Au CAP – Musée des Beaux-Arts de Mons, l’exposition plurielle David Hockney. Le Chant de la Terre célèbre la rencontre entre l’art, la nature et le temps. Jusqu’au 25 janvier 2026, David Hockney dialogue avec Gustav Mahler, Vincent Van Gogh, Edvard Munch, Constantin Meunier, plusieurs symbolistes nordiques dont Albert Edelfelt et Konrad Mägi, ainsi qu’avec des créations olfactives signées Caroline Caron. Un parcours généreux, à la fois immersif, sensoriel et méditatif, où chaque œuvre explore à sa manière le lien entre l’homme et la nature.
La nature en écho
« Comme des idiots, nous avons perdu notre lien avec la nature alors même que nous en faisons pleinement partie. » Cette phrase de David Hockney à Ruth Mackenzie nous accueille dès l’entrée, comme un avertissement doux-amer. Lucide, un peu désabusée, elle frôle la banalité du constat tout en révélant l’attachement simple de l’artiste à la nature, son éternelle muse et terrain de jeu.
Face à nous, une œuvre monumentale en huit toiles – Untitled No.2 (The Arrival of Spring) – célèbre l’éveil du printemps dans la campagne anglaise. Explosion de couleurs, lignes vibrantes : tout Hockney y est. En contrepoint, la symphonie de Mahler, diffusée en arrière-plan, évoque un tout autre rapport à la nature : plus sombre, plus méditatif.
Composée en pleine période de doutes existentiels, l’œuvre du compositeur autrichien est une méditation sur la fragilité de la vie humaine face à la beauté du monde. Déjà, un contraste s’installe : la mélancolie grave des uns fait écho à la joie naïve et colorée de Hockney. Et c’est dans cette tension polyphonique que se déploie la suite du parcours.

La terre au fil des saisons
Le fil conducteur de l’exposition David Hockney à Mons : le cycle des saisons. Et deux d’entre elles dominent : l’automne et le printemps, ces moments charnières où la nature se transforme, se colore, se renouvelle. La Glaneuse de Jules Breton dialogue par exemple avec des huiles et fac-similés de Van Gogh sur le thème de la ruralité, ou encore avec ses célèbres natures mortes.
Puis vient le printemps, saison fétiche de Hockney : études lumineuses de la campagne anglaise et normande, bouquets domestiques peints sur iPad – une poésie du quotidien qui s’amuse des pixels comme d’un pinceau. Entre toutes ces œuvres, le fil narratif se relâche un peu et la profusion se fait déjà ressentir.
Les créations olfactives de Caroline Caron ajoutent pourtant une belle dimension sensorielle à l’exposition. On les découvre sous forme de petits galets parfumés, discrets, accrochés au mur des différentes salles. Leur présence mériterait d’être mieux mise en valeur : Champs de blé, aux notes de miel et de fève tonka, éclaire les scènes rurales, tandis que Petrichor aux accents de mousse et de vétiver, dialogue subtilement avec la pluie numérique du tableau animé de Hockney Rain, 30th May 2020. Une belle idée curatoriale, mais qui passe
presque inaperçue dans la profusion générale.


Mise en perspective (inversée)
Le cœur pédagogique de l’exposition réside sans doute dans la réflexion sur la perspective inversée chère à David Hockney, inspirée par le théologien russe Pavel Florenski. Contrairement à la perspective classique, qui aspire le regard vers l’intérieur du tableau, Hockney la retourne : le point de fuite se situe derrière le spectateur. Résultat ? Le visiteur est littéralement happé dans l’œuvre.
Une projection murale compare d’ailleurs, grâce à un habile jeu de transparence entre les deux œuvres, la perspective “réaliste” de Fra Angelico (L’Annonciation du couvent San Marco) avec la version “hockneyenne”. L’exercice, à la fois ludique et intelligent, illustre à quel point Hockney aime jouer avec la tradition sans jamais la trahir.
Des visions (un peu trop) plurielles
Si chaque œuvre dialogue avec l’idée du lien à la terre, le nombre d’artistes et de médiums présentés dans David Hockney. Le Chant de la Terre peut donner le tournis. On passe de Mahler à Munch, de Van Gogh à Hockney, d’une toile à un parfum, d’une vidéo à une installation. Le titre de l’exposition laissait penser à une conversation intime entre Hockney et Mahler ; on se retrouve plutôt face à une chorale d’artistes, où chacun chante sa partition.
L’ensemble est riche, mais presque trop : on ressort de là comme d’un buffet à volonté – repu, comblé, mais un peu saturé. Les plats étaient excellents, mais on ne sait plus très bien lequel avait le goût du printemps.
Où ? Musée des Beaux Arts de Mons, Rue Neuve 8, 7000 Mons
Quand ? Du 4 octobre 2025 au 25 janvier 2026
Combien ? Tarif standard : 16€ (voir les différents tarifs). Gratuit les premiers dimanches du mois.
