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    Delta Force : un nanar de la Cannon avec Chuck Norris

    Il y a 30 ans, lors de la troisième semaine d’avril 1996, sort Delta Force de Menahem Golan, un pur nanar de la Cannon qui a connu un grand succès à son époque. 

    Le but n’est pas de se mettre à dos tous les nostalgiques des films d’action des années 80 mais il faut avouer que le temps ne joue pas en leur faveur et celui-ci ne fait pas partie du haut du panier. Chuck Norris, malgré sa popularité suite aux Chuck Norris Facts lui donnant à chaque fois des pouvoirs surhumains, n’a pas le charisme des autres vedettes de ces films d’action de l’époque où le héros est invincible. Si Commando (dont on a parlé en février) frôle aussi avec le nanar, la présence à l’écran d’Arnold Schwarzenegger ne laisse pas indifférent même si son jeu n’est pas parfait. Même chose pour Sylvester Stallone qui sort aussi, plus ou moins au même moment, Rambo 2, une suite bien musclée aux antipodes du premier volet de la saga qui tirait plutôt vers le drame sur les effets du stress post-traumatique. 

    Yoram Globus et Menahem Golan

    Le lien n’est d’ailleurs pas si éloigné, car le scénario de Rambo 2, écrit par James Cameron (oui le futur réalisateur de Titanic et d’Avatar) avait beaucoup circulé à Hollywood et semble avoir beaucoup inspiré le film précédent de héros américain interprété par Chuck Norris : Portés disparus. Un film déjà produit par un fameux studio de cinéma qui a marqué son époque : la Cannon Group, qui a été rachetée à la fin des années 70 par les cousins israéliens Yoram Globus et Menahem Golan, le futur réalisateur de ce Delta Force

    La Cannon Group, pour ceux qui ont eu la chance d’oublier son existence, est un studio à la base créé par deux Américains afin de faire des films à petit budget spécialisés dans le marché d’exploitation, principalement de sexploitation (ces films où on évoque du sexe et où on met des nanas à poil gratuitement, juste pour exciter le spectateur). Après des ennuis financiers, ils sont rachetés par les cousins israéliens en 1979. Ils vont alors changer la face de ce studio en se spécialisant dans les séries B d’action avec des acteurs sur le retour. Ils sont connus au début pour avoir récupéré les droits pour une franchise basée sur le film Un justicier dans la ville avec Charles Bronson, l’acteur voyant sa carrière s’éroder depuis un moment. Ils décident alors de se spécialiser dans ce type de film à faible budget, surfant sur la réussite des autres. On retrouvera par exemple un quatrième volet à Superman, les films d’aventure d’Allan Quatermain ou on leur doit aussi la popularité sur le marché vidéo des films de ninja. Si la plupart des films n’ont qu’à vocation d’être rentable, ils trouveront quand même certains succès réels comme par exemple Cobra avec Sylvester Stallone, Highlander (qu’on a déjà évoqué au mois de mars) avec Christophe Lambert mais aussi, et plus étonnant, Delta Force avec Chuck Norris.

    Chuck, après avoir été révélé grâce à ses capacités en karaté face à Bruce Lee, peine à démarrer sa carrière. Il est alors repéré par les patrons de la Cannon qui vont en faire un pur produit américain de son époque qui cherche des héros balèzes et invincibles. On le retrouvera dans des chefs-d’œuvre tels que la saga Portés Disparus, Invasion USA ou Delta Force. Ce pur produit marketing aurait pu disparaître avec la fin de la Cannon Group de Globus et Golan mais la MGM qui a tout racheté tente d’exploiter le filon avec une série télé inspirée d’un film policier avec Norris, Oeil pour Oeil, où il jouait un officier des Texas Ranger. La série mythique Walker, Texas Ranger était lancée et allait durer 9 saisons ! 

    Chuck Norris et Lee Marvin

    Mais revenons à Delta Force. Au départ, c’est un projet qui est annoncé en 1985 avec à la réalisation Joseph Zito, le réalisateur de Portés disparus et Invasion USA. Le film mettra en vedette les deux vedettes de la Cannon : Chuck Norris et Charles Bronson. Mais le film traite d’un sujet récent de l’actualité : le détournement du Vol TWA 847 par l’Organisation des Opprimés de la Terre réclamant la libération de 776 prisonniers chiites détenus en Israël. Et vu que le sujet du film parle de son pays, Menahem Golan décide alors de se charger de la réalisation. Dans le même temps, Charles Bronson se retire du projet pour se consacrer au téléfilm Act of Vengeance. Il est remplacé par Lee Marvin, autre visage connu des films de guerre et des westerns des années 60 et 70 et qui a déjà croisé Bronson dans Les Douze Salopards en 1967. Ce film sera aussi le dernier qu’il tournera avant son décès en 1987. 

