Chorégraphie et mise en scène Marie-Claude Pietragalla et Julien Derouault
Avec Marie-Claude Pietragalla et Julien Derouault accompagnés de Manon Alins, Giulia Aubé, Ylona Bonnet, Faustine Caron, Manon Chapuis, Matthias Damay-Romey, Lola Derouault, Aleksandra Efimova, Lise Fromont, Etienne Lloria, Solène Messina Ernaux, Antonin Muno, Nina Morand-Sagory, Lucie Petrosino et Amandine Perritaz
Du 3 juin au 5 juin 2026
Le Vilar
Marie-Claude Pietragalla et Julien Derouault, avec leur compagnie, revisitent à travers le prisme du féminisme le célèbre ballet Giselle. Leur Giselle(s) se veut une « ode à la sororité ».
Nous connaissons l’histoire de Giselle, cette paysanne follement éprise qui meurt de chagrin en découvrant que celui qu’elle aime l’a trahie. Elle rejoint alors les Willis, les esprits des jeunes femmes abandonnées. Pietragalla et Derouault revisitent ce ballet romantique. En plus de basculer le ballet en danse contemporaine, ils actualisent l’histoire afin de la faire davantage correspondre à notre réalité. Giselle n’est alors plus seule, mais multiple. Elle se veut l’alliée de toutes les femmes luttant contre les violences.
Le premier acte débute par la mise en scène des Willis rodant autour de 4 couples, dont chacune des femmes est victime de violences conjugales sous toutes leurs formes. C’est surtout leur histoire ainsi que leurs disputes qui sont racontées au moyen de corps à corps chorégraphiés sur fond de cris. Celles-ci s’intensifient jusqu’à la mort des femmes. Le deuxième acte bascule dans le côté fantastique en mettant en scène les Willis (dont les 4 femmes font désormais partie) et le procès de ces hommes, dansant jusqu’à perdre la raison.

Entre les disputes de plus en plus explicites (voire caricaturales) et la musique sur laquelle des dialogues difficiles à comprendre ont été ajoutés (était-ce une mauvaise qualité du son ou était-ce voulu ?), on ne peut nier le malaise grandissant au fil du premier acte. La violence est omniprésente, à travers le thème mais aussi les choix musicaux et les lumières. Mais le spectacle prend une tout autre dimension dans le deuxième acte. L’étrange des Willis se révèle pleinement : l’inspiration de la femme mi-nymphe mi-vampire se déploie dans une interprétation plus vraisemblable et expressive rendant l’ensemble percutant. Force, animalité et vengeance se traduisent dans les mouvements des danseuses, vêtues telles des vestales. Les tableaux d’ensemble se succèdent, tous plus fantastiques les uns que les autres. Chaque homme passe sous le crible du jugement (une grande croix étant accrochée au fond de la scène) et de la reine des Willis(-Giselle) interprétée par Pietragalla. C’est la sororité qui parle et les rôles s’inversent.
La fluidité dans l’enchainement des tableaux ainsi que les mises en scène diversifiées et les accessoires multiples (l’on peut notamment apercevoir un landau, un vélo, des bâches plastiques ou encore des tables) très bien intégrés à la chorégraphie en font un spectacle varié ; chaque tableau est surprenant. Les musiques originales du ballet (celles d’Adolphe Adam) sont tantôt reprises telles quelles, tantôt remixées. Une alternance entre musique classique, électronique et la musique des Tambours du Bronx traversent le spectacle.
Giselle(s) réussit en somme son pari : le spectacle laisse le romantisme et le rêve de côté pour montrer la réalité des femmes et leur donner la voix, pour les unir face à leur quotidien et aux violences.
