
El Jockey
Réalisateur : Luis Ortega
Genre : Comédie, Drame, Policier
Acteurs et actrices : Nahuel Perez Biscayart, Úrsula Corberó, Daniel Giménez Cacho
Nationalités : Argentine, Mexique, Espagne, Danemark, USA
Date de sortie : 28 janvier 2026
El Jockey de Luis Ortega est un film hybride. On peut y voir un pastiche de biopic ou de film noir, une fable initiatique. Ce qui est sûr, c’est qu’on ne s’ennuie pas un instant. On est surpris, terrifié, ému. Un film fou et poétique.
Remo Manfredini est un jockey talentueux et autodestructeur. Abril, jockey elle aussi, enceinte de Remo, choisit de se sauver de leur relation toxique, ce qui lance Remo dans une fuite effrénée de ses démons, dont Sirena, homme d’affaires véreux à qui il doit la vie.
On pense à Lynch, au cinéma muet, à Buster Keaton. Le grotesque n’est jamais loin, mais la poésie qui traverse le film confirme la sincérité de son geste. La bande-son pop des années 80, frénétique, accompagne les corps et propulse la poursuite.
Le film prend vite la forme d’un conte flottant où l’identité se transforme. On pense à Orlando de Virginia Woolf : un récit où les métamorphoses ne sont pas expliquées mais vécues. Dolores devient un espace de liberté : se débarrasser des démons, accepter la perte, laisser une part de soi mourir pour que la vraie puisse respirer.
Nahuel Pérez Biscayart traverse El Jockey comme une apparition. Corps malléable, présence insaisissable, il semble toujours en train de disparaître sauf quand il explose. Soudain Remo n’est pas un personnage, mais une figure : un être poursuivi par ses démons, par la fatigue d’exister, par l’appel de la mort. Et quand enfin elle se trouve, Dolores est confiante.
Quant à Úrsula Corberó, elle impose une présence fascinante. Abril capte le regard sans chercher l’effet, incarnant à la fois un désir et une exigence, face auxquels Remo vacille. Puis c’est son tour de vaciller face à Dolores.
Le symbolisme d’Ortega n’est jamais naïf. La mort rôde, et lorsque la renaissance semble possible, elle se déplace, dans la transmission, dans le corps d’une autre. Pour qu’Abril l’aime à nouveau, Remo devra « mourir et renaître ».
Il y a dans El Jockey une légèreté rare, comme si le film se construisait en s’autorisant à ne pas maîtriser. Et puis il y a cette scène de danse, très tôt dans le film : étrange et belle, d’un impact immédiat. Un instant qui marque, qui rappelle pourquoi le cinéma peut encore agir sur les corps et le temps.
