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    Dracula : la dernière réalisation de Mel Brooks

    Il y a 30 ans, lors de la deuxième semaine d’avril 1996, sort Dracula, mort et heureux de l’être de Mel Brooks. Pour le Roi de la parodie, c’est son dernier film en tant que réalisateur mais pas la fin de sa carrière !

    Le choix de ce film n’a pas été fait pour partager une foule d’anecdotes dessus (il y en a peu) mais plutôt pour profiter de l’occasion pour surtout évoquer son réalisateur : Mel Brooks, un artiste qui s’est donné la mission de nous faire rire depuis plus de 70 ans !

    Déjà tout jeune, sur les bords de la piscine de l’hôtel où il est animateur, il ne peut s’empêcher de divertir les clients avec ses pitreries. Il y fait aussi une rencontre qui sera importante par la suite, celle de Sid Caesar, de 4 ans son aîné, qu’il retrouvera plus tard à la télé. Mais avant d’en arriver là, Mel doit gagner sa vie dans une Amérique qui subit encore les effets de la crise économique des années 30 et décide d’être musicien ! 

    Mel Brooks en 1944

    C’est d’ailleurs lors d’un contrat, à 16 ans, qu’il décide de changer de nom car son patronyme, Kaminski, porte à confusion par rapport au trompettiste Max Kaminski. Il décide alors de s’inspirer du nom de sa mère, Brookman, et devient Mel Brooks. C’est aussi à cette période, que l’humour revient le titiller, le jour où il doit remplacer un maître de cérémonie malade. Mais ce n’était pas encore le moment… nous sommes en 1942 et les Etats-Unis entrent en guerre.

    Mel Brooks durant la Seconde Guerre mondiale

    Deux ans plus tard, son diplôme en poche, il a l’âge de partir à l’armée et au vu de ses bons résultats, il est envoyé dans un programme de formation spécialisée pour le génie militaire. Il part ensuite en Europe où il participe à la Bataille des Ardennes et à l’avancée des Alliés en Allemagne. Malgré qu’il ne soit pas en première ligne, il voit la mort et la désolation que cause la guerre, ce qui le marque pour la vie. Malgré tout, il ne quitte jamais son envie de se donner en spectacle et à la fin de la guerre en Europe, il s’engage dans les Services Spéciaux qui ont pour missions les services récréatifs de l’armée et d’information destinés à maintenir le moral des troupes. Ça y est, il est de nouveau rattrapé par l’humour. 

    Démobilisé, il accepte d’abord un métier trouvé par sa mère dans un chantier naval de Brooklyn mais il déserte vite ce boulot pour renouer avec la musique. Dans les clubs, il finit par remplacer un humoriste malade et se lance dans le stand up, rejoint ponctuellement des troupes de théâtre et travaille aussi pour la radio. En 1949, il réussit à renouer contact avec son ami de jeunesse, Sid Caesar qui est devenu un humoriste en vogue à la télé, et arrive à décrocher un boulot à ses côtés. S’il travaille plusieurs années avec lui, la collaboration tourne au vinaigre et il finit par partir avec un autre co-auteur, Carl Reiner avec qui il créera des sketchs où Reiner jouera un intervieweur et Mel Brooks, un personnage déjanté. Un de ses sketchs, reprenant l’histoire d’un homme vieux de 2000 ans qui les fera connaître du grand public et la vente des disques de ce sketch lui permettra de subvenir à ses besoins jusqu’à ses premiers succès. 

    Les Producteurs de Mel Brooks

    Le moment déclencheur de la carrière de Mel Brooks est sûrement le court-métrage, The Critic qu’il crée en 1963 avec Ernest Pintoff à la réalisation. Le film remporte l’Oscar du meilleur court-métrage d’animation. Il crée ensuite, avec Buck Henry, la série comique Max la Menace mettant en scène un espion maladroit, inspiré de James Bond, ce qui annonce déjà son appétit pour la parodie. Il déclare à l’époque : “J’en avais assez de ces sitcoms bien-pensantes, elles déformaient la réalité. Je voulais faire quelque chose de complètement loufoque sur autre chose que la famille. Personne n’avait jamais créé de séries sur un idiot, j’ai décidé d’être le premier”. La série gagne un paquet d’Emmy Awards (les prix de la télé) et tout le monde attend son projet suivant. Mel Brook pense à une idée étrange : une comédie musicale sur Hitler. Cette idée deviendra alors un roman, une pièce de théâtre et enfin un film, son premier, qu’il réalisera en 1968 : Les Producteurs. Si ce film fait peur à cause d’une possible polémique, il finit quand même par être distribué de manière indépendante, obtenir l’Oscar du meilleur scénario original et devient petit à petit culte. A l’époque, une rencontre aurait eu lieu entre Mel Brook, sa femme et une inconnue dans un ascenseur qui lui aurait dit que son film était vulgaire. Avec bienveillance, il lui aurait répondu : “Il est bien au-delà de la vulgarité”

