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    Chwallow, quand le théâtre fait son cirque

    Des performeuses et performeurs évoluent dans un univers pop et décalé ouvrant la voie au cocasse et à l’absurde par la performance physique. Chwallow est autant une pièce plastique, que circassienne, chorégraphique, sonore ou lumineuse qui enchantera petits et grands.

    Dans une immensité blanche, une toile est tendue à environ un mètre au-dessus du grand plateau. Une petite boule blanche s’y déplace, rapidement rejointe par une autre, puis une troisième et une quatrième. Les quatre balles font corps lorsque apparaît une cinquième balle. Elle tourne autour de ses congénères avant d’intégrer le groupe. D’autres boules, toujours blanches, montent sur la toile, elles sont neuf maintenant. Mais six autres balles se pointent à l’horizon, puis six encore, suivies par une kyrielle (on a arrêté de compter) de leurs jumelles qui débarquent au compte-goutte. Elles se déplacent au gré du relief changeant comme des dunes de sable mouvantes.

    Deux personnes vêtues d’une combinaison blanche et coiffées d’une demi-sphère aux allures de chapeau chinois (le côté conique en moins) se tiennent au bord de la toile. Les balles se marrent franchement. Les deux personnes montent à genoux sur la toile. Les balles sautent de joie et commencent à suivre les deux figures humaines qui se déplacent dans l’espace suspendu. Puis personnes et balles disparaissent tandis que la lumière passe du blanc au rouge vif. Les balles reviennent progressivement avec enthousiasme (tout en restant disciplinées) mais lorsque la lumière repasse au blanc, on découvre avec surprise que les balles sont rouges (tirant sur l’orangé).

    Le ton est donné, et il est plutôt à l’humour et la légèreté, avec une attention centrale consacrée à l’esthétique. Julien Fournier et l’Habeas Corpus Compagnie qu’il a créée en 2012 ont, en effet, à cœur de déployer le cirque contemporain dans d’autres récits et d’autres esthétiques. Ils ont donc fait le choix d’une « radicalité plastique » qui considère la création d’une forme comme préalable au développement du sens et du contenu. Dans « Chwallow » il n’y a pas vraiment d’histoire. Entre cirque et arts plastiques, c’est la scénographie dans laquelle les objets, la lumière, la couleur, le son, les personnages et les performances physiques ont la même importance, qui guide la narration.

    « Chwallow, déformation du verbe anglais swallow qui signifie avaler – « clin d’œil au départ à la scénographie qui finira par avaler l’ensemble des protagonistes », souligne Julien Fournier – était la première première de la nouvelle saison du Varia. C’est dire la volonté partagée par le théâtre et la compagnie de renforcer le dialogue entre les différentes disciplines des arts de la scène. « Chwallow » est, en effet, lauréat de l’appel à projet « soutien renforcé à la création circassienne interdisciplinaire » porté par UP – Circus & Performing Arts et le Théâtre Varia.

    Outre la couleur, la matière et la manipulation de la matière et la transformation (avec notamment des changements de costume gérés de façon tellement habile qu’ils suscitent le trouble), la pièce fait la part belle, bien sûr, aux figures circassiennes. Duo dynamique, mains à mains, longueurs dans une piscine de balles, portés, cerceaux au sol, manipulation d’un cerceau avec effets d’optique et d’illusionnisme, saut en roller depuis un tremplin ou numéros sur corde lisse complètent un spectacle qui oscille en permanence entre légèreté et physicalité. Contrat rempli et pari gagné, « Chwallow » répond largement aux attentes du public (en dépit de petits couacs techniques rapidement résolus) qui ne semble avoir qu’un regret : que ce soit déjà fini.

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