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    Hâtez-vous lentement : la photographie à contre-courant du flux des images

    À l’heure où les réseaux sociaux et l’intelligence artificielle accélèrent la production et la circulation des images, l’exposition Hâtez-vous lentement ! à la Fondation A réunit huit jeunes photographes de l’Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles qui revendiquent une autre temporalité. Entre mémoire, construction identitaire, enquête sociale et réflexion sur les processus de création, leurs œuvres interrogent ce qui subsiste derrière le flux incessant des images contemporaines.

    À l’heure où les réseaux sociaux et l’intelligence artificielle bouleversent notre rapport aux images, les huit jeunes artistes réunis à la Fondation A prennent le contre-pied de l’immédiateté. Le titre de l’exposition, Hâtez-vous lentement !, emprunté à Nicolas Boileau, résume parfaitement cette démarche : ralentir pour mieux regarder, questionner les images et les mécanismes qui les produisent.

    Loin des contenus consommés en quelques secondes, les œuvres présentées ici privilégient les processus, les enquêtes, les souvenirs et les traces. Toutes interrogent à leur manière notre rapport à la mémoire, à l’identité et à la visibilité dans une société saturée de représentations.

    Florine Maitre, La courbe du martin-pêcheur
    Florine Maitre, La courbe du martin-pêcheur, Afterwork n°6 avec Ophélie, Eloïse, Harouna, 2024

    Chez Aleksandra Czepinska, la photographie n’est pas un simple enregistrement du réel. Ses œuvres naissent de souvenirs, d’images mentales et de traces émotionnelles qu’elle transforme à travers un long processus mêlant maquettes, photographie et peinture. Son travail explore la manière dont les expériences continuent à exister dans la mémoire.

    « Mon travail consiste à revenir vers des images qui ont déjà commencé à s’effacer, à tenter de préserver ou de raviver quelque chose qui a déjà fui », explique-t-elle.

    La disparition, la nostalgie et la fragilité du souvenir constituent le cœur de sa démarche. Cette réflexion dépasse toutefois la mémoire individuelle. De Varsovie à ses recherches récentes sur le béton comme héritage matériel de nos sociétés, l’artiste interroge également la manière dont les lieux, les villes et les objets conservent les traces de ce qui les a précédés.

    Éloïse Brunet s’intéresse quant à elle aux trajectoires humaines et à la construction identitaire. Ses photographies documentent le passage de l’adolescence à l’âge adulte, à une époque où les réseaux sociaux influencent profondément la manière dont chacun se perçoit et regarde les autres.

    « Nous ne sommes pas figés dans une condition déterminée une fois pour toutes : nous sommes en mouvement et nous essayons constamment de nous réinventer », souligne-t-elle.

    Son regard se porte avant tout sur les marges de liberté que chacun tente de préserver face aux contraintes sociales, familiales ou économiques. La photographie devient alors un espace de dialogue et de transformation. Dans un univers où les mécanismes de visibilité, de comparaison et de validation occupent une place croissante, son travail rappelle que l’identité demeure un processus en construction plutôt qu’une image figée.

    Avec Francesca Comune, le regard se déplace vers les systèmes qui organisent la visibilité. Son enquête sur le commerce de voitures d’occasion entre Bruxelles et l’Afrique de l’Ouest met en lumière des réseaux économiques largement invisibles. Ce qui l’intéresse, ce sont les traces laissées par les individus au sein de ces flux.

    « Les inscriptions manuscrites que l’on retrouve sur les vitres des voitures constituent parfois les dernières traces d’un geste individuel », observe-t-elle.

    Francesca Comune, Behind the Curtain
    Francesca Comune, Behind the Curtain, no title, 2024

    Ces marques discrètes deviennent les témoins d’une présence humaine menacée par les mécanismes d’effacement propres aux sociétés contemporaines. À travers cette enquête, elle montre comment les flux économiques mondialisés produisent aussi des zones d’ombre où les acteurs, pourtant essentiels, deviennent invisibles.

    La démarche de Lorraine Chassain se concentre enfin sur la fabrication même des images. Issue d’une formation musicale puis d’une expérience dans la gestion de projets sociaux, elle cherche à rendre visibles les gestes, les techniques et les expérimentations qui précèdent l’apparition d’une photographie.

    « Je me suis assez rapidement positionnée à distance des images qui produisent un effet instantané. Si effet il y a, il doit être la conséquence d’un geste et non une finalité en soi », affirme-t-elle.

    Lorraine Chassain
    Lorraine Chassain, longère – 91 découpes, 2025

    Pour elle, la technique n’est pas un outil de maîtrise absolue mais un espace d’expérimentation où les accidents et les imprévus ont toute leur place. Une position héritée de son parcours professionnel, marqué par une réflexion constante sur les modes de production, l’organisation du travail et la place de l’humain face aux systèmes techniques.

    Au-delà de leurs différences, ces artistes partagent une même préoccupation : accorder de l’attention à ce qui risque de disparaître. Chez Aleksandra Czepinska, ce sont les souvenirs qui s’effacent. Chez Éloïse Brunet, les possibilités de transformation de soi. Chez Francesca Comune, les traces individuelles menacées par l’invisibilisation. Chez Lorraine Chassain, les gestes de fabrication que les technologies tendent à masquer.

    Dans un monde où les images sont produites, partagées et oubliées à une vitesse sans précédent, Hâtez-vous lentement ! propose une autre temporalité. Les artistes réunis à la Fondation A interrogent moins ce que montrent les images que ce qu’elles permettent de préserver : un souvenir, une trajectoire, une trace ou un geste. Une invitation à ralentir pour regarder autrement, mais aussi à questionner les mécanismes qui façonnent notre perception du réel.

    Toutes les infos : https://fondationastichting.com/exhibition/hatez-vous-lentement/

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