Concept et mise en scène Gabriela Carrizo
En co-réalisation avec Raphaëlle Latini
Création et interprétation Simon Bus, Boston Gallacher, Balder Hansen, Seungwoo Park et Charlie Skuy
Du 4 mars au 6 mars 2026
Le Vilar
Dernière création de la compagnie belge Peeping Tom, Chroniques était présenté pour trois représentations au Théâtre Jean Vilar, à Louvain-la-Neuve. Sur cette scène immense, cette création de danse-théâtre déploie son génie et nous offre une véritable traversée civilisationnelle et culturelle. On traverse les âges, les points du globe, les modes et les influences de la pop culture. Chroniques emprunte ses esthétiques à des images d’épinal de nos réalités, mais aussi aux fictions qui se sont construites à partir d’elles.
Peeping Tom surprend, comme toujours, par son originalité et invente peut-être ici une manière singulière de parler de l’humanité avec distance et virtuosité. L’interprétation des cinq danseurs, rencontrés à travers le monde pour leurs pratiques physiques exceptionnelles, raconte quelque chose des rapports de domination et de la combativité inhérente à notre condition humaine.
Alors on se prend au jeu. Chroniques laisse un espace pour évoquer les dangers de l’existence et révèle, par la danse, une chorégraphie de la confrontation, des luttes de pouvoir et de l’écrasement. Avec ces pierres immenses en matériaux légers, on assiste à un jeu de dupes où les uns se cachent des autres ou se font écraser par eux.

Dans le mouvement et la recherche chorégraphique, le rythme des éléments qui se déplacent ou s’invitent sur le plateau crée une dynamique qui fait effectivement référence à l’émulation épique des chroniques, amenant une continuité dans les chapitres fragmentés qui se succèdent. Allant du roman d’aventure aux univers fantastiques ou manga, ce voyage intemporel va même jusqu’à représenter des scènes de combat dignes des plus grands films d’aventure, chorégraphié et exécuté prodigieusement. Nous assistons à un emboîtement de « capsules », construites comme les chapitres d’une épopée intense. Dans la scénographie du duo de sculpteurs Lolo et Sosaku, l’œuvre scénique est immense et vivante, parfois presque cinématographique, portée par des ambiances sonores et des lumières spectaculaires.
On peut s’interroger sur l’enjeu, subconscient ou conscient, de ce spectacle, au-delà de l’excellence artistique et physique à laquelle on assiste. La conceptrice et metteuse en scène Gabriela Carrizo — cofondatrice de la compagnie avec Franck Chartier — est à l’origine de cette épopée et raconte comment elle s’est construite : une recherche expérimentale, menée par des improvisations dansées et théâtrales, autour du croisement des époques et des temporalités, mais aussi de thèmes universels comme la mort – qui « rôde tout le temps » – la violence, le pouvoir et les conflits.
Mais alors, le choix de mettre cinq interprètes hommes sur scène pour raconter la violence n’est-il pas lui-même une empreinte de cette société de conflit et de lutte pour survivre, dans un monde où l’écrasement des autres et la violence permanente règnent ? Avec humour, parfois, le geste de Gabriela Carrizo devient aussi un moyen de « résister à cette violence et à toute cette inhumanité ».
