Du Collectif Rien de Spécial
Avec Marie Lecomte, Pascale Binnert, Hervé Piron et Joseph Colonna
Les 28 et 29 janvier 2026
Au Théâtre Marni
Les 5 février 2026
A la Maison de la création NOH
Le 7 février 2026
A la Maison poème
Les 9 et 10 février 2026
A La Montagne magique
Les 11 et 12 février 2026
Au Théâtre 140
Dans un monde dominé par l’individualisme, de plus en plus d’initiatives de collaboration horizontale voient le jour. Mais sans intelligence collective, partager un objectif ne suffit pas à l’atteindre. « Des fois, ça fonctionne pas. Des fois, ça fonctionne ».
Le décor a tout d’un chantier qui n’a pas encore beaucoup avancé : des plaques de carton fixées au sol, une bâche en plastique suspendue devant ce qui pourrait être un mur, ou un autre espace,… On frappe à la porte, on entend une voix qui manifestement appelle au téléphone pour qu’on vienne lui ouvrir. Agnès accueille les deux nouveaux venus, Eric et Sacha, qui apprécient le lieu très spacieux même s’il est passablement délabré.
Elle leur donne les clés et les instructions : vérifier qu’il n’y a plus personne avant de partir et fermer les deux portes à clé. D’autres personnes, « ils », occupent une autre partie du bâtiment et ont déjà fixé un certain nombre de règles, parfois pointilleuses voire loufoques: toute communication se déroule en anglais, on ne peut pas pénétrer dans l’espace en chaussures. Des pantoufles, beaucoup de pantoufles de tous styles, sont mises à disposition dans la shoesroom, et les membres du groupe ne se priveront pas d’en changer tout au long de la pièce.
Agnès leur montre également la boîte qui contient l’argent de l’espace prévu pour toutes les dépenses communes. « Comme acheter du café », suggère Sacha. Ce qui pose déjà problème à Eric qui ne boit pas de café. Arrive Sylvie qui, lorsqu’on explique comment allumer ou éteindre la lumière, signale d’emblée qu’elle n’arrivera pas la première et ne partira pas la dernière, préférant « ne pas avoir de responsabilité, au début ».
Maintenant que le groupe est constitué, il faut se retrousser les manches et aménager l’espace. Pour cela, il faut prendre des décisions, collectives, aussi basiques que : « qui fait quoi ? ». S’agissant de gratter le mur du dreamhall, Agnès se propose mais Eric s’obstine à désigner Sylvie qui n’est pas des plus enthousiastes. Face à ce blocage, il est décidé de voter, ce qu’ils n’ont jamais fait, parce que pas nécessaire jusque là. La tentative de vote se solde par un échec et, finalement, c’est la courageuse Agnès qui s’y colle.
Les quatre compères semblent partager un projet, un objectif (dont on ne saura rien) mais le degré de l’implication consentie par chacun des membres du groupe est inégale, totalement déséquilibrée. Malgré la bienveillance général, chaque prise de décision est source de tensions, de discussions stériles, de pinaillages sans fin et d’esquisses de solution par défaut. Ces Pieds Nickelés de l’intelligence collective n’ont absolument pas capté que le travail de groupe impose que chacun laisse une partie de son ego de côté et s’efface devant l’intérêt général.
Le collectif Rien de Spécial décrit avec beaucoup d’humour le fiasco d’un projet collectif miné par d’indécrottables individualismes narcissiques qui viendront à bout – avec d’autres événements extérieurs comme la disparition de certains étages du bâtiment ou la désertion, sans tambour ni trompette, des « ils » énigmatiques – de la motivation et l’énergie du seul moteur réel de la petite communauté. Soulevant les contraintes et les difficultés de l’élaboration et la réalisation d’une entreprise commune, En général, nous sommes d’accord renvoie in fine le spectateur et la spectatrice à ce que serait son propre comportement dans une situation semblable et, plus généralement, dans la vie quotidienne en société.
