Django, l’exil d’un « guitar hero »

Django

d’Etienne Comar

Biopic

Avec Reda Kateb, Cécile de France, Beata Palya

Sorti le 10 mai 2017

En 1943, pendant l’occupation allemande, Django Reinhardt (Reda Kateb), véritable « guitare héros », est au sommet de son art et fait « swinguer » le Tout Paris. Lorsque la propagande allemande veut l’envoyer à Berlin pour une série de concerts, Tzigane, il sent le danger et décide de partir en Suisse pour fuir la persécution, aidé par une de ses maîtresses, Louise de Klerk (Cécile de France). Pour passer, il se rend à Thonon-les-Bains, avec sa famille. Mais l’évasion est plus compliquée que prévue.

Django Reinhardt, premier «guitar hero» et figure marquante du jazz, à la vie extraordinairement riche, est sans conteste un personnage éminemment cinématographique. Depuis sa naissance, en Belgique, jusqu’à sa mort prématurée, à Paris, sa vie est jonchée de pérégrinations : l’incendie de sa roulotte qui le pousse à apprendre la guitare ou à la découverte du Jazz dans les années 30 qui sonne comme une épiphanie à ses oreilles. Autant de moments de vie qui rendraient un « biopic » riche et haletant.

Adaptation du roman Folles de Django d’Alexis Salatko, on ne peut pas en vouloir à Etienne Comar de focaliser le récit sur un des épisodes de l’existence de Django Reinhardt, celui où, en 1943, l’artiste fuit Paris et le S.T.O. pour tenter de passer en Suisse. Même si l’auteur s’autorise une libre interprétation de cette tranche de vie, le vrai problème de ce film est bien son scénario. Malgré une scène d’introduction assez énigmatique et une première séquence musicale de bonne qualité, une fois de plus le cinéma dit « d’auteur » prend un malin plaisir à éluder tout ce qu’il pourrait y avoir de divertissant dans une histoire. Comme obnubilé par les interactions humaines, le film s’empâte dans une série de scènes aux dialogues indigents et dont les situations manquent totalement de relief. Et, quand au bout de trois-quarts d’heure de film, on nous embarque enfin dans une réelle aventure, la grosseur des ficelles dramatiques et l’exagération des situations fait tomber l’histoire dans une dimension plutôt ridicule, digne de Papy fait de la résistance de Jean-Marie Poiret, l’humour en moins.

Le rapport entre les protagonistes aussi est peu crédible et le jeu de Reda Kateb et Cécile de France, du niveau d’un spectacle de fin d’année de collège, nous livre des personnages désincarnés et parfois anachroniques : Django a régulièrement des intonations banlieusardes des années 90, ce qui ne renforce pas la crédibilité du personnage. Ces derniers sont peu aidés, il faut le reconnaître, par la mise en scène et les dialogues.

Enfin, il est à regretter que la musique soit aussi peu présente. Une longue scène au début puis plus rien pendant trente minutes ! Le réalisateur passe aussi à côté de son fil rouge, « le requiem pour mes frères Tziganes », oeuvre perdue et interprétée une seule fois après la libération. L’auteur le traite sans conviction, mettant en avant d’autres histoires plus anecdotiques et sans grand intérêt dans ce qu’il dit vouloir dénoncer. Au bout du compte, on élude en partie la persécution des Tziganes et on se concentre sur la personne de Django, dont il fait une sorte de patriarche tzigane aveuglé par la gloire et qui – par miracle – retrouve la vue lorsqu’on veut l’obliger à jouer en Allemagne. On trouve alors un peu bizarre que l’on est face un film militant, alors que le récit s’attache assez peu au martyr de ses « frères tziganes ».

Malgré – et heureusement !!! – une partition musical assez intéressante, Django est un film raté, passant à côté de ses deux sujets : la persécution des tziganes, parfois oubliée par l’Histoire, et la vie de Django Reinhardt, riche et rebondissante. Ici, le personnage est éteint, caricatural et insipide et le scénario est ennuyant puis ridicule. On conseillera donc au spectateur de revoir plutôt les films de Tony Gatlif : Liberté, pour la persécution des Tziganes et Swing, pour le Jazz manouche.

Bruno Pons
A propos Bruno Pons 45 Articles
Journaliste du Suricate Magazine