Texte Magali Mougel
Mise en scène Thibaut Wenger
Avec Philippe Annoni, Nina Blanc, Lena Dia, Thierry Hellin, Geneviève Pasquier, Martin Villemonteix, Joséphine de Weck
Du 15 au 26 septembre 2026
Au Théâtre Océan Nord
Beaucoup de sujets sont abordés par Magali Mougel et Thibaut Wenger dans cette nouvelle création du Théâtre Océan Nord, qui plonge au cœur d’une famille et de ses secrets. Le grand-père est mourant et souhaite réunir une dernière fois ses descendants. Pour Elie, sa fille, se rendre à un repas familial relève pourtant de la mission impossible. Elle a tant souffert de violence, d’abus et d’exploitation qu’elle ne souhaite plus avoir de contact avec lui, même à l’approche de sa mort. Analyse d’une tempête latente.
Sur scène, plusieurs époques et plusieurs lieux s’entremêlent. Le grand-père est un ancien boucher qui a trompé sa femme, avant qu’elle ne décède, avec Réjane, sa compagne actuelle. Elie devait participer au travail de boucherie tout en supportant les débordements sexuels de son père. À l’époque, on ne faisait jamais la fête. Désormais, elle le hait. Une fête de famille ? « C’est comme si on prenait un coup de passé dans la figure. »
Elie a un fils, Denys, très précoce, qu’elle élève seule. Thomas est son demi-frère, le fils de Réjane, infirmière et compagne du père. Beatriz et Caroline, les sœurs jumelles aînées d’Elie, ne s’entendent pas avec elle. Elie leur a raconté les agissements de leur père, mais elles n’ont pas voulu l’entendre. Pourtant, être entendu est essentiel. La reconstruction est longue et inachevée, et la violence reste palpable.
Denys évolue beaucoup au fil du spectacle. Il est encore enfant au début de l’histoire et devient progressivement un personnage-clé. Il perçoit le caractère dramatique de la relation entre sa mère et son grand-père et craint d’avoir hérité de la violence de ce dernier. Il souhaite se rendre à cette fête et affronter la réalité.
La pièce s’inspire du Roi Lear de Shakespeare et interroge les dons et les dettes qui accompagnent la filiation. Le rapport à l’argent trouve également sa place dans cette histoire familiale. Quand Elie a eu besoin d’argent, personne ne lui en a prêté. Lorsque sa petite affaire prend de l’essor, on considère en revanche qu’elle est obligée d’en prêter.
Le sujet est riche et intéressant, peut-être même un peu trop pour être traité en une heure trente. Les allers-retours entre les différentes temporalités, les comédiens qui passent tour à tour du rôle de témoins à celui de narrateurs ou de personnages, ainsi que les nombreux aspects intrafamiliaux abordés, ne facilitent pas toujours la compréhension de la trame du récit. On aurait peut-être aimé davantage de simplicité pour pouvoir se concentrer sur les thèmes essentiels. Cette complexité n’empêche pas la pièce de dégager une belle intensité dramatique, nourrie par le jeu des acteurs et une musique anxiogène.
