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    Guérillero, dans la peau d’un enfant soldat

    Alberto aurait dû devenir paysan. C’est le sort qui est généralement réservé aux enfants qui, comme lui, naissent dans une région rurale et pauvre de la Colombie. Des enfants habitués à marcher plusieurs heures pour aller à l’école quand ce n’est pas pour chercher de l’eau à la source, habillés de vêtements trop souvent rafistolés. Si le petit Alberto souffre de se faire appeler le pouilleux par ses camarades, ce sont les coups de son père qui finissent par le convaincre qu’il serait plus heureux ailleurs. Quand une milice illégale s’invite dans leur foyer, l’impatient gamin y voit une porte de sortie.

    Il décide de suivre les soldats et de prendre les armes à leurs côtés. Accompagné de sa sœur, Alberto ne réalise pas encore les conséquences qu’une décision spontanée et nourrit de colère peut avoir sur son destin. Il n’a que onze ans et la naïveté le pousse à croire qu’il pourra toujours faire machine arrière. Mais la lutte armée n’est pas un jeu dont on peut sortir sans craindre de représailles. Alberto l’apprendra trop tard, alors que chaque tracas ou inconfort le plonge dans une crise de larmes. Comme on peut s’y attendre, Alberto côtoie la mort. Mais il apprend aussi ce qu’est la force d’un idéal et la coopération. Sa vie, pleine de haut mais surtout de bas, prend la forme d’une longue marche à travers le décor vallonné de Colombie. Il accepte sans broncher les épreuves physiques que lui impose la guérilla. Quel autre choix a-t-il ?

    Alberto n’est donc pas devenu paysan. Mais finalement, il n’est pas devenu soldat non plus. Ce choix malheureux, qui a dispersé sa famille et qui lui a apporté tant de souffrance, lui a aussi permis d’ouvrir son futur à d’autres opportunités. L’enfant qui avait pris les armes est devenu un adulte chanceux de pouvoir choisir sa voie. De son propre point de vue, cela n’aurait pas été possible s’il n’avait pas décidé de rejoindre les FARC.

    Comment parler de l’indicible est une interrogation qui revient souvent dans les œuvres artistiques et narratives. Et quoi de plus brutal qu’un enfant à qui l’on impose l’odeur du sang, le froid de la nuit, la faim et la peur ? Pourtant Maria Isabel Ospina et Jean-Emmanuel Vermot-Desroches ne s’attardent pas sur le côté tragique de ce témoignage. Afin d’approcher le récit avec une certaine forme de discrétion, les auteurs optent pour un choix de teintes claires, entre le gris et le bleu, que viennent parfois ponctuer des touches de couleurs. Mais c’est principalement leur décision d’aborder cette histoire vraie en la découpant en saynètes d’une ou deux pages qui rend le propos plus léger. Le lecteur se laisse complètement transporter par le vécu d’Alberto qui, à aucun moment, ne tombe dans l’horreur. On s’y glisse, parfois choqué, mais toujours ému. Et on en ressort avec l’espoir qu’un jour les enfants s’arrêteront de combattre.

    Cheyenne Quévy
    Cheyenne Quévy
    Responsable littérature

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    GuérilleroScénario : Maria Isabel OspinaDessin : Jean-Emmanuel Vermot-DesrochesÉditeur : DargaudDate de parution : 23 janvier 2026Genre :Roman graphique Alberto aurait dû devenir paysan. C’est le sort qui est généralement réservé aux enfants qui, comme lui, naissent dans une région rurale et pauvre de la Colombie. Des enfants habitués à...Guérillero, dans la peau d’un enfant soldat