Cendrillon de Joël Pommerat, c’était en janvier au National

De et mis en scène par Joël Pommerat, avec Alfredo Cañavate, Noémie Carcaud, Ingrid Heiderscheidt, Caroline Donnelly, Catherine Mestoussis, Deborah Rouach et Marcella Carrara (la voix du narrateur), Nicolas Nore (le narrateur), Julien Desmet – crédit photo : Cici Olsson

Du 24 janvier au 28 janvier 2017 à 20h30 au Théâtre National

Régulièrement, le Théâtre National programme une pièce de Joël Pommerat. Cette année, il remet à l’affiche un spectacle né sur ses planches : Cendrillon. En effet, Joël Pommerat, auteur et metteur en scène dont la réputation n’est plus à faire, a créé Cendrillon en 2011 avec l’appui du Théâtre National de Bruxelles qui lui avait alors permis de disposer pour l’occasion de sa grande salle durant plusieurs mois. Une contrainte nécessaire à l’artiste pour appliquer sa méthode de travail. L’occasion donc de voir une pièce de théâtre dans son jus, au sein même du lieu qui l’a vue naître. Résultat : les généreux 18 mètres de large qu’offre la grande scène du National se trouvent parfaitement utilisés par les décors pourtant minimalistes de Pommerat.

Cendrillon est un spectacle rafraichissant, troisième de la série des adaptations de contes de fée revus et corrigés par Pommerat. Du point de vue de ce dernier, Cendrillon a une dégaine déplorable, un air miteux et un accent belge prononcé. Son prince n’est d’ailleurs pas franchement charmant non plus. Leur rencontre ne verse ni dans le romantisme, ni dans l’idéalisme.

Joël Pommerat déconstruit le mythe, le triture, lui enlève tout ce qui l’a d’enchanteur et d’irréaliste. Du reste, il en prend la mesure, puis le contre-pied. Il conserve la matière brute et l’adapte à nos quotidiens. Les dialogues reflètent parfaitement cette interprétation contemporaine, ils sont emprunts de notre culture et de nos référents. Pourtant, dès lors qu’il réduit la distance entre le spectateur et le conte, il réintroduit une dose de magie. Il recrée un univers onirique au moyen de la technique. La lumière peint véritablement les décors, la musique élève la mise en scène, le rythme du spectacle est soutenu et parfaitement maîtrisé. A rappeler cette efficacité avec laquelle Pommerat profite des noirs pour changer d’univers en quelques secondes à peine, tel un mirage, une illusion qui nous fait oublier qu’on est au théâtre.

En outre, fort du succès de Joël Pommerat, le spectacle fait partie des évènements qu’on attend. On risque de se montrer plus exigeant et de tiquer ça et là sur les imperfections telles que des dialogues parfois inconsistants. Pourtant, côté casting, sans surprise, la troupe de Joël Pommerat assure ; les acteurs sont bons et assument sans problème à cinq l’ensemble des neuf rôles que comportent la pièce.

On retiendra de l’adaptation de Cendrillon par Pommerat, un spectacle à cheval entre rêve et réalité, sur fond d’univers magique et dont le message est clair : les contes de fées, ça existe. Mais ils revêtent bien des apparences. Il faut alors pouvoir les deviner dans des quotidiens désenchantés.

Katelyne Marion
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Journaliste au Suricate Magazine