    Sa carrière est alors lancée, que ce soit au théâtre ou au cinéma. Et avec son film suivant, Le Shérif est en prison, il va, cette fois, connaître le succès au box-office. Son film suivant, Frankenstein Junior est aussi un succès et cette fois, aussi après de la critique. Mel Brook a trouvé son créneau dans la comédie : la parodie. Se suivront alors : La Dernière folie de Mel Brooks (sur le cinéma muet) ; Le Grand frisson (sur les films à suspense, entre autres ceux d’Alfred Hitchcock) ; La Folle Histoire du monde (sur l’histoire de l’humanité) ; et La Folle Histoire de l’espace (sur les films de science-fiction et surtout Star Wars). Dans le même temps, il devient aussi producteur pour ses films mais aussi pour d’autres et produira entre autres des films comme Elephant Man de David Lynch ou La Mouche de David Cronenberg.

    Au début des années 90, il tente alors de sortir de ce registre avec Chienne de vie, un film sur un riche et arrogant promoteur immobilier à qui on lance le pari de vivre 30 jours dans des quartiers miséreux sans argent, sans papier et sans aide extérieure. Mais si le film est plutôt bon, il est un échec commercial et oblige Mel Brook à revenir à son genre de prédilection. Cela tombe bien, à Hollywood, vient de sortir une nouvelle adaptation de Robin des Bois avec Kevin Costner et c’est l’idée parfaite pour une nouvelle parodie. En 1993 sort Sacré Robin des Bois, avec lequel il renoue avec le succès. Entre-temps, une autre sortie a fait parler d’elle : l’adaptation de Dracula par Francis Ford Coppola. Une occasion rêvée pour Mel Brooks de parodier un autre style de cinéma. 

    En plus d’être d’actualité, c’est aussi l’opportunité parfaite pour travailler avec l’acteur qui est devenu ces dernières années, le symbole du film parodie : Leslie Nielsen (Les Y a-t-il un pilote dans l’avion… ou les Y a-t-il un flic…). Brooks le trouve parfait pour jouer ce rôle de vampire, il a ce mélange parfait de classe, de charme, de sagesse, de maturité mais aussi de maladresse et de vulnérabilité pour interpréter le Dracula qu’il a dans la tête.

     

    Megan Cavanagh, Carry Elwes et Amy Yasbeck dans Sacré Robin des Bois

    Le casting s’étoffe aussi avec la venue de Peter MacNicol, déjà repéré par le grand public pour son rôle dans SOS Fantômes 2 où il est déjà le serviteur du grand méchant. Si dans Sacré Robin des Bois, il n’a qu’un rôle mineur, Mel Brooks se redonne, cette fois, un rôle plus conséquent, celui de Van Helsing, le scientifique qui devient chasseur de vampires. On retrouve du même film, Amy Yasbeck, qui joue à nouveau le rôle principal féminin après avoir interprété Marianne. Mais elle n’est pas la seule à revenir, on y voit aussi Matthew Porretta (Will Scarlett O’Hara) faire une apparition, tout comme Mark Blankfield (le serviteur Mirette). Mais, celle dont on se souvient le plus, c’est sûrement le rôle de servante d’Amy Yasbeck, que tient Megan Cavanagh dans les deux films. Cette actrice a une tronche mémorable et elle sait la mettre à profit pour des rôles marquants. On l’avait déjà vue dans Une équipe hors du commun de Penny Marshall en joueuse de baseball timide et on la reverra aussi dans un épisode de Friends. Mais c’est aussi une actrice investie dans le monde théâtral et dans les causes LGBT. 

    Frankenstein Junior

    Il est temps alors de commencer la production du film. Au départ, Mel Brooks voit ce film comme un prolongement de l’autre parodie de film horrifique qu’il a réalisé : Frankenstein Junior et veut utiliser à nouveau le noir et blanc, qui permettait de rendre hommage aux vieux films. Mais les adaptations célèbres de Dracula, que ça soit à la Hammer ou celle de Coppola, sont en couleurs et cette possibilité est annulée. Le tournage peut alors commencer et, si on en croit certains comédiens, l’ambiance était plutôt à la franche rigolade. 

    Peter MacNicol dans Dracula, mort et heureux de l’être

    Leslie Nielsen en parlera dans ces termes : « Je m’amuse comme un fou. Je me lève tôt pour arriver tôt au travail et commencer à rire plus tôt, car je passe des moments formidables. C’est un vrai plaisir d’être ici et de faire ces choses merveilleuses et amusantes avec une équipe formidable. Et savoir que je viens ici pour travailler avec Mel Brooks ! En plus d’être incroyablement talentueux, doué et drôle, c’est un homme très doux, attentionné et encourageant. Il est génial ». Peter MacNicol ne dit pas autre chose : « J’avais entendu parler du rôle de Renfield. Je ne sais pas pourquoi on a pensé que je devrais tenter ma chance ; j’aurais dû me sentir insulté. Mais non, je ne pouvais pas laisser passer cette opportunité. Et puis, vous savez, Dracula était un vrai régal ». 

