Les espions d’à côté, courses poursuites et barbecues !

Les espions d’à côté

de Greg Mottola

Comédie, Action

Avec Jon Hamm, Gal Gadot, Zach Galifianakis

Sorti le 21 octobre 2016 aux Etats-Unis

Jeff Gafney (Zach Galifianakis) est un employé des Ressources Humaines effacé. Il mène une vie rangée dans une petite banlieue avec son épouse Karen (Isla Fisher) et ses deux enfants, aime les barbecues entre voisins et est la risée de la plupart de ses collègues. Son existence va se trouver chamboulée lorsque les Jones, un couple jeune, beau et passionnément amoureux s’installe dans la maison voisine : Tim (Jon Hamm) est un journaliste globe trotter qui aime souffler le verre sur son temps libre, Natalie (Gal Gadot) tient un blog culinaire et aide les orphelins du Sri Lanka. Les deux couples vont rapidement se lier d’amitié jusqu’à ce Jeff et Karen découvrent que les Jones sont en réalité des espions.

N’y allons pas par quatre chemins, « Les espions d’à côté » n’est pas un grand spectacle et il va nous falloir recourir au sarcasme pour développer notre propos… D’entrée de jeu, le film s’ouvre sur une séquence d’une originalité rarement vue et indique que nous sommes en présence d’un parangon de la comédie d’action. Alors que Zach Galifianakis nous explique à quel point sa vie est belle et simple, sa maison explose ! Époustouflé par ce procédé de réalisation totalement novateur, le spectateur est alors scotché à son fauteuil, le poil hérissé. Plus rien n’existe alentour, seule compte la quête de vérité, la volonté de trouver la réponse à cette question existentielle : « Pourquoi qu’elle a explosé la maison à Zach !? ». Va ensuite apparaître à l’écran un « Deux semaines plus tôt » indiquant que le montage de Citizen Kane s’est trouvé un opposant de taille et vit ses dernières heures de gloire… Prend ça Robert Wise ! Le reste du film va ainsi développer son propos de manière linéaire jusqu’à en arriver à répondre à cette fameuse question.

Cynisme mis à part, d’un bout à l’autre, le long-métrage ne brille en effet guère par son originalité. Les personnages sont caricaturaux, convenus, les motivations du grand méchant insensées, la réalisation simpliste, le scénario bancal et l’on devine rapidement l’évolution des évènements. On comprend ainsi que si les Jones semblent au premier abord être un couple parfait comparé aux Gafney qui mènent une vie rangée, il n’en est rien. En effet, la grande leçon de vie de ce film est de nous apprendre qu’il est nettement plus glamour de se gratter le ventre avec une spatule dans son hamac que de tuer des vendeurs d’armes au Zimbabwe avant d’honorer sauvagement le corps d’une femme à la plastique parfaite sur le capot d’une Aston Martin ! Les uns en viendront donc rapidement à envier la vie des autres. Jeff Gafney, présenté au début du film comme une sorte de collègue lourdingue et méprisé va vite montrer au monde à quel point il cache en son for intérieur une richesse insoupçonnée et une sensibilité conjuguée d’une force de caractère latente.

Le film va ainsi enchaîner les situations plus ou moins comiques jusqu’à en arriver à cette belle leçon de vie. Néanmoins, si la plupart des blagues tombent à plat, le spectateur se surprendra à rire à plusieurs reprises. Au fond, les scènes d’action n’ont rien d’extraordinaire et l’humour est éculé, mais « Les espions d’à côté » s’avère de temps à autre divertissant. Un divertissement totalement caricatural et oubliable mais tout de même assez drôle pour une soirée en famille. Le plus étonnant est que Zach Galifianakis, d’ordinaire très drôle, ne parvient ici que très rarement à nous arracher un sourire. Il est même tout à fait banal. À croire qu’en perdant ses quelques kilos en trop qui lui donnaient un air bonhomme amusant, il a perdu une partie de son génie comique. Dommage ! Il n’en reste pas moins un excellent acteur et il y a donc lieu de considérer « Les espions d’à côté » comme un film alimentaire dans lequel le comédien fait surtout acte de présence.

Par contre, il est intéressant d’observer la performance de Gal Gadot qui apparaît enfin dans un film où elle prononce plus de trois répliques. Des voix inquiètes s’étaient élevées à l’époque de son casting pour Wonder Woman et « Les espions d’à côté » montre que l’actrice est tout à fait capable d’allier le charme à la parole. Plus encore, celle-ci possède un réel potentiel comique et semble tout à fait à l’aise dans son rôle. Pour les hommes, on appréciera une séquence dans laquelle la belle essaie des petites tenues affriolantes en compagnie d’Isla Fisher…

En bref, « Les espions d’à côté » est un divertissement tout à fait oubliable mais présentant néanmoins l’une ou l’autre séquence amusante. Tous les films n’ont pas à révolutionner le cinéma et c’est finalement ce que semble avoir compris le réalisateur Greg Mottola en livrant un film inoffensif et bon enfant.

Alexandre Alvarez
A propos Alexandre Alvarez 142 Articles
Journaliste du Suricate Magazine