Titre : Corvette
Auteur.ice : Jérôme de Verdière
Editions : Cherche midi
Date de parution : 9 octobre 2025
Genre : Roman
Animateur de La Revue de Presse sur Paris Première, auteur de plusieurs pièces de théâtre et de précédents romans, Jérôme de Verdière n’en est pas à son coup d’essai. Cependant, avec Corvette, il frappe fort en abordant un thème qui fait mal : la mort. Pire, la mort annoncée et programmée qu’est l’euthanasie. Mais comment traiter d’un sujet aussi délicat sans en faire trop, sans rendre son personnage pathétique, sans déprimer à outrance son lecteur… Spoiler : Jérôme de Verdière a réussi.
Un français comme les autres
Jacques Bios, la soixantaine, a tout pour lui. Une femme, trois enfants devenus de jeunes adultes, un poste de directeur adjoint dans la plus grande concession Mercedes d’Île de France.
Alors qu’il s’entretient physiquement en jouant des parties endiablées de tennis avec son benjamin, Clément, c’est pourtant lors d’une de ses sorties de course à pied en solitaire qu’il commence à ressentir ses premières crampes.
Ces douleurs sont annonciatrices d’une nouvelle qui fera l’effet d’une bombe : il est atteint d’une maladie dégénérative incurable. Il lui reste plus ou moins 5 ans à vivre, dans des conditions qui se dégraderont continuellement. Mais Jacques ne veut pas finir comme un légume, incapable de parler, de se nourrir, de vivre.
Alors il va prendre sa mort en main et programmer son euthanasie. La date est connue, l’heure également. Ne reste plus qu’à vivre l’intervalle… Mais comment vivre, quand on est déjà mort aux yeux de tous ?
Un parfait équilibre
Nous vous l’avions annoncé dans l’introduction de cet article : c’est du lourd, dans tous les sens du terme. Et si le sujet peut faire peur ou rebuter, il y a lieu de mettre en avant l’exploit réalisé par Jérôme de Verdière qui a su, dans un livre d’à peine 272 pages, faire preuve d’une justesse incroyable tout en abordant des thèmes sensibles.
Car il n’est pas donné à tout le monde de traiter un sujet aussi crucial que l’euthanasie, ce droit à mourir dans la dignité, sans tomber dans le pathétique ou le larmoyant. Et pour y arriver, l’auteur a misé sur une écriture simple, efficace et directe. Son protagoniste, Jacques, ne manque d’ailleurs pas de petites répliques délicieuses dès lors qu’il connaît la date de sa mort. Il est parfois cruel, tout autant que la vie l’est avec lui et son entourage. C’est que Jacques, un homme qui n’est ni exceptionnellement bon ni attachant, est surtout humain, et que ses pensées et décisions ont résonné en nous.
C’est une des grandes qualités de l’écrit de Jérôme de Verdière : nous faire adhérer aux comportements de personnages qui s’opposent de par leur qualité, entrainant une compréhension simultanée de différents points de vue. Une femme qui devient accompagnante et souffre à l’avance de son veuvage. Une fille qui ne sait comment manifester sa peine sans en mettre partout sur les murs. Un homme qui va mourir…
Et pourtant, malgré la douleur, la maladie et la mort qui sont évoquées dans ce livre, nous l’avons refermé sur une note d’espoir, une piqûre de rappel qu’il est aussi important de vivre sa vie pour soi et selon ses envies.
Il est des leçons difficiles à entendre, lire ou apprendre, et des écrits qui nous poursuivent après leur lecture tant ils ont provoqué des réflexions, des prises de conscience et même de l’empathie. Corvette est l’un de ceux-là.