    Le casting de Dracula, mort et heure de l’être

    Malheureusement, à sa sortie, l’enthousiasme n’est plus de mise. Si certains critiques ont apprécié l’hommage aux films de vampires ou le mettent parfois à égalité avec Le Bal des vampires de Roman Polanski (dont il parodie la scène de bal avec les miroirs), c’est un échec au box-office. Ce n’est que bien des années plus tard, qu’il sera réévalué et qu’il a trouvé un public qui lui accorde plus de valeur. Et sur certains points, ils ont raison : le film n’a pas mal vieilli, il est plutôt bien fichu et Leslie Nielsen était évidemment impeccable. Mais en regardant à nouveau le film pour cette chronique, on a peut-être trouvé le plus gros souci du film : cela a beau être un film parodique, on est très loin de ce que Mel Brook avait pour habitude d’offrir à son public et les gags ne s’enchaînent pas autant que dans Sacré Robin des Bois, sorti deux ans plus tôt. 

    Vlad dans Hôtel Transylvania

    A presque 70 ans, Mel Brooks semble avoir douté, après cet échec, sur sa capacité à trouver la bonne recette pour le public des années 90. Cela sera d’ailleurs son dernier film en tant que réalisateur. Mais contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce n’était pas la fin de sa carrière ! Après un moment de pause, on le retrouve du côté de Broadway où il crée les comédies musicales inspirées de ses films Les Producteurs et Frankenstein Junior. Il travaille aussi sur une série d’animation basée sur La Folle Histoire de l’espace. L’animation semble beaucoup l’attirer car il fera des voix dans plusieurs films de ce type : un inventeur dans Robots en 2005, Albert Einstein dans M. Peabody et Sherman en 2014, Melephant Brooks (un jouet éléphant inspiré de son nom et du film Elephant Man qu’il a produit) dans Toy Story 4 en 2019 mais surtout, la voix du père de Dracula, Vlad, dans Hôtel Transylvanie 2 et 3 en 2015 et en 2019. Il joue aussi, souvent comme invité de luxe, dans plusieurs séries télés.

    Les Producteurs, la comédie musicale

    A la fin des années 90 et au début des années 2000, il en profite aussi pour devenir l’une des rares personnalités à obtenir l’EGOT, un acronyme reprenant les quatre plus gros prix américains du divertissement pour la musique, le cinéma, le théâtre et la télévision. On y retrouve des artistes connus comme Audrey Hepburn, Whoopi Goldberg, Elton John ou encore Steven Spielberg. S’il a déjà eu un Emmy en 1967 pour son écriture dans l’émission de Sid Caesar, il en obtient trois de plus en 97, 98 et 99 comme meilleur acteur invité sur la série Mad About You. De même, s’il a déjà obtenu un Oscar pour le scénario des Producteurs, il recevra un Oscar d’honneur pour sa carrière en 2024. Du côté des Grammy, il l’obtient une première fois en 1999 pour l’enregistrement du vieux sketch des années 60 qu’il faisait avec Carl Reiner et remit au goût du jour, l’homme vieux de 2000 ans mais cette fois, dans les années 2000. Il en obtiendra deux autres en 2002 pour l’album et le clip issu de la comédie musicale inspirée du film Les Producteurs. Et c’est encore grâce à ces Producteurs qu’il gagnera trois Tony Awards pour son travail sur cette adaptation à Broadway : meilleure comédie musicale, meilleure partition originale et meilleur livret de comédie musicale. 

    Et il ne semble pas prêt de vouloir s’arrêter. En 2021, à 95 ans, il annonce qu’il travaille sur une suite à La Folle Histoire du monde qui prendra le format d’une mini-série de 8 épisodes de 30 minutes. Elle sort en 2023, Mel Brook a 97 ans et cumule les postes de scénariste et producteur et se charge aussi de la voix du narrateur. Ce qui est dingue, c’est que ce n’est pas tout ! En 2025, il a annoncé travailler cette fois sur une suite à La Folle Histoire de l’espace ainsi qu’un projet de série pour Frankenstein Junior. Si on n’a pas de nouvelles, à l’heure actuelle, de la série, on en a de son projet de film où il est à nouveau scénariste, producteur et acteur. Il a même réussi à faire revenir Rick Moranis au cinéma alors qu’il n’a plus tourné depuis 30 ans. Les prises de vues ont commencé en décembre 2025 et le film est prévu pour 2027. Mel Brooks aura alors 101 ans et semble être toujours bon pied bon œil. Est-ce que l’on doit s’attendre à de suites de Sacré Robin des Bois en 2029 et de Dracula en 2031 ?

    Loïc Smars
    Loïc Smarshttp://www.lesuricate.org
    Fondateur, rédacteur en chef et responsable scènes du Suricate Magazine

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