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    Casting Lear au Festival d’Avignon : est-ce que tu es un bon papa ?

    Mettre en scène King Lear demande une certaine dose d’inventivité. Il faut surtout savoir choisir son roi. Andrea Jimenez a décidé de ne pas choisir ou plutôt de les choisir tous : des acteurs grisonnants dont le physique (et les noms) parle pour eux. Elle choisit, metteuse en scène toute-puissante, de les faire parler. Chaque soir, un homme vient sur scène et accepte d’être le jouet de cette artiste, jouet qu’elle manipule avec son consentement. Notre soir à nous, pour la 129ème représentation de Casting Lear, c’était Gwenaël Morin. Pour la 130ème et la 131ème, Eric Ruf et Denis Podalydès

    Après avoir choisi son roi, tout reste néanmoins à faire. Pour Andrea Jimenez, la pièce de Shakespeare est l’écrin parfait pour parler de la relation avec son père, ou plus exactement, du pardon. Pouvons-nous pardonner et comment pardonner à notre père (tout-puissant) ? Faut-il seulement pardonner un être qui décharge sa bile dans de terribles emails, si durs qu’ils ne sont pas lisibles sur scène ? Que faire de notre papa, lui qui est si déçu de ce que nous sommes devenus ou plutôt qui est si déçu que nous n’ayons pas suivi le chemin qu’il avait tracé pour nous ? 

    Casting Lear, c’est donc une interrogation intime d’Andrea Jimenez, utilisant le pouvoir du théâtre, de la scène publique pour exprimer ses doutes (et faire de l’argent sur ses traumas personnels, comme elle le dit justement). Sauf que la metteuse en scène et comédienne n’entre pas dans une logique de la revanche, plutôt dans celle de la réparation. Elle sait que son père ne viendra jamais la voir sur scène, lui qui aurait voulu qu’elle reprenne le club de tennis local qu’il manageait. À travers les acteurs qu’elle met en scène, les King Lear d’un soir représentent tous les pères abusifs, permettant à l’audience de s’y projeter également. 

    Évoquant Peter Brook, Andrea Jimenez fait de la scène nue son instrument. Il y aura donc le plateau, Morin, elle et son souffleur, Mathieu. Pour éprouver au mieux l’expérience théâtrale qu’elle nous fait vivre, il vaudrait mieux ne pas en dire plus. On peut cependant dire que la metteuse en scène parvient de manière magistrale à joindre les deux bouts, à parler de Lear et des pères, du théâtre et de l’intime, de colère et de pardon. Elle fait rire, beaucoup rire, aussi surprenant que cela puisse être vu le sujet, comme aucun autre spectacle du In d’Avignon. C’est aussi la seule à toucher profondément, en mettant sa douleur à vue, à travers la relation avec cet homme sur scène qui se transforme devant nous en rédempteur. 

    Casting Lear est donc une pièce qu’on ne peut qu’aimer, si on aime les spectacles qui nous font rire et pleurer. Le type de spectacles utilisant les moyens du théâtre classique et moderne pour parler du grand sujet qui est le leur. Un théâtre de peu, un théâtre dont Andrea Jimenez se sert pour parler d’elle et de nous, de tous les papas, de tous les parents, un théâtre qui explore et explose les frontières, celles du plateau et celles de la salle. 

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