Dans la boîte ou comment devenir « packer » dans un entrepôt d’Amazon

Extrait du roman graphique « Dans la boîte » de Lénaïc Vilain (Delcourt, 2022)

Couverture du roman graphique « Dans la boîte » de Lénaïc Vilain (Delcourt, 2022)

Scénario et dessin : Lénaïc Vilain
Éditeur : Delcourt
Sortie : 1er juin 2022
Genre : Roman graphique, Témoignage, Autobiographie

Dans la boîte est une bande dessinée autobiographique dans laquelle l’auteur-dessinateur Lénaïc Vilain raconte avec humour sa courte expérience comme préparateur de commandes (« packer ») dans l’entrepôt d’une grande entreprise de commerce en ligne (« Zamazon »). Une satire sur l’essor du e-commerce à l’ère du COVID.

L’envers du décor

Alors que les achats en ligne sont aujourd’hui banalisés et qu’un simple objet peut être commandé sur internet et livré le jour-même, les conditions de travail des « petites mains » de l’e-commerce (préparateurs de commande, livreurs etc.) font débat. En partageant sa courte expérience d’employé chargé de remplir les cartons d’envoi des commandes clients, Lénaïc Vilain lève le voile sur l’envers du décor : des entrepôts gigantesques dans lesquels les achats sont stockés puis triés et préparés avant d’être expédiés.

L’album est en monochromie orange avec des bulles aux textes très lisibles en grands caractères majuscules. L’utilisation de bulles spécifiques pour relayer les pensées intérieures du personnage principal lors de son premier jour de travail permet de créer un effet comique. Plutôt qu’une dénonciation virulente du système Amazon, Vilain choisit de porter un regard à la fois critique et amusé sur la société moderne, faisant de son alter ego un personnage flegmatique à la Gaston la Gaffe.

Un monde virtuel  déshumanisé

Le roman graphique se compose de 3 parties, structurées autour du slogan motivationnel : « Work hard. Have fun. Make history ». En se moquant gentiment de cette approche soi-disant inspirante et bienveillante de la culture d’entreprise, Dans la boîte montre comment la réalité est bien plus proche d’une logique de contrôle et d’automatisation qui fait des travailleurs de petits boulons dans une grosse machine.

L’aspect « COVID » vient renforcer l’impression de déshumanisation : masques buccaux sur le lieu de travail, respect d’une distance de 2 mètres entre chaque employé, plexiglas entre les tables à la cantine… Pour couronner le tout, notre employé cherche à rencontrer l’âme sœur sur « Tonder » alors que les bars et restaurants sont fermés. Un quotidien confiné et abrutissant qui le mènera à choisir la porte de sortie…

A propos Soraya Belghazi 264 Articles
Journaliste - Responsable Arts/Expos/Musées du Suricate Magazine