    Pour compléter le casting, d’anciens visages connus des décennies précédentes sont aussi présents. On retrouve par exemple George Kennedy, un acteur abonné aux films catastrophes des années 70 et qui jouera ensuite le collègue de Franck Drebin dans les Y a-t-il un flic. On retrouve aussi Robert Vaughn dans le rôle d’un officier de l’armée, surtout connu pour ses rôles à la télé dans Des agents très spéciaux ou L’agence tous risques. Sa présence est assez cocasse dans ce film plutôt estampillé “républicain” (Chuck Norris ne s’est jamais caché de soutenir les républicains) alors qu’il fait partie du Parti démocrate et qu’il a même été un temps envisagé pour se présenter contre Ronald Reagan, président républicain à l’époque de la sortie du film. Du côté féminin, on a deux actrices qui semblent s’être perdues dans le films pour des raisons financières. D’abord Shelley Winters, une ancienne star oscarisée dont la carrière s’est essoufflée et Hanna Schygulla, une actrice allemande connue pour ses rôles chez Rainer Werner Fassbinder qui semble d’être perdue dans un film d’action. Enfin, pour l’anecdote, on peut mentionner aussi des acteurs qui débutent dans ce film : Kevin Dillon (Platoon), Mykelti Williamson (Bubba dans Forrest Gump) ou un tout jeune Liam Neeson. Tout ce beau monde donnera une réaction étonnamment réaliste du réalisateur, Menahem Golan : “C’est la première fois que Chuck Norris travaille avec un ensemble d’acteurs de premier ordre !”

    L’équipe complète, il faut maintenant se mettre à tourner et sans surprise, la plupart des scènes sont tournées en Israël. Car le réalisateur/propriétaire de la Cannon Group va faire de Delta Force, un film de propagande sur les bienfaits de la politique américano-israélienne. Sa manière d’insister sur la grande méchanceté des terroristes arabes et l’utilisation de la Shoah comme malheur supplémentaires aux otages juifs, rend le film d’autant plus nanardesque. Le point d’orgue de cette propagande ratée est peut-être le personnage de l’hôtesse de l’air allemande qui ne veut pas obéir aux terroristes car elle veut se faire pardonner des malheurs causés par son peuple sur les juifs durant la Seconde Guerre mondiale. 

    Robert Forster

    A sa sortie, le public, avide de ce genre de films bien bourrins, en fait un succès. Mais du côté des critiques, beaucoup le méprisent et voient déjà le côté nanardesque du projet. Il faut dire qu’hormis Robert Forster qui semble tout donner pour incarner un méchant crédible et Chuck Norris qui semble convaincu d’être le héros du film qu’il est censé jouer, il n’y a pas grand chose à sauver. 

    En revoyant ce film pour cette chronique, on a du mal à comprendre ce que le public lui a trouvé. Tout d’abord, dans la première partie (la meilleure), on a plutôt droit à un film catastrophe et Chuck Norris est absent à l’écran. Il faut attendre près d’une heure de film avant de le voir débarquer et sauver tout le monde presque tout seul, alors que l’équipe de la Delta Force est composée de dizaines de gars. N’étant jamais caractérisés – seuls Norris et Lee Marvin sont importants – on s’en fout un peu de leur présence. Et cette deuxième partie, c’est la foire au boudin : Chuck Norris qui dit répliques idiotes, Chuck Norris qui tente de faire l’acteur, Chuck Norris qui tire à tout va sans recharger, Chuck Norris qui conduit une moto avec des roquettes sur le guidon (pour ceux qui nous lisent, je vous laisse admirer l’image à la une qui montre la qualité de cette magnifique moto !), Chuck Norris qui essaye de jouer l’émotion après la mort d’un de ses collègues, etc.

    Chuck Norris dans Delta Force 2

    Mais comme on a dit, le public s’est déplacé pour aller le voir et quand la MGM récupère la Cannon, ils ont la bonne idée de mettre en chantier une suite, 5 ans plus tard. Elle sera cette fois réalisée par Aaron Norris, le frère de l’acteur. Chuck s’attaque cette fois aux trafiquants de drogue et ambitionne d’être à nouveau le sauveur de l’Amérique. Heureusement, le film est encore pire et le public ne s’est pas laissé abuser cette fois. Un troisième volet verra le jour l’année suivante mais ce n’est qu’une grosse blague où l’acteur culte ne figure même pas (mais son fils, Mike Norris, oui !). En 2007, une comédie faiblarde est sortie : Delta Farce, un titre parodiant Delta Force et l’image de l’affiche, un casque parodiant Full Metal Jacket

    Finalement, Delta Force est à l’image de son studio, la Cannon Group. Si le succès a été au rendez-vous à un moment, cela n’a pas duré. Le film est devenu un gros nanar à la propagande ridicule alors que le studio, frôlant longtemps avec les limites de l’arnaque, a fini par disparaître après 10 ans d’existence.

    Loïc Smars
    Loïc Smarshttp://www.lesuricate.org
    Fondateur, rédacteur en chef et responsable scènes du Suricate Magazine

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