De Dawn King
Mise en scène Julie-Anne Roth
Avec Noé Castanier, Itsik Elbaz, Laure Godisiabois, Déborah Rouach
Du 4 novembre au 22 novembre 2025
Au Théâtre de Poche
Au cœur d’une Angleterre rurale et sinistrée, un couple de fermiers attend la visite d’un Foxfinder. Sombre et taiseux, le jeune homme est chargé d’enquêter sur une possible contamination morale et physique causée par les renards, ces animaux devenus symboles du Mal. Immense succès lors de sa sortie en 2011, la dramaturge britannique Dawn King propose ici un récit centré sur la peur collective, la propagande et la soumission. Mais si l’intention est certes séduisante, le texte peine à convaincre le spectateur.
Un climat de peur trop figé
La pièce s’ouvre sur une atmosphère de désolation avec des champs inondés, une récolte perdue et des esprits fragilisés. Rythmé par de multiples interrogatoires, l’arrivée du Foxfinder installe directement un climat de peur et de surveillance. Les échanges entre le couple, l’agent et une voisine s’enchaînent, dans une atmosphère où la menace du renard, jamais présent physiquement, reste omniprésente.
Si le spectateur est sensible aux fragilités et aux traumatismes des personnages, l’écriture manque fondamentalement de force. La paranoïa se suggère plutôt qu’elle ne se ressent et le rôle du renard en tant que bouc-émissaire symbolique semble déjà usé. Les dialogues quant à eux s’enchainent sans inventivité. Le texte laisse finalement l’impression d’un récit au potentiel inexploité, malgré les thèmes puissants et actuels qu’il aborde (la sexualité réprimée, l’autoritarisme, la peur de l’Autre, les crises climatiques). Même le professionnalisme et la justesse des acteurs ne suffit pas à compenser cette impression d’inachevé.
Une mise en scène comme véritable atout
Heureusement, la mise en scène et l’architecture sonore transforment l’expérience. Le décor, sobre et subtilement mouvant, évoque avec justesse la forêt et la terre humide et donne au spectateur l’impression de partager l’espace avec les personnages. Dans cet esprit, la scène finale est tout à fait remarquable. La musique constitue une découverte et amplifie la menace diffuse que le texte ne parvient pas toujours à incarner. On retiendra surtout la (fantastique) scène des voisines dansant sous la pluie.
En résumé, Foxfinder est un spectacle qui vaut le détour pour sa réalisation scénique et sonore. Le texte, peu incisif, ne permet pas au spectateur de se défaire d’une certaine impression d’ennui. Alors que l’on aurait aimé en ressortir avec une multitude de questions confrontantes sur notre société actuelle, la pièce manque son objectif d’allégorie politique percutante. Une pièce intéressante donc, techniquement aboutie, mais dont le fond reste trop figé pour émouvoir pleinement.
