Après le succès de Vermines qui l’a propulsé comme la nouvelle hype française du cinéma d’horreur, Sébastien Vaniček s’est attaqué à un monument : la saga Evil Dead. Son petit bébé, Evil Dead Burn, vient de sortir dans les salles pour tout cramer sur son passage. Et après avoir vu le film, nous avons eu l’occasion de nous entretenir avec le réalisateur en toute détente. Interview entre références à la tronçonneuse, filmage de crevettes et hommage à Alain Chabat. C’est parti !

Olivier Eggermont : Alors Sébastien, déjà félicitations pour ce Evil Dead Burn que tu as réalisé. Qu’est-ce que ça fait en tant que réalisateur de s’emparer d’une saga culte comme Evil Dead ? Est-ce que ça apporte une pression ?
Sébastien Vaniček : Je ne vais pas te mentir, j’ai compris le niveau de culte et d’attente de la saga au fur et à mesure que je le faisais. Quand je mets les pieds dedans, je sais que ce sont des films qui sont aimés et respectés, mais que ce soit le Star Wars des films d’horreur, je ne l’avais pas capté. Et donc, du coup, peut-être que ça m’a aidé. Je l’ai fait avec un peu moins de pression. Et à mesure que je finissais le film et qu’on commence à en parler, c’est là que je me suis dit « Ah ! En fait, c’est tout ça. Merde ! » (rires). Et du coup, bon, je ne me suis pas mis de pression particulière par rapport à ça, mais c’est vrai que les fans sont présents.
O.E. : Le premier Evil Dead que tu as vu, c’est celui de 2013, le remake de Fede Alvarez. C’est peut-être aussi celui qui se rapproche le plus de ton film dans le côté violence sans retenue. Est-ce que c’était voulu ?
S.V. : Non, pas de m’approcher de celui de 2013, mais en tout cas, peut-être que mon style s’approche plus d’Alvarez que de Army of Darkness, par exemple. Mais Fede n’a pas mis d’humour dans son film là où j’en ai mis beaucoup. Chacun a fait son truc et peut-être qu’Alvarez était influencé par la french frayeurs (ndlr : une classification qui comprend des films français comme Martyrs de Pascal Laugier, Frontière(s) de Xavier Gens ou À l’Intérieur d’Alexandre Bustillo et Julien Maury) et moi aussi. Mais lui est plus dans le gore que moi, par exemple. Et moi, j’ai plus de têtes sur une table, d’éclatage de trucs. Tu vois ? (rires). Ce sont différents types de brutalité et de violence.
O.E. : Et quand on regarde Vermines et le côté vraiment body horror du film, on se dit, qu’en fait, Evil Dead, c’était un peu la saga qui était faite pour toi.
S.V. : Quand on m’a proposé d’écrire Evil Dead, je me suis dit « Ouais, mais là, ça, c’est un terrain de jeu génial pour moi, faire des trucs avec la caméra, avec les cascadeurs, avec les acteurs, faire des trucs trop extrêmes ». Ça m’a tout de suite parlé. Je me suis tout de suite dit que j’y avais ma place.

O.E. : Comment est-ce qu’on s’approprie une saga comme Evil Dead qui a ses codes obligatoires tout en gardant son indépendance et le projet cinématographique qu’on veut aussi développer ?
S.V. : Il faut bien la comprendre déjà. Il faut les regarder, il faut essayer de tirer autre chose que « Tronçonneuse », « Sang », « Ash Williams » parce que c’est Sam Raimi, tout ça, c’est à lui. Mais les fans, qu’est-ce qu’ils aiment ? Moi, je ne veux pas faire un fan film, ça ils peuvent aller sur YouTube pour le voir. Du coup, je vais essayer de m’approprier cet univers et de faire le film que je veux voir en tant que spectateur. Moi quand je vais au cinéma, je ne suis ni intello ni le contraire, je suis lambda. Et en tant que réalisateur, j’essaie de faire des choses qui me feraient kiffer. Je veux faire plaisir aux spectateurs. Et mon plaisir, il passe aussi par un scénario qui me raconte quelque chose. Je vais en prendre plein la gueule, mais je vais aussi sortir en me disant que l’histoire m’a parlé.
O.E. : D’où aussi le petit clin d’œil qu’on ne va pas spoiler avec la tronçonneuse.
S.V. : Exactement. C’est pour dire que mon Evil Dead il va jouer avec les clichés mais ça va être mon Evil Dead. Et quand j’ai vu la réaction des fans à ce passage, je me suis dit qu’ils sont géniaux parce qu’ils ont adoré qu’on les provoque. Même si évidemment certains vont me détester.
O.E. : Ton cinéma, il est aussi très viscéral. Est-ce que tu as l’impression que faire du cinéma d’horreur, c’est parce que tu as un cinéma viscéral et que c’est ce qui te permet d’avoir le grand champ de liberté possible ?
S.V. : Pas forcément. Je ne suis pas un fan hardcore d’horreur. J’aime ça, mais je ne vais pas tout voir. Il se trouve que là c’est le meilleur terrain de jeu pour faire mes preuves, pour montrer comment je fais du cinéma et comment je tiens ma caméra, comment je fais du son. Ce n’est pas par hasard que beaucoup de réalisateurs commencent par l’horreur. Parce qu’il y a une façon de s’exprimer techniquement qui est géniale et il faut maîtriser beaucoup de choses pour réussir à faire une bonne scène d’horreur, mais c’est comme la comédie, il faut maîtriser le rythme. C’est ça qui me permet aussi de travailler, parce que si demain, j’allais voir les producteurs et les studios avec un drame, je ne sais pas si ce serait aussi facile à financer.

