Équateur d’Antonin Varenne

auteur : Antonin Varenne
édition : Albin Michel
sortie : mars 2017
genre : roman

Il n’y a rien de pire que l’errance sans but sauf peut-être errer à travers ses démons et son passé. Pete Fergusson – ou Billy Webb selon ce qu’il souhaite dire de lui – est un voleur, incendiaire et meurtrier en fuite. Il fuit de plus en plus vers le sud, porté par une nécessité absolue de s’éloigner de plus en plus de lui-même et du lieu qui l’a vu grandir. Il cherche l’équateur, son Eldorado, là où  le monde tourne à l’envers et où il pourra rêver sa réalité.

Équateur saisit par son contexte historique en filigrane, peu ouvertement conté mais essentiel  à la compréhension du récit et de la psychologie des personnages. Tout commence au Nebraska en 1871, alors que la guerre civile a laissé des traces profondes dans la terre et dans le cœur des hommes puis de fuite en fuite. L’histoire continue au Guatemala où la guerre civile et la révolution libérale grondent de concert. Pete ou Billy, criminel et chasseur de bisons croise  la route d’hommes de lettres et de politique touchés directement pas le régime du gouverneur Ortiz. Des hommes épris de liberté qui vont faire de Pete un pion central de leur action mortelle et libératrice.

Au creux de cette révolte, Pete rencontre une indienne Xinca Maria, éprise elle aussi de liberté et de justice, attachée à son identité indienne avec la force du désespoir et des causes perdues. Alors qu’il ne cesse depuis le début de détruire et de fuir, il va sauver et affronter.

Équateur c’est un grand roman d’aventure à la narration sinueuse, passant aisément du public historique à l’intime confidentiel. L’histoire est semée de ponctuations  intimes où notre héros  ou contre-héros écrit des lettres aux personnes aimées, proches ou détestées. La typographie changeante, le ton aussi, ouvrent une fenêtre sur un Pete en proie au passé, forcé d’aller vers un futur qu’il ne souhaite peut être pas, qu’il ne connaît pas. Une écriture qui se déploie à l’image des paysages et des personnages qu’elle décrit.

Un roman de la fuite et de la quête qui se finit sur un souffle apaisé, porteur d’une nouvelle histoire qui n’appartient peut être qu’à nos héros.

Elodie Kempenaer
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