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    [Festival d’Avignon] Les incrédules : la mort d’une mère, c’est plus marrant en chantant.

    Qu’on vous annonce que votre mère ne vous a jamais aimé n’est pas chose facile, d’autant plus si vous êtes le récipiendaire direct du discours en question. De même, apprendre à votre maman, partie à la piscine, qu’elle est en fait morte n’est pas chose courante. De fait, parler de la mort n’est pas un sujet agréable pour beaucoup de gens, et encore moins si ces gens sont déjà morts. Pourtant, il faut s’y résoudre, et c’est ce que Samuel Achache se résout donc à faire dans Les incrédules

    C’est un spectacle de la dissociation. Il y a le tragique et le comique, l’opéra et Alain Chabat, le théâtre et le chant, la musique sur le plateau et dans la fosse, le sacré et le profane. Tout est dédoublé, même le nombre de crocodiles du Mississippi qu’il faut compter pour atteindre 3 minutes, le temps attendu pour savoir d’où provient l’os qui se logeait dans le coeur de votre mère, tandis que vous tombez amoureuse du scientifique qui tient l’éprouvette en main.

    Il n’y aura donc pas qu’une maman, mais deux, qui ne seront bien qu’une seule et même personne. Et de fille ? Deux également. Les mots se  chevaucheront, chantés et portés à la fois. L’acceptation de la vie qui passe est un apprentissage permanent. Ici, il faut accepter la situation telle qu’elle est, et de celle-ci, en tiré parti, même si elle nous amène, en deuxième partie de spectacle, dans une église grisâtre où un visage christique incrusté au mur pleure de vraies larmes. Déconcertante, la scène, comme le spectacle en entier, embarque le public pour en arriver à cet instant mémorable où un prêtre est engagé dans un accouchement contre son gré, sa tête enfoui dans l’entrejambe d’une femme qui voudrait tant ne pas être mère.

    Mais que pourra-t-il faire, ce prêtre, pour que ce bébé ne naisse pas, pour que la mère reste femme et ne devienne jamais cet être sans amour pour sa progéniture, pour laquelle elle s’est pourtant sacrifiée ? Que pourra cette assemblée religieuse pour lutter contre ce miracle divin, pour que l’amour de cette femme irradie au lieu de pourrir à la naissance de sa fille ? 

    Alternant humour et situation absurde avec des moments tragiques, Les incrédules offre des temps de rires forts tout en bloquant l’accès à l’oxygène quand cette mère s’ouvre enfin à sa fille. De sa mise en scène imposante, Samuel Achache ne fait jamais l’argument numéro un. C’est un opéra grandiose sans être grandiloquent, sûr de ses effets, de son rythme indolent, de son casting, de ses musiciens et musiciennes. Il en impose, sans jamais être pédant, sans jamais aliéner les personnes qui n’aiment pas ou ne ressentent pas grand chose face à cette musique ou à l’opéra. 

    Il faut donc aller voir Les incrédules si vous avez quelque chose à régler avec votre maman. Et si vous n’avez rien à régler avec votre maman, il faut quand même aller voir Les incrédules. Parce que c’est un spectacle qui parle de choses tragiques, de la mort, de la mort de notre maman, de la mort de son amour pour nous, tout en injectant l’âme et l’humour de Chabat et des Nuls sur scène. Il faut aller voir Les incrédules pour apprendre à accepter les choses de la vie qu’on ne peut contrôler, comme la folie créatrice de Samuel Achache ou l’impossible amour de quelqu’un qui nous est cher. 

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