Death Wish, le justicier de l’ennui

Death Wish

d’Eli Roth

Action, Drame 

Avec Bruce Willis, Vincent D’onofrio, Elisabeth Sue

Sorti le 9 mai 2018

Suite à un cambriolage ayant mal tourné, un chirurgien décide de venger la mort de sa femme et l’agression de sa fille.

Tout semblait on ne peut mieux parti pour Death Wish, remake du trop sous-estimé Un justicier dans la ville (Michael Winner, 1974), lui-même adapté d’un roman de Brian Garfield. Tout d’abord, nous devons la réalisation à Eli Roth qui enchaîne depuis Cabin Fever un bon film et un film moyen avec la régularité d’un métronome (le très recommandable Hostel, puis sa suite quelque peu décevante, l’enthousiasmant Green Inferno suivi d’un Knock Knock assez mou…). Nous étions donc en droit d’attendre beaucoup de son nouveau projet, d’autant que l’on en doit le scénario à Joe Carnahan, réalisateur doué, mais surtout auteur du très solide polar Narc. Après jugement sur pièce, force est de constater que le résultat s’avère en demi-teinte.

Outre Bruce Willis qu’on a connu plus inspiré, la faute incombe surtout à un scénario au rythme pas toujours très bien géré. Il reprend des détails d’Un justicier dans la ville (jusque dans la réalisation, qui en recrée un plan iconique) et du livre, et y incorpore de nouveaux éléments, sans toutefois réussir à trouver sa voie.

Tout le sel du roman, mais également du long-métrage de Michael Winner, réside dans le fait que le personnage principal (Benjamin dans le livre, Kersey dans le film) ne cherche pas à se venger personnellement. Sachant qu’il ne pourra jamais retrouver les responsables de l’attaque sur sa famille, il décide par conséquent de s’en prendre à tous types d’agresseurs croisant sa route, allant jusqu’à jouer les fausses victimes pour les attirer et laisser libre cours à sa violence. Non seulement cela apporte un côté plus original à l’intrigue, mais cela permet également de mettre en lumière le lent dérapage du protagoniste principal vers l’extrémisme et la folie. Dans le Death Wish version 2018, le basculement du héros se fait de manière trop abrupte pour pleinement convaincre. Cela enlève donc de la force et de l’ambiguïté à une histoire de vengeance au final très classique, même si elle garde quand même d’autres éléments intéressants du livre (et de sa suite, Death Sentence). On retrouve ainsi l’omniprésence du « justicier » dans les médias, ainsi que les vives discussions autour de la justice expéditive qu’il soulève. Malheureusement, le sujet ne semble ici jamais exploité à son plein potentiel.

Niveau mise en scène, Eli Roth fait le travail et ménage plusieurs passages à la violence surprenante mais néanmoins atténuée, faute d’une réelle implication émotionnelle de la part du spectateur. Comme réalisateur spécialisé dans l’horreur qui s’essaye au vigilante flick en adaptant (très) librement Brian Garfield, nous sommes donc en droit de préférer James Wan et son on ne peut plus efficace Death Sentence.

Guillaume Limatola
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Journaliste - Responsable BD du Suricate Magazine