
Garance
Réalisatrice : Jeanne Herry
Genre : Drame
Acteurs et actrices : Adèle Exarchopoulos, Sara Giraudeau, Sarajeanne Drillaud
Nationalités : France, Belgique
Date de sortie : 23 septembre 2026
Un film n’existe jamais uniquement par lui-même. Il vient avec son lot plus ou moins grand d’horizons d’attente. Un horizon d’attente, c’est un imaginaire que va coller le spectateur sur le long-métrage qu’il s’apprête à voir. Le synopsis et la bande-annonce en donnent évidemment beaucoup mais le titre, le ou la réalisatrice, les acteurs et actrices peuvent déjà nous mettre dans un certain mood avant même les premières images. Ainsi, les sentiments de déception ou, au contraire, de surprise ont plus à voir avec la prise à contre-pied de ces horizons d’attente qu’avec la qualité intrinsèque du film. On peut ressortir avec un avis positif d’un long-métrage qu’on pensait détester ou de l’amertume pour un film dans lequel on a placé trop d’espoir.
À l’inverse, débarquer neutre (ou presque) au cinéma arrive extrêmement peu. Déjà, parce que le prix des billets n’arrêtant pas de grimper, on peut comprendre l’envie d’être sûr de soi quand on débourse entre 10 et 15 euros par film. Ensuite, parce que s’ennuyer pendant deux heures, ça reste ennuyant pendant deux heures. Et pourtant. Et pourtant, arriver sans rien connaitre ou presque du film nous met dans une situation de spectateurice idéal, prêt à recevoir le long-métrage exactement comme ses auteurices ont voulu qu’il soit reçu.
En ce qui concerne Garance, c’est ce que j’ai vécu. Je ne savais qu’une chose du film, il était réalisé par Jeanne Herry. Cette donnée constitue évidemment un horizon d’attente pour moi qui avait été ému aux larmes par son précédent long-métrage, Je verrai toujours vos visages. Je ne peux donc pas nier que j’avais une attente, celle d’aimer ce film. Par contre, pour le reste, rien. Ni une image, ni un début d’histoire, j’arrivais dans la salle aussi vierge que possible. Cela faisait quelque temps que je ne m’étais pas posé devant un écran sans savoir du tout ce que j’allais voir.
J’ai donc suivi le quotidien de Garance pendant un bon tiers du film sans comprendre où l’histoire m’emmenait. Le dispositif tend d’ailleurs vers ce flou puisque toute la première partie de la narration est ponctuée d’un dialogue en voix off entre Garance et un personnage qu’on ne connait pas encore. Ces voix parlent de changements, retracent ce qu’était la vie de la jeune femme. Et nous, spectateurs, on essaie de comprendre.
Peu à peu, de manière très organique, le sujet devient limpide. Oui, on discute d’amour, d’amitié, de spectacle vivant, mais le cœur du film se situe ailleurs, vers quelque chose de plus insidieux, de tabou, de nié. On y arrive par des chemins rarement audibles, rarement montrés. Et cette absence de représentation immobilise l’imaginaire qui entoure ce thème dans des caricatures sans âme.
Je ne parlerai pas plus de ce thème, histoire d’encourager toute personne qui tombera sur ce texte à le découvrir par la porte dérobée qu’a empruntée Jeanne Herry, histoire de le rendre intrigant et d’inciter à aller voir le film, histoire de vanter les mérites de rentrer au hasard dans une salle de cinéma, chose qu’on peut se permettre une fois de temps en temps, voire assez souvent avec un abonnement.
