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    Factory 2026 : vitrine du théâtre de demain

    La Plate-forme Factory dont l’objectif est de mettre en lumière, et de soutenir, les compagnies et artistes émergents remporte chaque année un peu plus de succès. A travers des projets parfois surprenants, souvent innovants et prometteurs, il est possible de se faire une idée de ce qui se prépare pour l’avenir.

    Logé au Manège Fonck, à Liège, Factory a la particularité singulière, unique en Belgique, de présenter au public des spectacles en devenir, inachevés ou à peine imaginés. Si l’événement propose un échantillon de ce que sera le théâtre les prochaines saisons, il est aussi un rendez-vous important pour les programmateurs, ils étaient pas moins de 115, un record. La plate-forme Factory permet en effet aux artistes de présenter leur projet en gestation et d’éventuellement séduire producteurs, coproducteurs ou responsables de théâtres prêts à soutenir ou accueillir le spectacle une fois qu’il sera finalisé.

    Cette année, le festival présente cinq étapes de travail et cinq présentations de projets auxquelles s’ajoutent un spectacle fini et une performance. Avec 22 lames de fractures, Sarah et Rachel Brahy poursuivent leur exploration des dynamiques féminines de reconstruction de soi. Inspirée directement de la structure traditionnelle du Tarot et de ses 22 arcanes majeurs (souvent appelés « lames »), cette œuvre créée et conceptualisée à l’origine par Valérie Cordy et AdelAIde est pensée comme un dispositif poétique et politique. Elle utilise la symbolique du tirage de cartes pour interroger et mettre à nu les violences systémiques et les structures sociales qui fabriquent le silence.

    Seul en scène, Et pourtant le soleil se lève aborde un sujet très sensible et personnel qu’est la perte d’un ami, un être cher, mais surtout l’après pour ceux qui restent. Après la disparition d’un ami acteur, Damien Trapletti s’interroge sur ce qui pousse un homme à perdre foi en la vie et, par extension. Son entourage se réunit lors de ses funérailles pour comprendre ce geste. La scénographie assez minimaliste permet de se concentrer sur l’acteur et ce qui se joue entre les différents personnages qu’il incarne.

    © Dominique Houcmant

    Étape de travail, Projet Shadow s’attache au parcours de Steven dans un décor urbain décati. Petit, il faisait toujours le même cauchemar, était harcelé à l’école et dans le bus mais a repris le dessus après des cours de boxe, s’occupait de sa mère malade à côté d’un père alcoolique. Tout se déroule sur un écran par un procédé fascinant qui utilise un rétroprojecteur à l’ancienne, avec des transparents posés sur la vitre, l’ancêtre du PowerPoint en quelque sorte. Bruitages, narration, dans une langue imaginaire, et animations sont réalisées en direct live.

    Thiphaine van der Haegen, agronome de formation est passée ensuite par le Conservatoire de Mons. L’idée première de Qui sème la colère était d’aborder la condition agricole en s’inspirant du roman Les raisins de la colère de John Steinbeck qui raconte la plus grande migration interne américaine en Oklahoma après le krach de 1929. Au gré de ses recherches, la metteuse en scène découvre que, lors d’un dîner, le 5 avril 1938, dans un camp de migrants, Steinbeck a pompé sans vergogne dans les notes de la journaliste Sanora Babb pour rédiger son roman qui obtiendra le Prix Pulitzer tandis que son auteur sera gratifié d’un Prix Nobel de Littérature en 1962. Thiphaine van der Haegen a donc choisi de faire dialoguer les deux romans pour donner de la visibilité à la crise identitaire des agriculteurs tout en se défendant de parler à leur place.

    Dans C’est pour s’en souvenir, la Bretonne Marion Levesque évoque un incident où une petite fille de 7 ans était morte de peur. Elle accompagnait son père dans un bar tabac quand un homme a surgi exigeant un paquet de cigarettes gratuit. Devant le refus du tenancier, il sort un arme et menace de tuer tout le monde et finit par tirer. Aucun témoin, personne n’a rien vu, qui est à blâmer ? La situation est désespérante mais il existe, en Bretagne, un exutoire magique : la gwerz, un chant a cappella qui permet de se rassembler pour inscrire ces histoires dans nos mémoires et les pleurer, transformer ces événements tristes en moments de beauté à partager.

    Dystopie joyeuse, En attendant Dario de Léonard Berthet-Rivière décrit un avenir mystérieux où le théâtre n’existe plus parce qu’il n’est pas essentiel. Trois clowns qui sont, en fait, des scientifiques évoquent cette pratique archaïque et la raniment clandestinement, expérience dangereuse sans dispositif de sécurité, devant des spectateurs involontaires. On abat le quatrième mur, et les trois autres tant qu’à faire, pour tester les reliques d’un auteur ancien. Une présentation hilarante de bon augure pour une production au Théâtre National annoncée pour 2028-2029.

    © Dominique Houcmant

    Plus grave, L’art d’être malade s’articule autour de trois actes dramatiques : la maladie vécue de manière intime, les relations thérapeutiques – aliénantes ou émancipantes – et la maladie dans l’histoire de l’art. Il s’agit de l’épopée, de salle d’attente en salle d’attente, d’Olivia Stainier atteinte d’une maladie auto-immune, l’alopécie universelle. Mêlant textes autobiographiques, théâtre, cirque et projections vidéo, la pièce explore la charge mentale de la santé, comment une femme malade devient un objet. C’est quoi être malade, est-ce que tomber malade donne l’impression de vivre une chute ? Écrite, jouée et mise en scène par Olivia Stainier, la pièce évite toute dramatisation pour permettre de mieux écouter le propos.

    © Dominique Houcmant

    Un homme, une femme, la tension est manifeste à propos d’une visite à une tierce personne, elle. Le titre, Débris d’amour, nous égare et nous amène à penser qu’il s’agit d’un couple au bord de la dispute. Pourtant, ils sont frère et sœur et envisagent de rendre visite à leur mère sur le point de sortir de prison et dont ils sont séparés depuis douze ans. Mais lorsqu’ils arrivent, elle est déjà partie, sans les attendre, l’absence s’ajoute à l’absence pour ces deux qui vivent toujours de foyer en foyer sans endroit où poser leurs affaires. La proximité et la relation sont la matière d’une fiction, d’Angèle Baux Godard et Clément Gœthals, sur ceux qui restent après le fait divers.

    © Dominique Houcmant

    Un homme marche dans la campagne la nuit. Les gens dorment, les chiens aussi. Lucas est attiré par les maisons abandonnées et au gré de ses pérégrinations, il a découvert dans l’une d’elle une liasse de lettres à l’écriture enfantine adressée à son « cher papa ». Celui-ci n’a jamais répondu au fils qu’il a abandonné. La maison abandonnée, de Lucas Meister, traite de l’abandon, of course, des difficiles relations entre un fils qui retrouve son père fantasque, fusil à la main, bottes en caoutchouc, marcel et slip kangourou, parlant un allemand approximatif.

    Citons également Cagole Paradise de Joey Elmaleh et Faustine Boissery, Into Limbo de Marina Yerlès, Megaboite de Lila Leloup et Stronger de Quentin Chaveriat qui flaire bon la testostérone pour compléter le menu d’un événement qui prend, chaque année, plus d’ampleur et atteste de sa pertinence comme vitrine de la création théâtrale en Communauté française.

    Du 7 au 12 septembre, au Manège Fonck.
    Le Pass Factory (16€) est valable tous les jours et donne accès à toute la programmation.
    Programme complet: www.factoryfestival.be

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