D’une vie à l’autre de Georg Maas

d une vie a l autre affiche

D’une vie à l’autre

de Georg Maas

Drame

Avec Juliane Köhler, Liv Ullmann, Sven Nordin, Ken Duken, Julia Bache-Wiig

Sorti le 11 juin 2014

Critique :

Europe 1990, le mur de Berlin est tombé. Katrine a grandi en Allemagne de l’Est, et vit en Norvège depuis 20 ans. Elle est le fruit d’une relation entre une norvégienne et un soldat allemand pendant la Seconde Guerre Mondiale. À sa naissance, elle a été placée dans un orphelinat réservé aux enfants aryens. Elle parvient à s’échapper de la RDA des années plus tard pour rejoindre sa mère. Mais, quand un avocat lui demande de témoigner dans un procès contre l’Etat norvégien au nom de ces «enfants de la honte», curieusement, elle refuse.

Le réalisateur allemand Georg Maas fait resurgir plusieurs pages sombres de l’histoire allemande en adaptant très librement le livre de Hannelore Hippe.

Son film revient sur les sinistres « lebensborn » (source de vie) lancés à l’initiative de Himmler pour augmenter le taux de naissance d’enfants aryens. À l’origine, ces maternités particulières permettaient à des filles-mères possédant de bonnes « qualités raciales » d’accoucher anonymement. Certaines mères ne revirent jamais leur enfant que la SS leur arracha puisqu’elle en assurait la charge et l’adoption. Suite à diverses recherches qui se révélèrent infructueuses, bon nombre de familles n’ont jamais pu être recomposées.

À travers la vie d’une famille norvégienne aux origines troubles, Georg Maas incise le temps à trois périodes clés de l’histoire allemande et fait, peu à peu, remonter à la surface de lourds secrets dévoilant le rôle de la STASI (les services secrets de la RDA) dans le destin des enfants de la honte.

Au-delà de son ancrage historique, D’une vie à l’autre est aussi l’exploration psychologique d’un séisme familial. Liv Ullmann (légendaire égérie d’Ingmar Bergman) et Juliane Köhler, mère et fille à l’écran, s’en sortent plus qu’honorablement dans leur rôle respectif. Les deux femmes donnent la réplique à Ken Duken (Inglourious Basterds) qui campe un avocat suspicieux.

Si le film de Georg Maas creuse habilement l’aspect documentaire et parvient à maintenir un suspense tout au fil de l’histoire, il fait, par contre, preuve de faiblesse dans la mise en scène qui manque cruellement de relief.

Afin de marquer les différents moments de l’histoire en marche, le réalisateur allemand a travaillé les contrastes en optant, pour la période contemporaine, pour des tons froids gris et bleutés, et en multipliant les chromos vintage à gros grain sépia pour les événements se déroulant avant la chute du mur de Berlin. Cette utilisation excessive de contrastes risquera d’en irriter plus d’un.

En se faisant écho, entre autres, de l’époque occulte de la RDA, D’une vie à l’autre nous fait inévitablement entrer en résonance avec le film allemand, oscarisé en 2007, La vie des autres mais il est malheureusement plus imparfait et moins touchant. Il n’en reste pas moins un film hautement recommandable sur un sujet encore trop peu connu.

Marie-Laure Soetaert
A propos Marie-Laure Soetaert 129 Articles
Journaliste du Suricate Magazine

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