ce n’est pas une gorgée de vin, c’est un quart de bouteille de Scotch !”. En ce qui concerne Clancy Brown, il tient bon mais montre constamment de l’agacement : il ne supporte pas que son rôle soit si simpliste, en a marre de cette tenue de motard ridicule et n’en peux plus des allergies qu’il fait à cause du maquillage qui lui est imposé. De plus, il est très impressionné par Sean Connery et peine à rester dans son rôle de méchant face à lui. Ce qui n’était peut-être pas plus mal car lors d’une scène d’affrontement où il réussit à être totalement dans son rôle, l’accident a été évité de justesse. Alors qu’il doit trancher une table en deux, il frappe avec le plat de son épée qui casse et un éclat passe à quelques centimètres de la tête de Connery qui lancera avec flemme et humour : “Peut-être que nous utiliserons davantage mon cascadeur”.

Un dernier point important à régler avant la fin du tournage, c’est la musique. Depuis que Sting a refusé de jouer dans le film et d’en composer la musique, il faut trouver quelqu’un d’autre. Si la musique orchestrale est composée par Michael Kamen (qui est aussi derrière les B.O. de Brazil, L’Arme fatale, Die Hard, Robin des bois, etc.), Mulcahy veut profiter de ses nombreux contacts dans l’industrie musicale pour y introduire des chansons d’un groupe connu. Une première piste sérieuse, c’est le groupe anglais Marillion qui doit renoncer car ils démarrent une tournée mondiale (le guitariste, Steve Rothery, avouera qu’ils ont regretté cette occasion manquée). Duran Duran, avec qui le réalisateur a déjà collaboré, est aussi envisagé mais c’est finalement Queen qui arrive sur le projet. Inspirés par quelques scènes qu’ils ont pu voir, les trois membres sont tous très inspirés et finalement livrent chacun leurs chansons pour le film ! D’ailleurs, si aucun album de la bande originale ne sort, on peut tout de même retrouver plusieurs des titres dans l’album A Kind of Magic, que le groupe sort la même année.

Il est maintenant temps de sortir le film et c’est au Festival du Film Fantastique d’Avoriaz (qui sera remplacé en 1993 par le Festival International du film fantastique de Gérardmer) que le film est montré pour la première fois, en janvier 1986. Il sort ensuite début mars aux USA et fin mars en France. Si du côté des Américains, le film est plutôt un bide (le réalisateur accuse en partie l’affiche moche qui a servi à la promotion aux USA), de l’autre côté de l’Atlantique, le film fait un carton, le public français semble fêter la présence d’un acteur français en tête d’affiche. Ils seront plus de quatre millions à se déplacer en salle. Mais le succès du film a eu lieu surtout lors de sa sortie en cassette vidéo et lors de ses nombreuses diffusions à la télévision.

Quatre ans plus tard, suite au succès inespéré du film sur le marché vidéo, le producteur, William N. Panzer lance le projet d’une suite. La bonne nouvelle, c’est que le réalisateur Russell Mulcahy reprend du service en compagnie à nouveau de Christophe Lambert et de Sean Connery. La mauvaise, c’est qu’aucun des scénaristes originaux ne veut revenir et l’histoire part alors dans tous les sens. Le film tente alors d’expliquer la présence des Immortels en les faisant devenir des sorties d’Aliens exilés sur la terre et place l’histoire dans un futur post-apocalyptique très moche. Le film est un échec retentissant et est toujours considéré comme un des pires films de tous les temps. Le remontage, quelques années plus tard, de Mulcahy, frustré d’avoir été écarté à cette étape par les studios, n’arrive qu’à rendre vaguement potable cette péloche. La solution pour continuer la franchise vient alors de la télévision ! En 1992 débute une série qui a comme héros Duncan MacLeod, un cousin de Connor. La série, plutôt appréciée à l’époque, est le réel fondement de la mythologie qui entoure les histoires des Immortels et laisse totalement tomber les aliens du deuxième film (même s’ils ont dû composer avec une performance exceptionnelle de Franck Dubosc dans un de ses premiers rôles – performance qui sera reprise dans des dizaines de bêtisiers).

Grâce à cette réussite, la franchise continue et en 1994 sort conjointement une série animée mais surtout, un nouveau long-métrage ! S’il fait fi des événements du deuxième et qu’il est qualitativement meilleur que celui-ci, on a tout de même l’impression d’être devant un Direct-to-Video. Il est réalisé par un autre réalisateur venu du clip, Andy Morahan qui n’a malheureusement pas le talent de Russell Mulcahy pour rendre mémorable certaines séquences. Il ne réalisera d’ailleurs pas grand chose par la suite hormis l’énorme nanar Goal III. A partir de ce moment-là, si le concept reste dans la tête des gens, la franchise est exploitée jusqu’à l’excès mais sans plus vraiment d’intérêt : livres, jeux vidéos ou encore deux films sortis directement en DVD ne relancent pas la machine. Pourtant, depuis 2008, les droits ont été récupérés par Summit Entertainment et un remake est remis sur les rails avec Justin Lin (Fast and Furious) aux commandes. Mais le réalisateur part en 2011, sûrement par lassitude. Le projet passe alors à Juan Carlos Fresnadillo (28 semaines plus tard) et un peu plus tard, Ryan Reynolds est annoncé dans le rôle principal. Un an plus tard, rien, et les deux hommes quittent le projet. Quelques mois plus tard, un projet est encore tenté, avec à la réalisation, le spécialiste français des effets spéciaux, Cédric Nicolas-Troyan, qui a, par exemple, travaillé sur Pirate des Caraïbes. Mais une fois encore, le projet n’aboutit pas et il partira réaliser en 2016, Le Chasseur et la Reine des glaces, la suite de Blanche-Neige et le Chasseur. Depuis, c’est Chad Stahelski (le réalisateur de la sage John Wick) qui est attaché au projet. Après pas mal de péripéties (changements de scénaristes, de casting, rachat du projet par un autre studio, blessure du comédien pressenti, etc.), le tournage a enfin débuté au mois de janvier de cette année ! Au casting, on retrouve Henry Cavill dans la peau de Connor MacLeod, Russel Crowe dans le rôle du mentor Ramirez et Dave Bautista reprend le personnage du méchant Kurgan.

Ce qui est dingue avec cette franchise, initiée en 1986, c’est à quel point elle est rentrée dans la culture populaire ! Certes, le concept de ces Immortels qui doivent s’affronter et se couper la tête pour qu’il n’en reste qu’un, est génial mais généralement, un concept, ça s’essouffle vite et ça ne fait pas une œuvre. Pourtant, malgré une qualité toute relative et le peu de succès qu’a rencontré tout ce qui est sorti sous le nom Highlander, qui n’a jamais prononcé la phrase “Il ne peut en rester qu’un” ? Pourtant, peu de gens ont apprécié et/ou ont vu les films, la série, les animés ou lu les livres. Mais l’immortalité est un rêve très humain et personne d’autre n’a jamais vraiment capitalisé avec autant de fun sur ce concept. Il n’y a plus qu’à attendre le remake en préparation pour voir si la franchise aura enfin ce second souffle attendu depuis le premier film ou si il n’y aurait dû qu’en rester qu’un.
