De Rudy Milstein
Mise en scène Sandra Raco
Avec Jean-François Breuer, Séverine De Witte, Laure Godisiabois, Quentin Minon, Stéphane Pirard
Du 16 septembre au 11 octobre 2026
Au Théâtre des Galeries
On pourrait distinguer deux sens au mot « populaire ». Le premier regroupant ce qui est fait par et pour les couches populaires, ce qui s’intéresse à leurs préoccupations, ce qui les représente. Le second s’entend comme toute chose qui plait au plus grand nombre. De manière très rapide, on voit que ces deux idées de ce qui est populaire ne sont pas véritablement compatibles puisque le premier peut tendre vers une certaine radicalité du discours alors que le second, pour brasser au plus large, se lissera au maximum.
On ajoute maintenant la donnée du théâtre. Que ce soit pour des raisons économiques ou culturelles, le théâtre n’est pas le plus accessible des arts. La conséquence étant que son public n’est pas le même que celui du cinéma par exemple, il est plus aisé. Si on mixe ces deux données, celle de plaire au plus grand nombre à celle d’un public aux capitaux économiques et culturels plus élevés, on tombe sur un constat simple bien que contrintuitif : le théâtre populaire est bien souvent un théâtre bourgeois.
C’est pas facile d’être heureux quand on va mal s’ancre parfaitement dans ce théâtre de boulevard, accessible au plus grand nombre. Sous couvert de divertissement qui ne se prend pas la tête, le spectacle parle d’amour et d’amitié de la manière la plus normée possible. Ainsi, la pièce raconte le quotidien de cinq amis/amants, bien qu’on passe son temps à se demander où sont l’amour et l’amitié. Après une rupture, Nora part vivre chez Jeanne ayant appris récemment qu’elle avait un cancer. Maxime décrit l’histoire toxique qu’il entretient avec Thimothée à son psy. Jonathan vient de se faire quitter par Nora, est le thérapeute de Maxime et l’ami de Thimothée. Il n’est question que des relations qu’ils mènent entre eux. Des relations archétypales entre des figures archétypales.
Ne surtout pas faire de vagues, utiliser des ressorts comiques, un rythme de dialogues et une mise en scène éculée. À la forme et aux thèmes du vaudeville traditionnel s’ajoute un humour réac. On y blague sur le viol et sur les homosexuels aux mœurs légères. On se moque de la thérapie et des Chinois. On pointe du doigt l’inutilité du manger bio et des études longues. Tout ça pour au final revenir à un quasi-statu quo. À la fin, rien n’a bougé, tout est pareil, personne n’a évolué, comme un écho à ce théâtre de boulevard sclérosé. Quoique. Il y a bien un personnage qui évolue, un personnage qui a un happy ending, celui du riche pervers narcissique, un ultime pied de nez à toute celles et ceux qui voulaient faire du théâtre populaire, un théâtre pour le peuple.
