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    Female rage ou la colère féminine à l’ère de la pop culture

    Marion Olité, journaliste indépendante spécialisée dans la culture pop et déjà autrice, en 2023, d’un essai analysant la série « Buffy » comme parabole de l’émancipation féminine de sa protagoniste, revient avec un nouvel ouvrage qui élargit le regard porté sur la colère féminine.

    En retraçant l’histoire depuis la mythologie, en passant par la Renaissance jusqu’à l’époque contemporaine, l’autrice montre comment le female rage a toujours existé et comment la société a constamment tenté de le discipliner et de le faire taire, avec plus ou moins de succès.

    Qu’il s’agisse des héroïnes violées de la mythologie, des sorcières médiévales, seules, belles et indépendantes – et donc terrifiantes – ou encore des hystériques du XIXe siècle victimes de la « maladie » d’être femme, la société a accumulé au fil du temps une multitude de stéréotypes associés à la fémininité. De ceux-ci ont découlé autant de formes de contrôle et de répression à l’encontre de toute tentative de s’affranchir d’une position secondaire, servile et soumise.

    La culture populaire s’est réapproprié ces tropes pour donner naissance à des narrations et des anti-héroïnes devenues les porte-voix du female rage au cinéma et à la télévision. Olité nous propose un tour d’horizon d’idées, de films, de séries, d’articles, de podcasts et d’œuvres d’art qui traversent les siècles pour arriver jusqu’à nos jours, à l’ère post-Me Too.

    On y découvre la figure de la folle dans le grenier, littéralement enfermée et exclue de la vie sociale en raison de sa déviance, ainsi que l’exaspération de mères « parfaites », racontée avec humour dans « Desperate Housewives » ou « Malcolm ». L’autrice aborde également la rage adolescente, qui accompagne les transformations du corps féminin sous le regard inquisiteur de la société, souvent hypersexualisé, comme dans la récente et très discutée série « Euphoria », ou poussé jusqu’au body horror dans le cas de « Grave » de Julia Ducournau. Sans oublier le dense chapitre consacré au rape and revenge, avec des personnages tels que la Mariée de « Kill Bill » ou la protagoniste de « Promising Young Woman », réalisé par Emerald Fennell, qui se lancent dans des quêtes sanglantes au nom de la justice.

    Olité attire également l’attention sur la perspective des minorités, qu’elles soient racisées, queer, ayants un handicap ou concernées par des troubles mentaux. Elle souligne ainsi comment ces éléments ont constitué des facteurs de discrimination souvent negligés par les luttes féministes et qui n’ont été pleinement intégrés que plus tard, grâce à l’intersectionnalité et aux interventions de personnalités directement concernées qui, dans la littérature comme au cinéma, ont pris la parole pour exprimer leur expérience.

    Cette lecture fournit donc une riche liste de références et analyse les multiples façons dont ces thèmes ont été abordés. Olité retrace comment, au fil du temps, on en est parvenu à montrer des personnages féminins en colère, puis des personnages féminins racisés en colère et des personnages féminins queer en colère, sans qu’ils restent des caricatures stéréotypées, mais en leur conférant la profondeur et la complexité des émotions accordées à n’importe quel autre personnage. Une colère justifiée, non « hystérique », parfois peut-être même contradictoire, mais profondément humaine et nécessaire dans une société qui, pendant des millénaires, a marginalisé et relégué dans l’ombre la moitié de sa population.

    Le mérite de la culture pop, dans ce cas, n’est pas de faire tomber des murs, les thèmes en question ayant déjà été largement théorisés par les mouvements féministes, mais de les rendre accessibles au grand public, d’une manière agréable et compréhensible. Ce que ce livre parvient lui aussi à faire avec succès. Les concepts et notions y sont repris de manière simple et précise, en suscitant chez le lecteur des sentiments d’empathie, parfois de tristesse, de frustration, bien sûr de rage, mais aussi de revanche pour ce que les femmes de ces histoires subissent et pour les combats qu’elles mènent.

    Le chemin à parcourir est certainement encore long et, comme le souligne l’autrice, le female rage continuera d’exister tant que le système patriarcal perdurera. Mais la représentation de cette rage, fille des mouvements girl power des années 90 et des idéaux féministes, persiste et ronge peu à peu les barreaux de la cage patriarcale. Elle nous montre qu’une autre voie est possible, qu’une remise en question du statu quo est nécessaire et que, pour y parvenir, nous devons faire entendre notre voix, à l’unisson, dans un effort collectif vers le changement.

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    Titre : Female Rage. La revanche des hystériques dans la pop cultureAuteur.ice.s : Marion OlitéÉditions : LeducDate de parution : 23 avril 2026Genre : Essai Marion Olité, journaliste indépendante spécialisée dans la culture pop et déjà autrice, en 2023, d’un essai analysant la série «...Female rage ou la colère féminine à l'ère de la pop culture