
GOAT – Rêver plus haut
Réalisateurs : Tyree Dillihay et Adam Rosette
Genres : Action, Animation, Comédie
Acteurs et actrices : Caleb McLaughlin, Gabrielle Union, Jenifer Lewis
Nationalité : USA
Date de sortie : 11 février 2026
En français, une chèvre, c’est un bon à rien, un joueur de foot nul, meilleur pour brouter le gazon du stade que pour jouer avec le ballon. À l’inverse, en anglais, goat devient l’acronyme de greatest of all time, le meilleur de tous les temps. On comprend donc que le choix des distributeurs francophones de Goat de ne pas traduire le titre n’est pas uniquement dû à l’existence du film La Chèvre de 81. On comprend tout aussi bien la raison d’être de ce film tant le terme est de plus en plus utilisé dans le milieu du sport alors qu’il évoque un animal qui ne brille pas forcément par son charisme, son physique ou son odeur, mais bien plus par son intelligence et son entêtement. Voilà donc l’idée de départ du film. Voilà donc, malheureusement, tout le film. Will Harris est un jeune, frêle et petit bouc fan de roarball (du basket version Mario) voulant devenir le meilleur joueur de tous les temps de ce sport où seulement les grands et musclés s’illustrent.
Et si le pitch fait globalement Kung-Fu Panda réchauffé, il réussit le tour de force de n’en prendre que les mauvais côtés. Ce qui fait la beauté des films d’animation tout public, c’est la double lecture qui peut en être fait. Les bons Pixar, les bons Dreamworks parlent aux enfants, aux ados, aux adultes pour des raisons différentes. Dans Goat, rien. Les vannes ne sont qu’à destination des enfants, les relations entre personnages sont des plus plates, leurs caractères des plus changeants, passant du tout au tout selon les besoins de l’histoire. Et il est assez regrettable d’avoir un film aux accents si enfantins de la part du studio ayant fait naître la trilogie Spider-Man (le troisième volet est attendu pour 2027), petite révolution aussi bien visuelle que narrative.
Il ne reste donc plus de Kung-Fu Panda que sa trame méritocratique : comment quelqu’un qui n’est pas fait pour ça peut arriver tout en haut grâce à un travail acharné ? Et ça commence à bien faire. Remettre le succès uniquement dans les mains des individus, c’est aussi les rendre seuls responsables de leurs échecs, de leur incapacité. Le « quand on veut, on peut » est sûrement l’aspect le plus nauséabond du monde du sport, il est pourtant omniprésent. Évidemment, toute réussite artistique, sportive ou autre passe par une grande quantité de travail, personne ne dira le contraire. Mais, à elle seule, la quantité de travail ne suffit pas à créer le succès. Nier l’impact du contexte dans lequel ce travail est effectué, nier les prédispositions physiques et intellectuelles de la personne qui l’effectue, nier les capitaux socio-économico-culturels dont elle bénéficie, c’est tout simplement nier la réalité. Dans notre monde, Will Harris ne deviendrait jamais le Goat, probablement ne jouerait-il même pas au niveau professionnel.
Le problème n’est pas que le film mette en scène l’impossible, c’est d’ailleurs le propre de la fiction que de montrer quelque chose qui n’existe pas. Le problème, c’est l’idéologie que le long-métrage véhicule, a fortiori lorsqu’il s’adresse quasi exclusivement à des enfants. Vanter à ce point la réussite, c’est rendre infamant l’échec. Et puisque tout est de notre ressort, de notre travail, c’est tourner en ridicule toutes celles et ceux qui ne sont pas arrivés au sommet.
On pourrait émettre une réserve, puisqu’en effet, c’est en jouant collectif que l’équipe de Will réussit à gagner. Mais à gagner quoi ? Au final, cette soupe froide pleine de bons sentiments, où tout le monde est gentil, où ensemble on gagne, ne permet qu’une chose : désigner le/la Goat. Il n’est question d’équipe et de collectif que pour faire briller les individualités. À cette philosophie profondément individualiste, s’ajoute une culture du clash, du spectacle permanent, de la starification, de l’argent comme vecteur de réussite bien loin d’être décriée. Goat est au final le produit ultime de la façon de penser américaine (tant le film se focalise sur les passions des États-Unis : le basket, le show et les clashs entre rappeurs), implantant encore un peu plus aux enfants qu’ils sont les seuls responsables de leurs réussites et de leurs échecs et qu’ils ne trouveront leur valeur qu’en devenant le Goat.
