De et avec Mohamed El Khatib et Israel Galván
Du 10 juillet au 23 juillet 2025
Au Festival d’Avignon
(Cloître des Carmes)
Du 26 novembre au 30 novembre 2025
Au Théâtre National
Israel et Mohamed commencent en force. Les deux hommes arrivent sur le plateau comme des stars de football, des sportifs aguerris. Ils se trémoussent, s’échauffent pour ne pas se blesser, pour rappeler leur connexion au corps, au mouvement. C’est nécessaire de s’entraîner avant de commencer un marathon: ils vont nous parler de leurs pères.
C’est une longue pièce pour Mohamed El Katib, comme il en rigole en milieu de spectacle. Elle dure 1h30, c’est son Soulier de Satin à lui comme il le mentionne, “private joke” de festivalier en référence à cette pièce de 8h qui est jouée à la Cour d’Honneur. Israel et Mohamed, en dépit du sujet et de son titre chargé, est une pièce légère, drôle, d’exécution simple et accessible à toutes personnes, festivalières ou non.
Mohamed est un théâtreux, un metteur en scène et un comédien, Israel est danseur de flamenco. Le père de l’un est venu jeune du Maroc en France et a travaillé dans les puanteurs d’une usine pour subvenir aux besoins de sa famille, le père de l’autre est un danseur de flamenco également, mais d’un autre style, d’une autre génération. Tous les deux sont convoqués sur scène par l’entremise de vidéos, tous les deux vont exprimer leur mécontentement et leur désapprobation par rapport aux choix de carrière de leurs fils.
Mohamed et Israel décident de mettre en avant les paroles de leurs pères, parfois grotesques, d’un autre temps, d’une autre culture. Le père d’Israel raconte qu’il aurait aimé que son fils ne se déhanche pas comme il le fait, car “un homme normal n’est pas supposé bouger ainsi”. Le père de Mohamed ne comprend pas comment on peut se lancer dans le théâtre après avoir eu un doctorat en sciences politiques. Comme “s’il n’y avait rien de mieux à faire, pendant que des dizaines de milliers d’enfants sont tués à Gaza”.
Les artistes trouvent important de ne pas être dans le rejet ou de “canceller” leurs mots. Ils les exposent non pas pour s’en moquer mais pour chercher à comprendre ou à se libérer d’un dialogue interrompu avec leurs paternels, eux qui préfèrent ne pas venir voir leurs fils performer sur scène.
Mohamed s’adressera directement à nous le long du spectacle. Israel, bègue, parlera aussi mais laissera davantage son corps s’exprimer pour lui. Dans une démarche claire d’ouverture vers le public, ils nous prendront les mains pour détailler leurs relations avec leurs pères, au moyen d’objets qu’ils disposent sur scène : un perroquet, des babouches, un tapis de prière, des médailles, etc. Tout fait sens, rien n’est laissé au hasard.
Les deux hommes racontent leurs constructions en tant qu’artistes, de fils de, de papas eux-mêmes (d’une petite fille pour Mohamed). Les coups, les blessures et les humiliations subies ne sont pas tues, elles sont même exposées au grand jour. Mohamed nous livre une lettre qu’il n’enverra jamais à celui qui l’a engendré, dans la fraîcheur du Cloître des Carmes. Tout en douceur, avec beaucoup d’amour l’un pour l’autre dans leurs regards et leurs gestes, fiers de leurs origines qu’ils ne renient en rien mais qu’ils exhibent en public pour détricoter les noeuds, Mohamed et Israel lancent cette bobine de fil pour qu’elle soit emparée par tous les futurs papas du monde (et toutes les autres personnes désireuses de transmettre des choses).