O.E. : Outre les thématiques de la violence conjugale et du deuil, il y a aussi la thématique du feu qui revient. Avec Florent Bernard (ndlr : co-scénariste), est-ce que c’était vraiment quelque chose que vous avez, dès le départ, décidé d’installer de manière centrale ?
S.V. : Oui, d’où le titre Evil Dead Burn qui a tout de suite été là. Le feu était là puisqu’on parlait d’amour et donc du coup, on parlait du feu qui est la passion qui nous fait bouger des montagnes, qui nous rend vivants et qui finit par détruire et ne laisse que des cendres derrière. C’est pour ça que le thème du feu, la neige, les cendres, tout ça est très central. C’est une métaphore qui prend forme physique. Et Evil Dead, ce n’est que ça. Ce n’est que des métaphores qui prennent forme physique. C’est-à-dire que tu n’aimes pas ta belle famille et tu la trouves monstrueuse, ils vont devenir littéralement des monstres. C’est ça qui est trop cool avec Evil Dead.
O.E. : Dans la manière dont tu mets tes plans, il y a quelque chose qu’on a moins l’habitude de voir dans le cinéma d’horreur avec des plans plus longs et parfois l’utilisation du plan-séquence. C’est une volonté de raconter différemment ?
S.V. : Exactement. Mais c’est de la grosse préparation, c’est beaucoup de répétitions, et beaucoup de travail. Tout est une question de rythme. C’est-à-dire qu’un plan long marche parce que juste avant, ça a été très cut. Le cut marche très bien parce qu’avant, il y a eu des plans longs. Tout est une question d’équilibre. Dans Evil Dead Burn, on a un plan-séquence, par exemple qui a été très long à mettre en place. Mais il sert à quelque chose, il a un sens, il n’est pas là juste pour faire joli. Je l’avais déjà au stade du scénario, ce plan. L’idée, c’était de faire un genre de train fantôme où le petit train avance et tout autour, il se passe plein de choses qui interagissent et on a l’impression d’être témoins, d’être plongés au milieu de violences domestiques auxquelles on ne devrait pas assister. Malheureusement, dans certains foyers, des personnes vivent des choses terribles qui s’apparentent à ça.
O.E. : Comme dans Vermines, on rentre dans l’intimité des gens. Après la tour de banlieue, le noyau d’une famille dysfonctionnelle. C’est cette volonté dans ton cinéma de raconter des histoires en partant de la plus petite unité ?
S.V. : Je le fais toujours, même visuellement. J’aime trop filmer des insectes, des crevettes, des choses minuscules et ensuite élargir et essayer de voir plus large. Je le fais avec la voiture à un moment. Il se passe un truc affreux dans une voiture, puis on se retrouve à survoler au-dessus. Les questions d’échelle m’intéressent beaucoup. Comment quelque chose d’affreux qui se passe au sein d’une famille, qui n’intéresse personne à l’échelle mondiale, est affreuse quand on la regarde. C’est terriblement intime et caché. Et parler de ces souffrances-là et de ce malheur-là, comme dans l’amour, puisqu’on parle aussi d’une terrible histoire d’amour, et de ces gens qui souffrent, qui traversent des choses extrêmement durs, je trouve ça intéressant. Mais pour le voir, il faut zoomer. Et c’est ce que je fais avec ce Evil Dead. Et ça dérange le spectateur, ça le choque et c’est l’idée.

O.E. Quelle trajectoire pour un jeune banlieusard qui voulait juste réaliser des films. Maintenant, tu bosses avec Sam Raim. Est-ce que tu réalises tout ça ?
S.V. : Pas trop (rires). Quand on me le dit, je fais « Ah ouais, c’est vrai que c’est pas mal ». Peut-être quand le film sera sorti et que j’aurais pris du recul mais là j’ai tellement la tête dedans. Depuis Vermines, je n’ai pas lâché. J’ai continué sans jamais m’arrêter. Et là, je sais que c’est le moment pour moi de lever le pied, même si je continue de bosser pour des autres projets. Et peut-être que oui, je vais regarder toute cette aventure avec plus de recul.
O.E. : Entre Sam Raimi à la production et Lee Cronin (ndlr : réalisateur de Evil Dead Rise) comme producteur exécutif, il y avait ce côté de filiation quand même entre tous les Evil Dead qui étaient présent.
S.V. : Nous, on voulait de toute manière faire un film qui reconnaisse tous les autres qui ont existé. Et on verra ce que fait le prochain Evil Dead. Ce sont aussi des gens qui ont participé à construire cet univers. C’est important de le reconnaître. Sam Raimi, évidemment avec trois films extraordinaires, mais ensuite, les petites pierres qu’ont apportées Lee Cronin et Fede Alvarez sont très importantes aussi.
O.E. : Pour clôturer, tu t’es fait un petit kiff dans le film avec la présence d’Alain Chabat.
S.V. : Ouais, à cent pour cent (rires). Et en même temps c’est un hommage, de son côté il était honoré d’y être et nous, on était contents de l’avoir pour jouer le père qui est le dernier bout de douceur et d’amour véritable du film avant de rentrer dans l’enfer. Qui mieux que Chabat pour représenter ça ?
Olivier Eggermont
